‹ L'homme criminelChapitre 289 sur 315 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

Dans ces cas on a dans l'accès épileplique psychique la continuation des tendances antérieures; on trouve la préméditation et le souvenir complet ou presque; il n'y a plus rien enfin qui le distingue de l'acte criminel : Qu'on remarque que cet état, apparemment raisonnable, peut durer des jours et des mois entiers.

Krafft-Ebbing écrit: « Souvent l'accès est suivi d'un état qui se rapproche du somnambulisme, sous l'empire duquel on dirait que le malade a la conscience de ses actes; il parle avec connexion, agit avec ordre, poursuit ses occupations, et néanmoins il n'a pas sa conscience, de sorte que, plus tard, il ne sait rien de ce qu'il a accompli. — Cet état d'aveuglement psychique peut durer longtemps et même pour tout l'intervalle entre deux accès ».

On objectera que, dans tous ces exemples, on avait constaté antérieurement des accès épileptiques. Je répondrai que dans plusieurs, ces accès ne furent reconnus que longtemps après le crime ou le jugement, p. ex. Thouriot fils, et bien des fois seulement par hasard.

Auguste N..., âgé de 17 ans, au moyen d'une massue, écrase le crâne du camarade qui partage son lit. On l'arrête de suite, pendant qu'il déclame des vers latins et des chants d'église; il continue ainsi pendant 5 jours, après lesquels il revient à lui tout-à-fait inconscient de son forfait. Il n'avait jamais eu aucun accès, mais il se rappelle qu'à trois ans il était tombé, sans connaissance, dans le feu, et à huit ans il eut un éblouissement dont il tomba d'un arbre. Plusieurs fois, en portant du lait, il le perdit. On finit pour observer sur lui un accès épileptique à l'hôpital des fous (Magnan).

Legrand du Saulle, consulté sur un enfant de 9 ans, fils de maniaques et neveu de suicide, rusé, voleur,

onaniste et cruel avec les camarades et les animaux, suspecte l'épilepsie, bien qu'il n'y en eut auparavant aucun symptôme; et en effet avec le bromure, il obtint une sensible amélioration. Les vrais accès épilepliquos ne se déclarèrent que onze ans après.

D,.., était connu pour un homme violent, malhonnête, arrêté plusieurs fois pour vol de chevaux, lui qui était maquignon; c'est Legrand qui, par hasard (page 61) le vit une nuit dans l'accès épileptique; autrement personne ne s'en serait douté.

G..., très-emporté dans sa jeunesse, fantasque, urinait dans son lit; à 18 ans il eut quelques accès de délire. Devenu officier, il s'irritait toujours avec ses camarades. Il eut un faible attaque de délire qu'on attribua b. un coup de soleil: puni pour une dernière querelle, il donna ses démissions. En 1870, il se battit comme simple soldat, à Metz, dans un autre régiment; il écrivit après à Gambetta qu'il était lieutenant et 'décoré, et il reçut les brevets de son grade et de sa décoration: découvert ensuite et poursuivi par devant les tribunaux, on s'aperçut qu'il était épileptique et il fut acquitté.

Sommer (Epilepsies contestées) rappelle un cas d'épilepsie qui ne fut reconnue qu'à son dénoûment fatal.

Le maçon D..., dans le juin 1884 mettait le feu à une auberge, arrêté, il avouait qu'il avait été incendiaire par instigation et mandat du propriétaire même de l'hôtel, qui voulait ainsi toucher la prime d'assurance: il signa sa déclaration. Amené en prison, il fut atteint de délire; quelque temps après le médecin remarqua qu'il avait complètement oublié le délit et sa cause et même le lieu où il était; il se croyait à l'hôtel et voulait en sortir. — Il était hanté par de sinistres apparitions, il avait commerce avec Dieu.

Page 1