CHAPITRE XIV
les cadavres et fit croire dans le pays à un accident malheureux.
Deux mois après, sa fille, belle enfant de 18 ans, qu'il aimait par dessus tous les autres, était elle aussi près du fatal bassin. Il eut un retour de son vertige criminel. «Où les autres sont morts, il faut qu'elle meure » se sentit-il suggérer, et d'un coup de hache la tua, en essayant après de se jeter du haut d'un rocher.
Maintenant il est gai, souriant, respectueux: il donne des conseils aux malades, aux infirmiers, il a une idée très-élevée de lui-même, comme grand travailleur, et surtout comme habile criminel. Vous pouvez mesurer mon crâne, mais vous ne saurez jamais ce dont ma tête fui capable.
Le fait étrange c'est qu'il eut toujours pour ses enfants une tendresse sans borne, jusqu'à leur épargner les travaux plus pénibles (Tonnini, Les épilepsies, p. 40).
Vertiges. — Toutes ces formes d'accès impulsifs, que nous dirons criminels, sont bien plus fréquentes dans les épileptiques qui ne souffrent que de vertiges; et à cause de cela ne sont reconnus pour tels. — Esquirol remarqua, aussi, que les accès vertigineux troublent plus facilement l'esprit que les accès convulsifs; et Ilalmhaus f'5n7w/i Med. Journal, 1883) nota sur 250 épileptiques, que les épileptiques exempts apparemment de folie, étaient ceux qui souffraient de convulsions, tandis que ceux qui étaient frappés de vertiges , étaient par moment aliénés. Et Magnan, dit justement: que les absences, les vertiges, bien plus que les accès impulsifs s'associent aux plus fortes dégradations intellectuelles.
Dans tous ces cas de vertigo érotique ou sanguinaire, on arrive par des nuances et par des passages successifs, à une vraie surcharge de la criminalité normale.
8. — Physiologie , etc. — A présent on explique cela très-bien: car on sait que l'épilepsie n'est autre chose qu'une décharge des centres corticaux. L'irritation et la décharge envahissent, dans ces cas, les centres psychiques, préservant les psychomoteurs. Il se produit ici le même phénomène que dans les paralysies, qui suivent plus fréquemment les attaques très-légères d'épilepsie; et on l'explique, aisément, car plus les décharges sont violentes, plus elles sont diffuses et moins elles se concentrent dans certaines régions et bien moins encore elles les désorganisent (Gowers).
Du reste cela est démontré scientifiquement. C'est le grand mérite d'Albertoni et Luciani, et surtout dans ces derniers temps de Rosembach (Veber die Pathogenesis der Epileps. Virchow. Archiv., 1884), de Ziehen (Ueber die Krampf in folge eleklrische Ziehung der Grosshirnrind , 1886) d'avoir confirmé, par l'expérience, l'hypothèse de Jackson (The Médical press., 1884) que la convulsion épileptique n'est qu'un effet de l'irritation des zones motrices de l'enveloppe cérébrale, absolument comme l'hallucination épileptique est le résultat de l'excitation des centres sensoriels, et la perte de la conscience, l'impulsion criminelle épileptique est une décharge des centres psychiques plus élevés, des lobes antérieurs.
« Un accès épileptique n'est qu'une décharge rapide » et violente de la matière grise, qui au lieu de déve- » lopper sa force graduellement, éclate tout d'un coup, » à cause même de son état de distrophie. Pour qu'il y )^ ait épilepsie, il n'est pas toujours nécessaire qu'il y ait » des convulsions: les décharges locales sont suffisantes; » et on peut aussi avoir une attaque épileptique avec » des seules hallucinations olfactives, etc. » (J.\ckson).