‹ L'homme criminelChapitre 298 sur 315 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

épilepsie sans convulsions, en se basant sur les seuls caractères criminels et vertigineux. De premier abord quelle analogie peut-il y avoir entre une simple convulsion et un vertige, et entre celle-ci et une scène de massacre? Et toutefois, nos ancêtres, partant de l'épilepsie classique, et voyant que les convulsions se substituaient et s'alternaient avec les absences, les vertiges ou les impulsions, élevèrent un symptôme isolé qui tenait seulement par un coin à l'épilepsie jusqu'à la diagnose d'épilepsie à soi, et firent alors bien plus que nous n'essayons aujourd'hui d'accomplir pour la folie morale » (Tonnini).

Mais combien cela nous est plus aisé maintenant, qu'aux rares points d'appui d'autant, on peut en ajouter bien d'autres, tels que les caractères anthropologiques, fonctionnels , les anatomo-pathologiques et les étiologiques.

Du reste, bien des années avant que le baptême physiologique eût confirmé cette fusion, elle était déjà entrée dans le domaine de la pratique médico-légale (1).

Je rapporterai ici les paroles de Trousseau (1. c, pag. 22): a On peut admettre, sans le moindre doute,

(1) Dana la littérature môme on eu trouve quelque trace. Macbeth était, selon Shakspeare, épileptiqne dès son enfance (Acte Dostoyevvski dans ses romans peint ses criminels avec des vertiges ou des absences , et dans ses Souvenirs de la Maison des Morts il écrit:

« Un détenu a vécu tranquillement pendant plusieurs années consécutives, sa conduite était si exemplaire qu'on l'a même fait dizaiaier; tout-à-coup, au grand étonnement de ses chefs, cet homme se mutine^ fait le diable à quatre, et ne recule pas devant un crime capital tel qu'un assassinat, un viol, etc. On s'en étonne. La cause de cette explosion inattendue, chez un homme dont on n'attendait rien de pareil, c'est la manifestation angoissée, convuîsive de la personnalité, nne mélanconie instinctive, un désir d'affirmer son moi avili, sentiments qui obscurcissent le jugement. C'est comme un accès d'épilepsie ».

toutes les fois qu'on a sous les yeux un crime qui n'est pas provoqué ni par aliénation mentale, ni par empoisonnement alcoolique, ni par autre cause, que c'était un cas d'épilepsie ».

Et avant Trousseau, Plater: Facla épileptica quamvis malefaciendi et ulciscendi consilia suscepta amentiœ excusatione non carent.

Citons encore le mémorable ordre du jour, dicté en 1875, dans la Société de Médecine légale française, après une discussion très-étendue sur la responsabilité des épileptiques, par des savants comme Lasègue, Fabrea, Manuel, Devergie.

<ï Considérant: Que sous le nom générique d'épilepsie, il faut comprendre des états morbides ayant les mêmes caractères intermittents, convulsifs, vertigineux, mais qui diffèrent par le type, l'intensité, la fréquence et la durée;

)^ Que le pervertissement moral d'un même individu à des époques diverses, ou de plusieurs malades, peut défier les prévisions les plus habiles ;

3> Que l'épilepsie se transforme, parle seul fait de la durée du mal et par la périodicité des accès;

» H est avis de la Société médico-légale que les règles générales qui président aux arrêts sur la responsabilité des aliénés, doivent s'appliquer à l'épilepsie, tenant compte des difficultés spéciales que nous présente une affection dont les accès éclatent soudain dans toute la lucidité de la raison, et s'évanouissent après sans en laisser aucune trace ».

Atavisme. —11 est bien entendu que la fusion de la folie morale avec l'épilepsie n'exclut pas l'atavisme.

Presque toutes les maladies mentales engendrent, déjà, une espèce de folie morale intermittente, mais

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