CHAPITRE II
Laplace, ;\ la Nouvelle-Zélande, put voir le retour triomphal d'une flotille de pirogues. Les vainqueurs portaient les cadavres des vaincus, ou plutôt une partie de ces cadavres, car ils en avaient mangé quelquesuns le long de la route; ce qui restait suffît pour un grand banquet nocturne. Ces mêmes Néo-Zélandais coupaient par quartiers, sur le champ de bataille, leur ennemi vaincu et couvert de blessures; ils n'avaient, pas même, la patience d'attendre qu'il fût mort.
La coutume de manger à la guerre ses ennemis était répandue dans toute l'Amérique, du Nord au Sud. Le père Brébœuf a vu les Ilurons manger un de ses néophytes; et Charleroix raconte que vingt-deux Hurons furent mangés en sa présence par les Iroquois. Au Sud, les Guaranis en général, les Tapuyas, les Tupinaraba, les Aymari, dévoraient les vaincus. Les Caraïbes mangeaient sur le champ de bataille leurs ennemis morts, et gardaient leurs prisonniers pour s'en repaître chez eux; le cœur était la portion réservée au plus vaillant. Au Brésil, Ghévet a entendu un chef se vanter d'avoir dévoré, pour sa part, cinq mille prisonniers. Il s'en glorifiait: «J'en ai tant mangé, disait-il, j'ai tué tant de leurs femmes et de leurs enfants, que je puis, grâce <à mes exploits, me vanter d'être le plus grand morbicka qui ait jamais paru chez nous ».
L'exécution des prisonniers de guerre, chez les Indiens de l'Amérique du Nord, offre un spectacle affreux. Liée à un poteau, la victime est soumise aux tourments les plus atroces: on lui arrache les ongles, les dents, jusqu'à des lambeaux de chair. Les bourreaux se partagent quelquefois cette chair rôtie sur l'homme vivant encore, et la dévorent par morceaux, se barbouillant le visage avec le sang de la victime, pour se donner
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un air plus terrible Après de longs tourments, le
chef donne enfin le coup de grâce, et la tragédie se termine par un odieux banquet. (Houzeau, 1. c. ii, i^).
Un ancien voyageur Hindou raconte qu'en Asie les peuples du Boutan mangeaient jadis le foie des ennemis qu'ils avaient tues, après l'avoir couvert de beurre et de sucre. (Letourneau, 202).
f) Cannibalisme par gloutonnerie. — Le cannibalisme est si invétéré chez les Fidjiens, qu'ils «ne peuvent faire un plus grand éloge d'un hachis qu'en disant de lui: il est tendre comme un homme mort». Telle est en outre la délicatesse de leur palais , qu'ils dédaignent la chair des blancs, préfèrent la chair de la femme à celle de l'homme, et considèrent l'avant-bras et la cuisse comme les morceaux les plus délicats. Dans les festins royaux, on sert toujours un plat de chair humaine. Les corps des ennemis tombés sur le champ de bataille sont toujours mangés; mais le nombre en est insuffisant, et l'on engraisse des esclaves pour les vendre au marché. Alors on les rôtit vivants pour les manger de suite; en d'autres cas, on conserve leurs corps jusqu'à un état assez avancé de décomposition.
Parmi les naturels de la Nouvelle-Calédonie, le désir de manger de la chair humaine était une des causes les plus fréquentes de guerre entre les diverses tribus. En ce pays la chair humaine fournissait un régal; on la mangeait par friandise. On voyait parfois des chefs se faire servir en famille un de leurs sujets, et non seulement l'opinion publique n'était pas sévère pour ces banquets princiers, mais encore elle les tenait en grande estime. Après une rencontre heureuse, les chefs Néo- Calédoniens, qui s'étaient fait, dans la sauvagerie humaine, la part du lion, avaient hâte d'expédier des