‹ L'homme criminelChapitre 31 sur 315 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

morceaux aux amis douteux pour s'assurer de leur alliance.

Tous les cannibales s'accordent à dire que la chair humaine possède un goût exquis. «Dites toujours, répondait un chef Batta à un missionnaire qui lui adressait des reproches à ce sujet, dites toujours que c'est infâme; mais ne dites pas que ce n'est pas bon ». (Vogt, i3). Certaines tribus Cafres, que le besoin avait rendues anthropophages, conservèrent dans la suite cette habitude par gloutonnerie; Gardines l'a constaté chez les Zoulous. 11 y a peu d'années que les Cafres Basoutos se nourrissaient exclusivement de chair humaine, au sein d'une contrée fertile et giboyeuse. « Un désastre les avait d'abord contraints de recourir à cette extrémité; puis, à la longue, ils en gardèrent l'habitude, et en 4868, ils ne s'en étaient pas encore corrigés. Dans l'Afrique équatoriale, les Pan pratiquent paisiblement le cannibalisme; c'est même une branche de leur commerce; ils ne veulent pas manger les morts de leur tribu et les échangent contre ceux des tribus voisines.

En Amérique, les Moxos et autres tribus de Guaranis étaient cannibales; ils avaient coutume d'engraisser leurs prisonniers et de les traiter avec le plus grand soin avant de les manger. Les Mexicains, relativement civilisés, avaient des cages spéciales où ils engraissaient leurs prisonniers avant de les immoler pour leur table.

Aux îles Marquises, on préfère les femmes aux enfants; elles ont, paraît-il, plus de saveur. Bien plus, on dédaigne celles du littoral , auxquelles on trouve un goût de poisson pourri. Les Européens paraissent aussi trop salés. Les prêtres d'ailleurs ont droit aux morceaux les plus succulents, à la partie de derrière. (Radiguet).

l'filiMlÈnE PARTIE

g) Vanilé. — A. loiites ces causes vient s'ajouter la vanité, l'idée d'augmenter sa propre supéi'iorité en s'assimilant les vertus de l'ennemi , en jouissant d'un privilège réservé en certains pays aux hommes seuls, en d'autres aux nobles ou aux chefs, comme récompense de leurs exploits, ou pour célébrer des victoires, comme au Mexique.

h) Lutlc pour Vexistence. — En certains pays, chez les Fueggiens par exemple, la lutte pour la vie a contribué à développer le cannibalisme. Elle diminuait le nombre des concurrents, fournissait à ceux qui survivaient une nourriture plus réconfortante, plus convenable à des guerriers que le régime végétal. Ainsi, celte abominable coutume avait son antidote dans son extension môme, puisqu'elle décimait la population. Peut-on en douter, si l'on pense à ce chef qui avait mangé, pour sa part, 500 individus ?

i) Cannibalisme judiciaire. — Letourneau emploie celte expression pour désigner le cannibalisme appliqué au châtiment des malfaiteurs. Nous pouvons aussi l'appliquer au cannibalisme inspiré par la vengeance, qui, nous le savons, est le germe du châtiment lui-même.

A l'époque où Cook visita l'archipel de Tahiti, le cannibalisme n'y régnait déjà plus; il n'en restait quelques traces que dans les cérémonies religieuses. Toutefois, de temps en temps, et uniquement par esprit de vengeance, on faisait rôtir et l'on mangeait encore une partie de l'ennemi vaincu. On peut dire cependant qu'en général la morale publique condamnait l'anlhropophagie.

Chez quelques Indiens de l'Amérique du Nord, le cannibalisme se présente comme une suite naturelle de la vengeance exercée sur un ennemi. Aujourd'hui en-

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