CHAPITRE XV
«Si vous saviez, disait la Cat. (épileplique et folle morale) à M. Bonvecchialo, combien de fois j'ai juré de me corriger! mais je ne puis résister à la force qui m'entraîne. Dieu lui-même ne saurait demander plus qu'on ne peut lui donner».
« Chez l'un et l'autre, écrit le frère Battanoli en parlant de ses deux fous moraux, on aperçoit un effort pour devenir meilleur et en même temps l'impossibilité d'y réussir. Ils manquent de prévoyance et de prudence; c'est en vain qu'on leur donne des conseils, qu'on leur prodigue les avertissements, qu'on leur fait subir des corrections auxquelles ne résisteraient pas des animaux: tout est inutile.
» Avez-vous observé F...? A quoi lui ont servi toutes les péripéties de sa vie passée, toutes les difficultés qu'il a dû surmonter pour obtenir sa liberté, six années de réclusion, les conseils et les prières qu'on lui a prodigués avant de le relâcher, les promesses qu'il nous avait faites? Le jour même de sa sortie de l'asile, il est allé se quereller pour un bâton sans valeur tout près de l'hospice où on l'avait interné, à St Servolo ».
On comprend, après cela, que si la forme impulsive n'est pas spéciale aux seuls fous moraux et aux épileptiques , on ne peut pas dire non plus qu'elle leur manque. C'est bien naturel, d'ailleurs. Dans des cerveaux prédisposés par une nutrition imparfaite, par un arrêt de développement qui date de la naissance, il y a toujours un /ocîts minons resistentiœ, où s'introduit, puis s'enracine et se développe une de ces mille tendances morbides qui se manifestent en chacun de nous, à une mauvaise heure du jour, surtout quand nous sommes enfants, et s'évanouissent dans les bonnes natures sous l'influence d'une bonne éducation (V. p. 136); mais qui persistent , au contraire, quand elles rencontrent un organisme qui leur est fa-
vorable et quand on néglige de les coniballre. Il arrive donc nécessairemenl que ces tendances se multiplient tout d'un trait chez des individus qui n'entendent point parler en eux l'amour du prochain, qui sont, au contraire, la proie du plus vif égoïsme; des individus qui ne sentent aucune autre force agir en sens contraire, qui sont portés au mal par mille mobiles et au bien par aucun. — Après une série répétée de ces tristes accès, vient l'habitude de l'acte lui-même. En apparence, on ne voit pas de proportion entre la cause et l'effet, on relève des actes qui, à première vue, semblent n'avoir été produits par aucune cause; et voici que s'expliquent ces étranges tendances à l'obscénité, à l'amour paradoxe, que nous avons vues apparaître dans l'enfance des individus prédisposés déjà par l'hérédité. Ces tendances, à première vue, paraissent souvent isolées, sans aucune lésion des autres fonctions affectives; mais il leur serait impossible de se constituer sans un substratum de sensibilité pervertie qui se manifeste dès que l'on en vient à connaître l'anamnèses, A ce moment, on trouve, comme chez les autres fous moraux, et sur une vaste échelle, une hérédité d'aliénation et de vices, une précocité sexuelle anormale (p, 14), grâce à laquelle il sulïit du premier accident pour faire germer l'idée fixe. Or, cette idée, le hasard seul décide si au lieu d'être criminelle, monstrueuse, comme dans le cas deVerzeni, Legier, etc., elle sera seulement bizarre, comme chez l'individu porté à dérober des clous d'escarpins et des tabliers de femme (v. s. pag, 123).
L'analogie est d'autant plus évidente que le plus grand nombre d'entre eux, p. ex. L, P. (pag. 120), Bar... (p. 122), la N. R. (p. 124) et la jeune fille adonnée à la masturbation dont parle Esquirol (126), se sentent déjà