CHAPITRE XV
portés non seulement à la luxure, mais encore à de vrais «rimes: au vol, par exemple.
Les anomalies de l'affectivité ne font pas, d'abord, saillie, et la raison en est simple: elles sont tenues dans une espèce de pénombre par le fait impulsif, qui a une influence énorme, et qui, grandissant d'une façon disproportionnée à la cause, fait oublier le germe dont il est sorti. Peut-être, aussi, se concentre-l-il seulement dans une direction donnée, et seulement à certains périodes laissant le malade dans un état d'apparence normale.
Ainsi, chez Verzeni et chez Sarayo, la perte de l'affectivité ne se manifestait que d'une façon périodique, cl par leur manie barbare d'étrangler des femmes. Mais l'apathie dont ils firent montre après leur crime à l'égard de leurs parents, de leurs victimes, de leur supplice même, prouve bien que l'affectivité était atteinte, même en dehors des tendances spéciales qui les avaient poussés (V. chap. xiii).
Il n'est, en somme, question que du degré, de la direction accidentelle vers un courant donné plutôt que vers un autre; mais il y a toujours un fond de névropathie ; il y a toujours un arrêt de développement de quelques, facultés qui persistent à l'état d'enfance, et, comme dans l'enfance, se traduisent subitement par un acte, sans qu'on puisse les arrêter par le frein de l'intelligence, par la prévision de mésaventures possibles, ni par le mépris du sens moral offensé.
2. — J'ai déjà prouvé, statistique en main (p. 378 et suiv.), et en m'appuyant sur les observations d'autrui, que tous ces traits se i-encontrent avec la plus grande exactitude chez le criminel-né; j'aurais pu le prouver mieux encore par le seul exposé de leurs confessions. — C'est ainsi qu'un voleur me disait : a Nous l'avons
dans le sang; ne verrais-je qu'une aiguille, je ne puis m'empêcher de la prendre, quoique, un peu plus lard, je sois disposé à la rendre ». Le pickpoket Bor... (Archivio, I, 203) nous disait aussi qu'ayant volé dans les rues dès l'âge de 12 ans, volé au collège, sous les coussins de ses camarades, il était dans l'impossibilité de s'en abstenir encore, même quand il avait les poches bien garnies; que s'il n'en trouvait pas l'occasion, il ne pouvait dormir, et, au milieu de la nuit, il se levait, mu par une impulsion irrésistible, et s'emparait du premier objet qui lui tombait sous la main.
Deham avouait à M. Lauvergne qu'il était irrésistiblement poussé au vol. *( Ne plus voler, disait-il, serait pour moi comme ne plus vivre. Le vol est une passion qui brûle comme l'amour; quand mon sang bouillonne dans ma tête et dans mes doigts, je crois que je me volerais moi-même, si c'était possible ». Sur les galères, il volait les cercles des mâts, les clous, les coussins des rameurs. Lui-même, après chaque vol, fixait le nombre des coups de bâton qui devaient lui revenir, quitte à recommencer après (Les forçats, p. 358).
3. — Il y a aussi, d'un autre côté, des malfaiteurs chez lesquels le progrès de l'acte criminel prend absolument la forme et l'opiniâtreté de la manie impulsive. En voici quelques exemples:
Ponticelli a vu un voleur phthisique, à l'agonie, prendre une mauvaise chaussure appartenant à son voisin et la cacher dans son lit.
A la, prison de Milan , il y a quelques mois , on assassinait un gardien d'humeur si douce, qu'il n'avait encouru la haine d'aucun de ses prisonniers. Le meurtrier, interrogé sur le mobile de son crime, répondit qu'il n'avait aucun sentiment de haine contre sa victime, mais