‹ L'homme criminelChapitre 304 sur 315 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

alors il se décida à faire des aveux: il s'était introduit chez Pastot sous prétexte de lui porter le livre; après l'avoir enlevé, il en avait étranglé le propriétaire et mis le feu à la maison; un autre jour, un curé voulut lui acheter un incunable de grande valeur; il essaya de l'en détourner, mais en vain; le curé paya ce qu'il voulut et prit le livre: «Je me repentis tout-à-coup du marché, dit D. Vincent, et je courus après lui pour le prier de me rendre le livre. Il refusa et je le tuai; mais je lui avais donné auparavant l'absolution in extremis. J'ai tué de même les autres: toujours dans une bonne intention. Je voulais enrichir la science, lui conserver des trésors. Si j'ai mal fait, qu'on me traite comme on voudra, mais qu'on ne me sépare pas de mes livres. Il n'est pas juste qu'on impose à ceux-ci un châtiment que je mérite seul ». Le président lui demanda comment avait-il pu porter la main sur des créatures de Dieu. « Les hommes sont mortels, lui répondit-il; mais il importe de conserver les livres, car ils sont la gloire de Dieu ». Il ne se plaignit pas d'être condamné à mort; son seul regret fut d'apprendre que l'exemplaire, qu'il croyait unique, ne l'était point (Despine).

A Strasbourg on se trouva un jour en présence de deux assassinats qui, pour tout le monde, étaient un mystère. Quelques années après ces meurtres, l'abbé Terenk fut arrêté et avoua qu'il les avait commis pour le seul plaisir de voir mourir ses victimes. Dans son enfance, il avait conduit des enfants dans les bois pour les pendre et avait ensuite brûlé leurs cadavres. Il fut condamné (Gall).

Le grand-père et le trisaïeul de Patetot avaient tué leurs épouses; lui-même, très-avare, laisse mourir de faim sa femme et ses enfants; un jour même il les attire près d'un cours d'eau et tente de les noyer. Il égorge

un de ses fils coupable d'avoir dépensé la somme de 80 centimes. — Condamné à mort, il refuse de recourir en appel, parcequ'il faudrait payer les frais et l'avocat (Despine).

La servante Yegado empoisonna trente personnes, les unes pour gagner quelques sous, les autres par un sentiment puéril de vengeance, d'autres enfin sans motif aucun; elle fut assez habile pour éloigner d'elle tout soupçon, sauf la dernière fois; elle avait même su se faire plaindre comme une victime du destin qui semait la mort sur ses pas. C'était d'ailleurs une criminelle véritable; toutefois elle souffrait continuellement de la tête, et on l'avait vue un jour déchirer les habits et les livres de pauvres pensionnaires contre lesquelles elle n'avait aucun motif de haine.

La Jeanneret, qui empoisonna neuf personnes de ses amies et dont elle gardait, en souvenir, une boucle de cheveux , comptait dans sa famille des parents aliénés et portés au suicide; elle même était atteinte d'hystérie, et s'était fait cautériser au fer rouge et sans qu'il en fût besoin, la matrice et le rectum. Elle se sentait irrésistiblement entraînée à prendre elle même les poisons (atropine et morphine) qu'elle administrait aux autres.

Fitz-Gerald , secrétaire de lord Peel , dès sa première jeunesse était grand amateur de livres rares, mais non au point d'en paraître ridicule; il le devint par suite d'infortunes conjugales. ((Je ne puis expliquer, dit-il, ce qui s'est passé en moi. J'étais soumis à une volonté plus forte que la mienne; je désirais des livres, je les achetais, j'en désirais encore; 12, 20, 30 volumes achetés en un seul jour ne suffisaient pas à me satisfaire: qu ils eussent ou non de la valeur, peu m'importait. Rentré chez moi, je déposais mes livres et ne songeais qu'à iHi'en procurer d'autres. J'en ai acheté pour 12 mille

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