CHAPITRE XVI
la plupart; mais elle nous fait constater une prévalence relative des forces musculaires au côté gauche, prévalence que l'étude du mancinisme a confirmée, puisque ce phénomène a été relevé chez les criminels dans une proportion de 13 0\Q pour les hommes et de 22 0[0 pour les femmes; c'est-à-dire trois et quatre fois plus souvent qu'à l'état normal. Tout cela, joint à ce que nous avons observé touchant la sensibilité, indique un nouveau caractère atavistique; mais nous fait soupçonner aussi chez les criminels, en opposition aux gens de bien, une prépondérance du lobe droit du cerveau. Or, cette prépondérance, le peu de recherches anatomiques qu'on a pu faire l'ont à nouveau confirmée, en même temps qu'elles complétaient les premières lignes d'un nouveau caractère atavistique de grande importance, puisqu'il nous fait voir que les asymétries de la face et du crâne, si souvent rencontrées chez les criminels, et que les théories modernes feraient considérer comme une marque de perfection, n'ont pas pour eux ce caractère, et cela pour deux motifs: d'abord, parcequ'il y a une énorme exagération, ensuite, parcequ'on les constate dans le côté droit du cerveau et non dans le côté gauche qui, chez l'homme honnête et civilisé, l'emporte par son activité et son volume.
Les observations et les expériences faites au moyen du nitrite d'amyle, nous ont montré les criminels, et en particulier les voleurs , souvent incapables de rougir. Cette incapacité s'est présentée jointe à la rareté de réaction vasculaire sous l'influence de la douleur, prouvée par l'hydrosphygmographc; elle ne se démentait que dans les cas où leurs tendances gloutonnes ou lascives étaient en jeu. Ainsi se trouvent expliqués.
pour la première fois, en même temps que l'analgésie, la plus grande longévité relative et le poids plus lourd des criminels, malgré la maladie qui les mine dès leur naissance. Ainsi s'explique, encore, l'extrême insensibilité morale et affective qui est le trait le plus saillant de leur caractère; insensibilité telle, qu'ils n'ont aucun souci de leur propre vie, se tuent avec la même déplorable facilité, avec laquelle ils voient ou provoquent la mort d'autrui. Ce spectacle devient même pour eux un vrai plaisii", un besoin (p. 399), sous l'impulsion de la vengeance ou de la haine, ou même seulement par suite de l'habitude. De là cette absence apparente, ou du moins cette incohérence de motifs, que l'on remarque souvent dans les crimes les plus atroces. Les seules passions qui survivent en eux sont la vengeance et la vanité, la vanité du crime surtout, l'amour des alcooliques, du jeu et la luxure. Cette dernière est chez eux plus précoce que tenace; elle remplace l'amour et s'éteint assez vite, sauf dans certains débauchés et dans les hommes de sang.
Sans doute, ils n'ignorent pas ce qui est justice; mais ils ne le sentent point. Ils déforment la morale, comme la religion, au gré de leurs passions.
De là la fréquence des récidives qui, pour certaines fautes, en particulier pour la rébellion (100 0(o), le vol (70 à 72 Oio), les coups et blessures (57 à 60 0|o), la bigamie (50 0|o), et l'incendie (^QO\q), deviennent plutôt la règle que l'exception; et, si on les met en rapport avec les crimes les plus fréquemment commis dans la jeunesse, vol, stupre, vagabondage, coups et blessures, meurtres, incendies, on voit que ceux-ci constituent le contingent spécial des criminels-nés. On ne pourrait, en effet, les qualifier ainsi au point de vue juridique, si l'on