CHAPITRE XVI
n'en constatait la récidive, directe ou indirecte, peu importe. — Car un bon nombre des caractères anthropologiques et biologiques qui les distinguent peuvent, bien qu'en des cas plus rares, être attribués aux sourds muets, aux fous, aux enfants de parents lubercufeux.
On ne peut dire, d'ailleurs, que leur intelligence soit intacte, complète. Le génie n'est, chez eux, qu'une exception, surtout si l'on considère la perpétration des crimes dans lesquels l'habileté dont ils font preuve vient seulement de ce qu'ils répètent toujours les mêmes actes, et aussi de leur astuce, que l'on a trèsbien appelée le bouclier dont l'homme se sert pour couvrir un fond de faiblesse intellectuelle. Toujours la légèreté, la bizarrerie d'esprit, la fourberie, prévalent en eux sur la solidité, la ténacité et la cohérence. On le voit surtout dans l'argot, qui reproduit, comme le tatouage, les tendances de l'homme primitif. Cet homme primitif reparaît encore dans leurs sentiments religieux, dans leurs associations criminelles qui, par leur réglementation sanguinaire, la domination toutà-fait personnelle de leurs chefs (Tacite, Germ., vu), la façon tout anarchique dont elles se désagrègent et se reforment selon le besoin du moment, rappellent bien une tribu de sauvages.
2. — Folie morale. — L'analogie du fou moral , du criminel-né et de l'épileptique apaisent pour toujours un différend qui s'éternisait entre les moralistes, les juristes et les psychiatres, et qui éclatait parfois aussi, entre les écoles psychiatriques. La situation était même d'autant plus délicate, que par un hasard extraordinaire, tout le monde avait raison. En effet, d'un côté,
on objectait, à bon droit (1) que les caractères atlriijués au fou moral appartiennent en propre au criminel; de l'autre on n'avait pas tort de soutenir que les divers caractères du criminel-né se retrouvent avec la plus grande exactitude, en bien des cas, chez le fou moral.
On arrive ainsi à comprendre pourquoi des savants très-respectables n'ont pu s'accorder sur le diagnostic d'un criminel, et ont déclaré coupables des individus qui certainement étaient fous, ou, tout au moins, mal équilibrés, comme Guiteau, Menesclou, Verzeni, Prunier, Agnoletti, Lawson, Militello, Garayo, Passanante. On comprend que Cacopardo, examinant les cas attribués à la folie morale par Pinel, ait soutenu qu'il s'agissait de coupables; de même que presque tous les fous moraux de Bigot sont de véritables criminels.
(I) M. Balfoiir-Brown , dans son travail sur la folie morale , s'exprime ainsi: «Une folie morale, une affection de Tâme caractérisée par des propos ou des actes délictueux, n'a jamais existé. On devrait laisser de côté, une bonne fois, cette dénomination malheureuse, et dire que le sujet souffre, par exemple, d'une faiblesse psychique, où d'une disposition à la mélancolie, accompagnée d'anxiété et du délire de la persécution, et que cet état le pousse à des actions délictueuses ». — Knap nie l'existence de la folie morale comme maladie distincte, et la regarde comme une complexe syntomatique qui se vérifie quelquefois dans le prodrome des maladies mentales. Les autres individus qui présentent une pareille complexe symptomatique, dit Knap, sont pour la plupart des délinquants. (Bonfigli. Rivista di freniatria. 1872).
M. Bonfigli a raison d'objecter que le terme de folio suppose toujours une maladie acquise, tandis que la folie morale est presque toujours congénitale. Aussi vaudrait-il mieux l'appeler idiotie , imbécillité morale, d'autant mieux qu'elle a avec celle-ci, comme avec le crétinisme, ses nombreuses analogies physiques, par exemple, vice de la base du crâne, grandeur démesurée des oreilles et des mâchoires, rareté de la barbe, irais ce n'est là qu'une question de mots, et nous savons qu'à ce propos l'usage est un despote souvent aveugle. (Rivista di freniatria. 1873}.