CHAPITRE XVI
De l'aveu de Krafft-Ebbing, le bagne est rempli de fous moraux; c'est que l'on avait cherché l'essence de la folie dans le désordre de l'intelligence, d'où il résultait qu'aux yeux de médecins peu expérimentés la plupart des fous moraux étaient des coupables ordinaires.
La vérité est que tous avaient' raison , puisque les deux choses étaient réunies dans le même sujet.
3. Influence de l'épilepsie. — Mais la théorie de l'atavisme du crime se complète et se corrige par l'adjonction de la nutrition défectueuse du cerveau, d'une mauvaise conductibilité nerveuse, d'un manque d'équilibre des émisphères, par la condition épileptique. C'est, en un mot, la maladie qui vient s'ajouter à la monstruosité. M"" M. Sergi (Rivista filosofica scientifica, 1883) et Bonvecchiato (1. c), partant de l'induction pure, mais géniale, l'avaient déjà entrevu.
L'épilepsie explique la plagiocéphalie, les asymétries de tout le corps, la sclérose du crâne, les ostéophytes du clivus, l'hémorragie des méninges, les adhérences de la dure-mère, les adhérences des cornes postérieures, les ramollissements et les scléroses du cerveau, les fréquentes insuffisances valvulaires, la pigmentation des cellules nerveuses, l'hyperplasie cellulaire le long des faisceaux nerveux, qui indiquent des procès déjà anciens congestifs et hémorragiques, enfin, l'œdème delà couche corticale et l'athérome des temporales. Ces altérations, à leur tour, expliquent l'inégalité ou la dilatation des pupilles, les erreurs dans les réflexes tendineux, la contraction des muscles, la chorée, l'analgésie et l'anesthésie, l'absence de réaction vasculaire, l'incohérence et la bizarrerie propres à la folie, la cruauté, le plaisir de faire le mal pour le mal, la perte de l'affectivité, la lésion du sentiment, qui suffit pour former
le caractère palhognonionique exclusif, et peut exister sans lésion apparente de l'intelligence, et laisser des traces dans la prévalence des anomalies faciales, dans <;elles de l'œil surtout, sur les anomalies du crâne.
4'. — Arrêt de développement. — 11 me serait facile d'expliquer la genèse du mal, en me réunissant à cette phalange d'aliénistes , qui soutiennent le concept de la dégénérescence, somatique et psychique, qui fait suite à l'hérédité morbide, et qui irait en progressant toujours dans la suite des générations jusqu'à la stérilité. Cette école exagère même ce concept au point de se contenter d'un seul des signes des dégénérescences, même du plus insignifiant, de l'organisme, pour en admettre l'existence.
Je ne suis pas contraire, en ligne générale, à cette théorie, qui a un grand fondement de vérité: seulement à une époque où la science vise toujours à l'analyse, cette conception me parait trop large; il me semble qu'elle embrasse un trop grand nombre de régions du champ pathologique, allant du crétin à l'homme de génie, du sourd-muet au cancéreux, au phthisique; et qu'il est impossible de l'admettre sans restriction. Je crois qu'il vaut mieux, pour le moment, accepter l'arrêt de développement, qui nous est apparu solidement établi sur une base anatomique, et qui a le mérite de concilier l'atavisme avec l'état morbide. Nous connaissons, en effet, les causes de cet état: par suite d'un arrêt de développement , certains organes , surtout ceux des centres psychiques imparfaitement nourris, présentent à toute action externe un lociim minoris rcsistentiœ, d'où naissent les phénomènes hypérémiques, inflammatoires, pigmcntaires, epileploïdcs, et, d'autre