CHAPITRE II
core, pour les naturels de la Guyane, l'anthropophagie n'est pas autre chose qu'un acte de vengeance.
A l'ile Bow, on mange les assassins; c'est le seul point de la Polynésie où vous puissiez constater ce genre de cannibalisme. Selon Bourgarel, la vindicte publique, , à la Nouvelle-Calédonie, l'applique aux condamnés à mort. Marco Polo raconte qu'il en était de même chez les Tartares.
6. — Telles sont donc les conditions psychologiques et juridiques de l'état sauvage; on voit qu'elles sont en tous points contraires à celles qui distinguent les peuples civilisés. Or rien, dans la nature, n'étant immobile, nous pouvons discerner dans ces conditions mêmes où elle place le sauvage, un double progrès d'évolution; d une part, il arrive par degrés à une férocité moins grande; de l'autre, il sent se développer en lui les germes des sentiments moraux et des institutions juridiques. C'est ce qu'on remarque ensuite dans l'évolution historique de l'homicide. (Ferri).
En fait, pendant que cette classification des diverses formes de l'homicide, pour faire mieux ressortir le contraste entre l'homme primitif et l'homme civilisé, lésa présentées dans une progression croissante de férocité, leur évolution naturelle, au contraire, se termine par une diminution continuelle et de plus en plus rare des formes les plus odieuses. Le meurtre inspiré par le désir de la renommée ou par une méchanceté brutale, le cannibalisme guerrier et celui qu'inspire la seule gloutonnerie, deviennent tous les jours moins fréquents; on voit persister, au contraire, l'homicide et le cannibalisme inspirés par la religion; c'est d'abord le corps entier, puis une partie seulement de la victime, que l'on mange; l'homme est
ensuite remplacé par des animaux, et enfin par des figures symboliques (voyez, chez les Mexicains, l'image du dieu Quelzalcoatl, pétrie de farine et de sang; chez les Chinois, les figures de papier brûlées dans les cérémonies; chez les Romains, des statuettes analogues nommées oscilla). L'hostie des catholiques est la manifestation dernière et inconsciente de ce symbolisme, comme le remarquent fort justement Waitz et Wogt. (Ferri).
Ce n'est pas tout: l'homicide et le cannibalisme inspirés par la vengeance revêtent, même aux époques primitives, une apparence morale et juridique qui en fait véritablement l'embryon du droit social de répression , et le remplace quand celui-ci n'est pas encore organisé.