‹ L'homme criminelChapitre 312 sur 315 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

draiL pas un compte bien exact de la difl'usion énorme de la pédérastie, de l inlanticide, crimes pour la perpétration desquels on voit souvent se former de vraies associations, si l'on ne se rappelait le temps oîi à Rome, en Grèce, en Chine, à Tahiti, les faits de ce genre, loin de passer pour des crimes, faisaient quelquefois partie des coutumes nationales. Cet exemple nous permettra peut-être de comprendre la présence fréquente de goûts esthétiques (v. p. 453) chez les pédérastes, absolument comme chez les anciens Grecs; surtout si nous voulons bien nous rappeler, avec M. Sergi (1), qu'il y a dans l'hérédité une vraie stratification; c'est celle-ci qui favorise, chez nous, la reproduction des instincts de l'homme préhistorique et ceux aussi de l'homme du moyen-âge. Ainsi s'expliqueraient, p. ex., les crimes récemment commis par les anti-sémites, les querelles de clocher, où nous pourrions voir une haine héréditaire datant du moyen-âge; ainsi encore la manie du duel , que rien ne peut réfréner.

Si nous poursuivons, plus loin encore, les analogies alavistiques , si nous remontons au delà de la race, dans les animaux inférieurs, nous pourrons trouver la raison de quelques autres apparences du monde criminel qui, par elles-mêmes, semblent inexplicables, même à l'aliéniste. Telles sont; la soudure fréquente de l'atlas avec l'occiput, la saillie des canines, l'aplatissement du palais: la concavité de l'apophyse basilaire, la fréquence de la fosse occipitale moyenne et son développement exagéré, précisément comme chez les lémuriens et les rongeurs; la persistance des poils sur levisage, les arrêts de développement du cerveau, comme-

(1) Ddla stratificasione ciel caratlere nei delinquenti , Turin, 188^.

la formation d'un opercule du lobe occipital (1), l'ouverture de la fossette de Silvius, la séparation des scissures calcarine et occipitale, l'hypertrophie du vermis ou du cervelet tout entier, ou encore le lobe moyen affectant la même forme que celui des mammifères, la tendance au cannibalisme alors même que la vengeance n'est pas en jeu, et, mieux encore, cette forme de férocité sanguinaire jointe à la luxure, que nous avons rencontré dans Gille, Verzeni, Garayo, Legier, Bertrand, Arlusio, dans le marquis de Sade (2). Chez ces criminels, il est vrai, l'atavisme était presque toujours favorisé par l'épilepsie, l'imbécillité ou la parésie générale; mais cela ne nous rappelle pas moins l'époque où chez l'homme, comme chez les animaux, l'accouplement était précédé et accompagné de luttes féroces et sanglantes dont le but était, soit de dompter la résistance de la femme, soit de vaincre les rivaux en amour. On voit encore dans plusieurs tribus australiennes, l'amant se cacher derrière une haie pour attendre sa fiancée, la terrasser^ quand elle passe, d'un coup de massue, et l'emporter ainsi à demi morte dans la demeure conjugale. Cet usage a laissé quelques traces dans le rite nuptial de beaucoup de nos vallées; on le retrouve dans l'horrible fêle du Jagranath, et dans les bacchanales de Rome, où le jeune homme qui refusait de se laisser souiller était coupé en

(1) Ces faits, découverts par Flesch , ont été retrouvés dans les criminels de Rome par le doct. Miugazzini. (Laborat. du prof. Todaros).

(2) V. p. 581. — Artusio souilla un jeune homme par uue blessure qu'il lui avait faite à l'abdomen. — Mainardi cite un certain Grassi qui, furieux de voir ses avances repoussées, tua la femme qui lui résistait, puis son père, son oncle, et enfin plusieurs bœufs. Après quoi il alla se jeter dans les bras de sa maîtresse (V. Lombroso, Verzeni ed Agno- Zetti, Florence, 1873).

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