‹ L'homme criminelChapitre 33 sur 315 · VOLS ET AUTRES DÉLITS · texte numérisé non relu

VOLS ET AUTRES DÉLITS

Les tribus sauvages, les peuples primitifs, ne possédant vraiment rien en propre, n'ont pas l'idée de la propriété, et encore moins celle du vol qui, exercé sur les étrangers, procure du profit à leurs propres membres.

En Egypte, la profession de voleur était reconnue par l'Etat. Celui qui voulait l'exercer inscrivait son nom sur une tablette qu'on exposait en public; il portait ensuite dans un endroit désigné tous les objets qu'il avait dérobés, pour que leurs propriétaires pussent les recouvrer en payant une certaine redevance (1). Les Germains voulaient que leur jeunesse, pour ne pas languir dans l'oisiveté, s'exerçât à voler chez les peuples voisins de leurs frontières (2). Thucydide atteste que les Grecs et tous les peuples barbares des îles et du littoral, s'adonnaient à la piraterie, et que loin d'en rougir, ils s'en faisaient gloire. A Sparte, le vol était permis; si le voleur surpris en flagrant délit recevait une correction, ce n'était point pour le vol, mais pour la maladresse.

Même chez les peuples à demi-civilisés, la propriété privée fut longue à s'établir; au Pérou, au Mexique, avant les Aztèques, on vit se maintenir longtemps les

(1) A. Gell. 1. XT, c. 18: ^Tlgypliis omnia furia licita et impunita.

{2) C;esar, Bell. Gall., 1. vi, c. 21: Latrocinia nullam habent infamiam, quœ extra fines cujusque civitatis fiunt, atque ex juventutis exercendœ ac desidiœ minuendœ causa fieri prœdicant.

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casas grandes, huttes immenses sous lesquelles vivaient ensemble des familles nombreuses.

Aux îles Pelew, les habitants ne possèdent en propre que leur maison et leur pirogue; tout le reste appartient au roi.

En Chine , il y a de cela 2205 ans , tout était en commun; les chefs faisaient la répartition des terres selon l'âge de leurs sujets. Il en fut de même à Sparte jusqu'à la guerre du Péloponnèse.

D'après Cook, le mot demi rasé, signifiant voleur, s'introduisit dans une île de l'Océanie, après qu'il se fut avisé, pour châtier un indigène coupable de vol, de lui raser la moitié de la tête. Cela prouve sans aucun doute que, jusque là, ils n'avaient pas la moindre notion du délit.

Dans l'Afrique orientale (écrit Burton, p. 176) les voleurs jouissent de l'estime générale.

Dites à un Makolo, écrivait Livingstone: Pourquoi voles-tu du bétail? 11 éclate de rire et répond: Je ne fais que le détourner.

Abn Rongatura (Australie) avait été surpris à voler, et un voyageur lui demandait s'il ne craignait pas d'être puni par les dieux; «Oh! non, dit-il; quand les dieux étaient sur la terre, ils faisaient de même, et les pères aiment à être imités par leurs enfants ». (Nov.\ra Reise, AnthropoL Tlieile, p. 39, 1865).

Sur la Caramance, en Afrique, tout auprès des Bagnous, peuple sauvage, mais pacifique et probe, adonné à la culture du riz, sont établis les Balantis, qui vivent de chasse et de rapine; ils tuent les voleurs qu'ils rencontrent dans leurs villages, mais cela ne les empêche pas de voler leurs voisins, (Revue d'ant/iropoL, 1874). Chez eux, les voleurs habiles sont fort estimés; on les

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paie pour qu'ils enseignent leur art aux enfants, et même on les prend pour chefs dans les expéditions.

Les Beni-IIassan, du Maroc, ont avec eux beaucoup d'analogie. Le vol est leur occupation principale; ils sont disciplinés, ils ont des chefs que le Gouvernement reconnaît et dont il se sert quelquefois pour ravoir les objets volés. Ils se divisent en voleurs de blé et voleurs de chevaux; ils opèrent dans les villages et sur les routes. Montés sur des chevaux rapides , ces bandits sont presque impossibles à atteindre. Ils emploient la ruse; s'introduisent nus, enduits de graisse, dans les cabanes, se dissimulent sous des branches d'arbres pour ne pas effrayer les chevaux. Ils s'adonnent au brigandage dès leur huitième année. (De Amigis, Marocco, p. 205).

Chez les Arabes Bédouins, il y a des tribus honnêtes et laborieuses, mais il y en a aussi beaucoup vivant aux dépens des autres, connues pour leur amour des aventures, leur courage imprévoyant, leur besoin de changement continuel, leur manque absolu d'occupation, enfin leur tendance au vol.

L'Arabe pillard croit que Dieu l'assiste dans ses entreprises. (Gén. Damas). Là, non seulement il est permis, mais il est glorieux de voler un ennemi. Avant de s'engager dans une de ces expéditions, ils distribuent des aumônes aux pauvres, et font à Sadi-Abdallah, un de leurs saints, cette promesse: Si nous retournons sains et saufs, tu auras la part.

Dans la tribu des Zacka-Khail, peuple de l'Inde, le vol est une profession. Quand un enfant mâle vient au monde, son père le consacre en le faisant passer par une brèche pratiquée dans le mur de sa maison et en répétant par trois fois; Sois un voleur.

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A Noukalliva, le vol prouvait rhabilolé, consacraille mérile.

Les Guaranis sont aussi tous des voleurs. 11 est vrai qu'ils n'emploient jamais la violence; mais ils se font gloire d'enlever avec dextérité des objets de peu de valeur; dans leur langue, cela s'appelle cueillir ow 'prendre. (D'Azara, Yoy. Am. Mér., 4835).

Plus tard, avant l'apparition de la propriété individuelle, mais quand la propriété collective existait déjà, quand la tribu posséda, par exemple, des territoires de chasse, ou que son chef les posséda pour elle, on regarda comme coupable celui qui dérobait les biens de la tribu; mais il resta encore permis, honorable même, de voler les étrangers. Ainsi, chaque tribu, dans la Tasmanie, dans la Colombie, avait son territoire de chasse: tout étranger qui s'y aventurait était mis à mort.

Les Gaulois n'étaient pas taxés d'infamie pour un vol commis hors de leur cité (De bello Gallico, xi). Nous en avons dit autant des Germains, p. 74.

Les Esquimaux sont honnêtes dans leurs transactions réciproques; jamais avec les étrangers. (Parry, 3^ Voy.).

2. — AiUres crimes. — En dehors du vol, bien peu de nos crimes étaient réputés tels par ces législateurs barbares.

Plus tard , quand la propriété se développa et que 1« tribu reçut une meilleure organisation, surtout sous le despotisme des rois ou des prêtres, la catégorie des crimes s'étendit, outre le vol, au rapt, à l'adultère, et par dessus tout aux injures proférées contre les chefs, les dieux, ou la tribu elle-même. En Germanie, les seuls crimes punis par l'Etat étaient la trahison et la désertion, que l'on punissait par la corde, et la sodomie.

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dont les coupables étaient étoulTés dans la bouc. (Bar, 1. G.).

Le Justinien des Incas, Pachacutec, avait porté des iois contre la bestialité, l'homicide, le parricide, la tra- Jiison envers l'Etat, l'adultère, le rapt et le viol, surtout s'il s'agissait des vierges sacrées , la séduction , l'inceste, le vol, la sodomie, la corruption des juges. Presque tous ces crimes étaient punis de mort. Mais le pire de tous était l'adultère avec une femme des Incas. Pour celui-là, le châtiment était terrible: on ne se contentait pas de frapper les deux coupables, on faisait mourir avec eux leurs enfants, leurs esclaves, leurs parents, tous les habitants de la ville où ils demeuraient; la ville elle-même était détruite et ensevelie sous un mm\s de rochers. (Garcilasso, Hist. des Jncas , i, 346).

Chez les Battas, l'anthropophagie judiciaire est réglée par un véritable code: sont condamnés à être mangés les adultères, les voleurs de nuit, les prisonniers de guerre importants, ceux qui prennent femme dans leur tribu, ■ceux qui attaquent en trahison, soit les personnes, soit les demeures.

Aux îles Fidji, les actes jugés dignes d'être punis sont en fort petit nombre. Ce sont: le vol, l'adultère, le rapt, la sorcellerie, l'incendie, l'outrage à une personne de marque. Tout cela revient à dire: offense au maître, attentat à la propriété. On sait en effet que chez tous les sauvages, quelle que soit leur race, l'adultère et le rapt sont punis comme des attentats à la propriété du mari sur sa femme. (Letourneau).

Les Aztèques mettent aussi, au rang des crimes l'ivrognerie et les efforts tentés pour corrompre les juges; les Assiniens, la sorcellerie et l'empoisonnement.

Chez les Juifs, les principaux crimes étaient le faux témoignage, l'inceste, la sodomie, les blessures, mais, par dessus tout, l'idolâtrie, qui était à leurs yeux le plus grand de tous. «Les cités où règne l'idolâtrie sont anathèmes; leurs habitants sont passés au fil de l'épée en l'honneur du vrai Dieu. On ne peut môme, sans se rendre coupable, prononcer le nom du Très-Haut ».

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