CHAPITRE II
lisme juridique, qui, au dire de Bourgarel , s'appliquait également dans la Nouvelle-Calédonie auK condamnés à^mort, et que Marco Polo nous montre aussi en usage chez les Tartares.
Qui peut savoir combien de sentences de ce genre ont été conseillées par la gourmandise, par la saveur d'une grillade de chair humaine? Et dire que cette pratique odieuse et criminelle, qui s'est maintenue même après un commencement de civilisation, a pu contribuer h faire disparaître les crimes!
Qui sait combien de jugements iniques a fait prononcer à des hommes passionnés la coutume de l'antique Latium concernant l'adultère soumise au coitum de toute la communauté?
43. — Conclusion. — Rappelons-nous, avant tout, que la passion qui contribua le plus à la répression du crime fut celle de la vengeance: que la promiscuité de l'amour disparut grâce à l'inceste introduit par le désir de contracter des alliances nobles, grâce à la polyandrie et à la polygamie, qui résultèrent de la rareté ou de l'abondance des femmes, et plus encore de la prédilection du chef de la tribu, ou d'un homme puissant, pour une favorite; et plus tard grâce au rapt ou à la puissance supérieure d'un chef, si bien qu'il y avait crime à toucher sa femme, tandis qu'on pouvait avoir commerce avec celles des autres sans être coupable (v. s.). Songeons que le vol commença à être puni quand s'ouvrit l'ère des conquêtes, quand les chefs plus puissants ont voulu conserver ce qu'ils avaient pris et refusé de le partager avec leurs compagnons plus faibles, en sorte que la répression du vol, comme celle do l'adultère, se borna longtemps aux propriétés des chefs.
l'HEMlÈHE l'AUTIE
Après tout cela nous sommes bien en droit de conclure, sans blasphémer, que la moralité et la punition du crime sont nées, en grande partie, du crime, qu'elles étaient, même, un crime.
14. — Vestiges des anciennes tendances criminelles. — 11 y a chez nous des muscles rudimentaires qui attestent leur préexistence, sur une plus grande échelle, dans les organismes inférieurs ou dans l'embryon; ainsi certaines habitudes, maintenues pour la plupart par la religion, celte conservatrice obstinée des coutumes les plus anciennes, rappellent l'existence d'usages plus barbares et en font revivre les divers degrés jusqu'à l'époque contemporaine, alors même qu'elles ont perdu leur marque originelle.
C'est ainsi qu'un reste du cannibalisme et de l'infanticide consacrés par la religion s'est conservé dans la circoncision, le rite le plus révéré des Juifs; c'est ainsi encore que le dialecte vénitien emploie le mot orecchiotto pour signifier une portion, et l'italien dit coppa pour une tasse qui dérive de kopf en allemand tête. On peut faire la même remarque à propos de l'hostie des chrétiens.
La prostitution, qui précéda les unions légitimes, et surtout la prostitution sacrée, se trouve à des époques plus récentes, dans les fêtes des Dionysiaques, des Lupercales, dans les termes hébraïques /iorfcssà, sainte et prostituée, Kadessiid, maison de tolérance et sacristie, | et dans nombre de sectes qui ont confondu la religion avec la prostitution et même avec les pratiques sodomitiques. Voiries Adamiles, les Kaïnites, les Nicolaïtes, etc.
Le rapt, ou mieux le viol, antérieur au mariage, ont laissé leur trace dans le rite nuptial de presque tous les peuples, et jusque dans celui de l'ancienne