‹ L'homme criminelChapitre 41 sur 315 · CHAPITRE m · texte numérisé non relu

CHAPITRE m

La folie morale et le crime chez les enfants.

11 est un fait qui .a peut-être échappé à bon nombre d'observateurs, précisément par sa simplicité et son universalité, et que Moreau , Ferez et Bain ont à peine aujourd'hui dégagé clairement; c'est que les germes de la folie morale et du crime se rencontrent, non par exception, mais d'une façon normale, dans les premières années de l'homme, comme dans l'embryon se rencontrent constamment certaines formes qui dans un adulte sont des monstruosités; si bien que l'enfant représenterait un homme privé du sens moral, — ce que les aliénisles appellent un fou moral, et nous un criminel-né. En voici des preuves convaincantes.

1. — Colère. — Ferez (i) a démontré la fréquence et la précocité de la colère chez les enfants. « Dans les deux premiers mois, il manifeste par les mouvements de ses sourcils et de ses mains une véritable colère quand on veut le laver, ou lui enlever un objet. A un an, sa colère va jusqu'à battre les personnes, à briser les plats, à les lancer contre ceux qui lui déplaisent. Il est en cela semblable aux sauvages, aux Dacotah, qui

II) Psychologie de Venfant ii ediz., Paris 1882.

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enlrenl en fureur quand ils luenL les Bisons , aux Fidjiens, qui, dans leurs émotions, se montrent trèsirritables, mais sans beaucoup de suite:»). (Pérez).

L'enfant s'emporte quand il éprouve une douleur, quand il ressent le besoin de dormir ou de se mouvoir, quand il ne peut se faire comprendre, quand on interrompt ses habitudes ou qu'on veut l'empêcher de se plaindre, d'exhaler sa mauvaise humeur; quand, enfin, on l'oblige à fêter un étranger, ou qu'on le fait punir par les domestiques, ou qu'il voit deux camarades aux prises et veut s'interposer. Mais, je plus souvent, la cause de sa colère est absurde; car deux sentiments, comme le remarque justement Pérez , dominent en lui: l'obstination et l'impulsivité; ceux qui ont soin de lui^ qui le lavent, l'habillent, le déshabillent ou le mettent au lit, s'en aperçoivent fort bien. Sa colère prend alors l'expression aigûe du caprice, de la jalousie, de la vengeance; elle nuit à son développement, surtout quand il a une prédisposition aux maladies convulsives, et elle atteint, en ce cas, des proportions épouvantables.

Certains enfants, dit Moreau (De l' homicide chez les enfanls, 1882)^ ne peuvent attendre, un moment, ce qu'ils ont demandé sans entrer dans une colère extraordinaire. Perez a connu un enfant de huit ans, d'une grande intelligence, qui, à la moindre observation de ses parents ou même des étrangers, éprouvait une violente colère, se faisait une arme de ce qui lui tombait sous la main, et, quand il se sentait impuissant, brisait tous les objets qu'il pouvait saisir.

Une petite fille, en qui on remarquait le même caractère, devint bonne, tout-à-coup, à l'âge de deux ans. (Pérez, 1. c).

CIIAriTRE III

El PtM-ez ajoute: « J'en ai vu une de onze mois devenir furieuse, parcequ'elle ne pouvait arriver à prendre le nez de son grand-père; une autre, âgée de deux ans, eut un accès semblable pour avoir vu aux mains d'un enfant une poupée qui ressemblait à la sienne; clic s'efforçait de le mordre; elle en fît une maladie de Irois jours ».

« Une autre, de deux ans, avait de tels accès de rage quand on la couchait, que les voisins devaient venir pour la calmer ».

« Un garçon de quinze mois mordait sa mère quand elle le lavait. Un autre, de trois ans, renvoyé de la salle à manger, se couchait en travers de la porte et poussait des cris de fureur y>.

La colère est donc un sentiment inné chez l'homme: on doit diriger ce sentim.ent, mais on ne peut espérer ie faire disparaître.

■2. — Vengeance. — Ces faits nous montrent déjà combien est fréquent et précoce le sentiment de la vengeance dans les enfants. Il n'est pas rare de voir un enfant de sept à huit mois égratigner sa nourrice quand elle essaie de lui retirer le sein, et lui rendre les coups qu'elle lui a donnés. J'ai connu un petit garçon légèrement hydrocéphale, d'un développement tardif et d'une intelligence obtuse, qui s'irritait de la moindre admonition, de la correction la plus légère: il n'avait que sept ans. S'il pouvait frapper l'auteur de son chagrin, il se calmait aussitôt; mais dans le cas contraire, il continuait de crier, de se mordre les mains. Souvent il réagissait plusieurs heures après qu'on l'avait irrité, et toujours il visait k l'endroit de l'adversaire où on l'avait frappe lui-même.

Sa violence était sans bornes, quand il pensait avoir été injustement puni ou qu'il se croyait victime d'une haine supposée. Il n'était moins sensible à la raillerie. — A dix ans, il devint meilleur.

Un autre enfant qui, à quatre ans, était d'une méchanceté extrême et battait sa mère en pleine rue, devint docile et bon quand il atteignit sa onzième année.

3. — Jalousie. — Elle est commune à tous les animaux, et se fait voir dans les hommes môme les plus calmes: tantôt elle éclate comme un incendie, tantôt elle couve sous les cendres; elle peut être excitée par l'amour, mais elle l'est surtout par l'instinct de possession, elle est violente chez les enfants. Pérez en a vu un qui était jaloux, non seulement de tous ceux qui approchaient sa nourrice, mais encore de son biberon, — On voit bien des fois les enfants briser un objet plutôt que de le céder à leurs camarades.

Fénelon a dit (Éducation des filles, ch. v) : « La jalousie est plus violente dans les enfants qu'on ne saurait se l'imaginer; on en voit quelquefois qui dépérissent d'une langueur secrète, parceque d'autres sont plus aimés et plus caressés qu'eux ».

Tiedemann avait un fils âgé de vingt-deux mois; il remarqua que cet enfant voulait être flatté quand on flattait sa sœur, et qu'il la battait si elle ne lui cédait sur le champ ce qu'on lui donnait.

Un enfant de trois ans parlait avec un grand plaisir de la sœur qu'il allait avoir. Quand elle fut née et qu'il la vit caresser, il demanda tout-à-coup « si elle ne mourrait pas bientôt ».

J'ai vu ce sentiment de jalousie développé chez une petite fille, dès les premiers jours qui suivirent sa nais-

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