‹ L'homme criminelChapitre 42 sur 315 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

sance: elle refusait de létcr quand elle voyait à l'autre sein sa sœur jumelle, et il fallut les séparer. A quatre ans, elle cessait de manger si, par la fenêtre, elle voyait dans la rue un enfant vêtu comme elle. De quatorze i\ quinze ans, à la suite d'une grave maladie, elle parut s'adoucir; plus tard néanmoins, à 25 ans, elle était moins bonne qu'hypocrite. Elle était d'ailleurs hydrocéphale et atteinte d'une hypéresthésie hystérique: c'était la fille d'un fou moral.

Yalbust (MoREAU, p. 57) raconte qu'un enfant de six ans, jaloux de son petit frère, présentait souvent un couteau à ses parents pour qu'ils voulussent bien le lui tuer.

4, — Mensonge. — Montaigne a dit que le mensonge et l'obstination croissent chez les enfants en même temps que leur corps.

Tous les enfants, écrit Bourdin, sont menteurs, mais plus que tous, les enfants trouvés, qui mentent par jeu,

Pérez en donnait pour cause première la facilité avec laquelle nous trompons les enfants, dès les premiers mois, pour les tranquilliser, les laver.

Les enfants mentent pour obtenir ce qu'on leur a refusé d'abord: souvent pour éviter un reproche, pour ne point paraître le mériter; ainsi un enfant appelait vilaine sa mère qui le lavait. « Qui veux-tu insulter? lui demandat-ellc. — « Je l'ai dit â l'eau, » répondit-il en se reprenant. — D'autres fois, ils mentent pour obtenir une friandise, qu'ils prétendent n'avoir pas mangée, ou sous l'impression d'une forte douleur, après une chute, ou pour se montrer forts, ou parcequ'ils voudraient se tromper eux-mêmes sur l'humilité de leur situation, ou par jalousie (c'est ainsi qu'une fillette, voyant que sa

l'UliMllinii l'AUTIE

mère caressait son petit frère, imagina de dire qu'il avait frappé le perroquet, pour lui attirer des reproches) ou par poltronnerie; par exemple: quand ils feignent d'être malades pour ne pas se rendre à un endroit désigné. Je me rappelle avoir moi-même, sous un prétexte semblable, esquivé une ennuyeuse leçon d'arithmétique; j'avais alors cinq ou six ans; je trompai tout le monde, jusqu'aux médecins.

Après avoir atteint l'âge de trois, quatre ans, ils mentent par crainte d'être punis, et sont favorisés en cela par notre manière de les interroger et par l'attitude que nous prenons pour les faire répondre.

Souvent même ils mentent par jeu ou par vanité.

(iFallcbam, dit St. Augustin en parlant de lui-même, innumerabilibus mendaciis pedagogos amore liidendietc.y>. On en voit qui, pour satisfaire leur vanité, s'attribuent des récompenses imaginaires; une petite fille se passait la fantaisie de se raconter à elle-même des fables où elle devenait reine; cette pensée l'absorbait tout le reste du jour.

Une des raisons qui les portent si fréquemment à mentir, est leur impulsivité, leur sentiment moins complet, moins profond de la vérité; par suite, il leur en coûte moins qu'à d'autres de dissimuler, d'altérer la vérité pour le motif le plus léger, comme font les sauvages et les malfaiteurs.

Aussi les voyons-nous mettre en œuvre un art de dissimulation dont souvent nous ne croirions pas capables même des hommes faits.

J'ai connu une fillette qui, à quatre ans, dérobait du sucre avec une telle habileté, qu'il était impossible 4e la surprendre; elle mettait ensuite le vol sur le «compte de la servante.

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