‹ L'homme criminelChapitre 43 sur 315 · CHAPITRE lU · texte numérisé non relu

CHAPITRE lU

Un pas de plus et nous en voyons une autre qui, pour faire du bruit autour d'elle, feignait d'avoir émis un os par le vagin, et trompait plusieurs années de suite les médecins les plus habiles. Une autre de cinq ou six ans, entendit un jour sa mère adoptive lire dans un journal le compte-rendu d'un procès scandaleux; peu de jours après, elle prétendit avoir été victime d'obscénités de la part de son père et de son oncle; une action trèsgrave s'engageait déjà, quand un examen attentif démontra que tout cela était une fable inventée par elle, et que le vrai, l'unique motif qui l'avait poussée, était le désir de faire parler d'elle dans les journaux (1). (BOURDIN, 1. c).

Bourdin, qui a traité aussi de la fréquence du mensonge chez les enfants (Les enfants menteurs, Paris, 1883) nous raconte le fait suivant: Dans un collège, un petit garçon imagina , pour se faire renvoyer, de dire qu'il avait un pois dans l'oreille; il criait si fort, que plusieurs personnes en furent convaincues. — Un autre, dans le même but, simula une chorée trèsviolente.

Deux enfants de cinq ou six ans, à, table, avaient convenu de cacher à leur mère un léger méfait commis par l'un d'eux (il s'agissait d'un peu de vin répandu sur la nappe), à condition que l'autre ne prétendrait pas l'empêcher d'aller au théâtre, plaisir qu'on avait promis d'abord à lui seul.

Une petite fille de trois ans, à qui sa mère avait défendu de demander à manger, priait une dame de satisfaire sa gourmandise. <( Je ne dirai pas à ma mère

(1) Eécemment Kosiek a noté un fait analogue à Giaz , voir Ans dent Papieren eincs Vertheidigers , 1885, Graz.

que j'ai accepté, » ajoutait-elle. Elle était ambitieuse et, désirant de beaux habits, disait à sa mère: «La dame qui habite au dessus m'a reproché d'être mal mise ». Or rien de cela n'était vrai. Il faut ajouter que, lorsqu'on lui faisait honte de ce nouveau mensonge, elle niait effrontément. Ce cas est fréquent chez les enfants.

5. — Sens moral. — Il n'est pas douteux que le sens moral ne manque aux enfants dans les premiers mois de leur existence, et même jusqu'à la fin de la première année. Pour eux, le bien et le mal sont les choses permises ou défendues par le père et la mère; mais, pas une seule fois, ils ne comprennent d'eux-mêmes si une chose est bonne ou mauvaise.

« Il est vilain, disait un enfant à Pérez, de mentir et de désobéir; cela déplait à maman ». Mais le même enfant croyait bonne toute action qu'il voyait faire chaque jour auprès de lui.

« Quand je pleure, disait un enfant, maman me met au lit, et alors elle me donne un oreiller y>. Ils font ainsi pour les actions morales; ils croient bon tout ce qui leur vaut des éloges. C'est ainsi que j'ai vu un enfant bien élevé refuser de se soulager dans une chambre; il considérait cela comme une faute.

Un enfant de deux ans et cinq mois, qui pensait avoir fait une bonne action, disait: « Le monde dira: c'est un bon garçon ». (Pérez).

Un enfant de quatre ans avait menti, et sa mère pour le punir, l'avait enfermé dans une cave. Comme elle traversait cette prison, il lui disait: « Mais je mérite une peine plus forte». Au contraire, sa grande mère l'ayant un jour simplement enfermé dans une chambre

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