CHAPITRE m
et souvent aux dépens de pauvres vieillards, de crétins, ou de leurs compagnons plus faibles. Ce penchant, pas plus chez eux que chez les criminels, n'est en opposition avec la paresse: ils deviennent actifs quand il s'agit d'un plaisir plus facile à se procurer à un moment donné; ils aiment les nouveautés, quand elles ne fatiguent pas leur cerveau, et quand elles donnent satisfaction à ce plaisir d'un contact mutuel qui n'a aucun rapport direct avec une affection profonde, et qui se remarque aussi souvent chez les criminels.
9. — Argot. — Cette habitude a introduit parmi eux une espèce d'argot: ils se font des signes avec la main ou se parlent avec les syllabes des mots renversés ou d'une autre façon pour se soustraire à la surveillance de leurs chefs. J'ai remarqué cette coutume dans nombre de collèges et d'écoles publiques parmi des enfants de sept à douze ans.
10. — Vanité. — Ce fondement de la megalo-manie et de la tendance au crime, qui est la vanité excessive,
I la préoccupation de soi-même, a une grande force chez
I les enfants. — Dans deux familles où les principes de l'égalité sont comme innés chez les pères, on a vu les fils, dès l'âge de trois ans, traiter les pauvres avec hau-
: leur, et avoir des égards pour les enfants qui appartenaient a des familles riches et titrées. On voit cela, du reste chez les animaux, chez le chien de garde, par exemple' qui aboie contre les personnes mal vêtues. Une fillette fort taciturne, d'une intelligence peu dé-
. veloppee, élevée par une mère excellente et qui écartait d elle toute ide^e de noblesse, se promenant avec la fille àe sa femme de chambre, lui imposait de prétendus
services et ne cessait de la gronder. Il y a dans ce fait un peu d'imitation, mais surtout beaucoup de ces idées de grandeur.
Tous les enfants, dès qu'ils ont atteint sept ou huit mois, sont fiers de leurs bottines, de leurs chapeaux neufs, et boudent quand on veut les leur ôter. J'ai vu quelques enfants, même de ceux qui plus tard devaient se montrer fort peu intelligents et peu précoces, se plaindre à neuf ou dix mois, quand on ne leur donnait pas un vêtement élégant et riche. L'un d'eux, âgé de vingtdeux mois, voulait toujours son habit bleu; un autre réclamait sans cesse Vhabit de matié.
Ils se vantent, a bans, d'avoir un père professeur, d'appartenir à une famille noble ou riche.
Les plus ignorants ne reconnaissent, jamais, avoir été justement réprimandés par leurs maîtres; ils expliquent les reproches qu'on leur adresse par de mauvaises raisons, toujours étrangères à leurs propres torts.
Tous se croient supérieurs aux autres dans leurs petites entreprises. Ainsi Pérez a observé un petit garçon qui, jouant à l'escarpolette criait: «Oh! voyez comme je me lance bien, comme je suis léger; personne ne pourrait faire si bien ! » Et cependant ses compagnon^ ne restaient pas en arrière. Voilà, dit avec raison Pérez, une illusion produite par l'amour propre.
La personnalité, chez le petit enfant, va jusqu'à l'cgoïsme, à la présomption, au pédantisme, et souvent avec des tendances à la sympathie, à la tendresse, à la crédulité. C"est ce qui, plus tard, favorisera le développement du sens moral.
L'idée de la personnalité est à peine ébauchée dans la première année, de même que chez les animaux. De deux à quatre ans, le sentiment personnel s'affirme,