CHAPITRE III
et va jusqu'à l'exagération. Un enfant de vingt-six mois poussait des cris à la moindre égratignure. Il se corrigea par amour propre; et, même lorsqu'on le battait, loin de se plaindre, il tournait la chose en plaisanterie; un jour il refusa de lire devant des jeunes filles, disant <ï qu'elles se moquaient de lui ».
11. — L'alcoolisme et le jeu. — Ceux qui vivent dans la bonne société ne se doutent pas de la passion qu'ont les enfants pour les boissons alcooliques; mais, dans les classes populaires, on n'a que trop l'occasion d'observer avec quelle volupté des nourrissons boivent le vin et les liqueurs, tandis que leurs parents s'amusent de leur ébriété. (Moreau, p. 445). Bien souvent des criminels m'ont raconté que tout enfants ils s'énivraient, poussés à cela par leurs parents.
La passion du jeu est aussi un trait caractéristique du jeune âge, sur lequel il n'est pas besoin d'insister.
42. — Prédispositions à l'obscénité. — Bien qu'elles soient limitées et incomplètes, les tendances obscènes se font jour dans la première enfance, dès l'âge de trois ou quatre ans. Nous aurons bientôt occasion de l'observer.
Dans toutes les écoles enfantines on m'a montré un ou deux petits garçons qui se livraient à l'onanisme. Comme nous le verrons plus bas, toutes les amours étranges et monstreuses, de même que presque toutes les tendances au crime, ont eu leur principe dans la première enfance.
43. — Imitation. — La démarche et la parole, a ditPérez, sont en grande partie, chez les enfants, un
services et ne cessait de là gronder. Il y a dans ce fait un peu d'imitation, mais surtout beaucoup de ces idées de grandeur.
Tous les enfants, dès qu'ils ont atteint sept ou huit mois, sont fiers de leurs bottines, de leurs chapeaux neufs, et boudent quand on veut les leur ôter. J'ai vu quelques enfants, même de ceux qui plus tard devaient se montrer fort peu intelligents et peu précoces, se plaindre cà neuf ou dix mois, quand on ne leur donnait pas un vêtement élégant et riche. L'un d'eux, âgé de vingtdeux mois, voulait toujours son habit bleu; un autre rcclaniait sans cesse Vhabit de maHé.
Ils se vantent, a bans, d'avoir un père professeur, d'appartenir à une famille noble ou riche.
Les plus ignorants ne reconnaissent, jamais, avoir été justement réprimandés par leurs maîtres; ils expliquent les reproches qu'on leur adresse par de mauvaises raisons, toujours étrangères à leurs propres torts.
Tous se croient supérieurs aux autres dans leurs petites entreprises. Ainsi Pérez a observé un petit garçon qui, jouant à l'escarpolette criait: «Oh! voyez comme je me lance bien, comme je suis léger; personne ne pourrait faire si bien ! » Et cependant ses compagnons ne restaient pas en arrière. Voilà, dit avec raison Pérez, une illusion produite par l'amour propre.
La personnalité, chez le petit enfant, va jusqu'à l'égoïsme, à la présomption, au pédantisme, et souvent avec des tendances à la sympathie, à la tendresse, à la crédulité. C'est ce qui, plus tard, favorisera le développement du sens moral.
L'idée de la personnalité est à peine ébauchée dans la première année, de même que chez les animaux. De deux à quatre ans, le sentiment personnel s'affirme.