CHAPITRE III
et va jusqu'cà l'exagération. Un enfant de vingt-six mois poussait des cris à la moindre égratignure. 11 se corrigea par amour propre; et, même lorsqu'on le battait, loin de se plaindre, il tournait la chose en plaisanterie; un jour il refusa de lire devant des jeunes filles, disant « qu'elles se moquaient de lui ».
44. __ L'alcoolisme et le jeu. — Ceux qui vivent dans la bonne société ne se doutent pas de la passion qu'ont les enfants pour les boissons alcooliques; mais, dans les classes populaires, on n'a que trop l'occasion d'observer avec quelle volupté des nourrissons boivent le vin et les liqueurs, tandis que leurs parents s'amusent de leur ébriété. (Moreau, p. 115). Bien souvent des criminels m'ont raconté que tout enfants ils s'énivraient, poussés à cela par leurs parents.
La passion du jeu est aussi un trait caractéristique du jeune âge, sur lequel il n'est pas besoin d'insister.
12. — Prédispositions à l'obscénité. — Bien qu'elles soient limitées et incomplètes, les tendances obscènes se font jour dans la première enfance, dès l'âge de trois ou quatre ans. Nous aurons bientôt occasion de l'observer.
Dans toutes les écoles enfantines on m'a montré un ou deux petits garçons qui se livraient à l'onanisme. Comme nous le verrons plus bas, toutes les amours étranges et monstreuses, de même que presque toutes les tendances au crime, ont eu leur principe dans la première enfance.
13. — Imitation. — La démarche et la parole, a ditPérez, sont en grande partie, chez les enfants, un
rnEMIÈUE PARTIE
résullat de l'imitation , et naturellemenl ils imitent le mal comme le bien.
Une petite fille avait un père bilieux: à quinze mois elle commençait à fi'oncer les sourcils, comme son père, et à crier comme lui. A trois ans, elle disait à son partenaire, dans une conversation: ce Mais tais-toi, tu ne me laisses pas achever ma phrase; » absolument comme son père.
Prosper Lucas cite l'exemple d'un enfant de six à huit ans qui étrangla son frère moins âgé que lui. Quand le père el la mère, à leur retour, s'en aperçurent, il se jeta dans leurs bras, pleurant et déclarant qu'il avait voulu imiter le diable qu'il avait vu étrangler. Polichinelle.
Peu s'en est fallu, dit Marc, qu'un de mes amis, encore enfant, ne fût victime d'un jeu cruel: avec quelques camarades, il avait assisté à Metz, à une exécution: ils voulurent la reproduire. On le choisit pour patient, un second fut le confesseur, deux autres furent les bourreaux. Ils le pendirent au barreau d'une échelle, et, comme on vint les déranger, ils prirent la fuite, abandonnant le pauvret qui n'en serait certes pas revenu, si quelques personnes, arrivées à temps, ne l'eussent détaché.
'14. — La prévoyance. — Comme les criminels, les enfants manquent absolument de prévoyance; un avenir qui n'est pas immédiat ou ne paraît pas tel, n'a aucune influence sur leur imagination; qu'une partie de plaisir soit remise à huit jours ou à une année, ils n'y voient pas la moindre différencè.
La connaissance de ces faits explique naturellement comment la folie morale se trouve toujours dans les