CHAPITRE III
il. — Il s'agit d'un certain G., paysan âgé de trentesept ans, dont le père était alcoolique, l'oncle aliéné, la mère et la sœur hystériques, portées à la mélancolie, qui avait un frère fou et était lui-même plagiocépliale.
A quinze ans, voyant sur le sol un tablier blanc, il s'en empara, le lia autour de ses reins et s'en servit pour se masturber. Depuis ce jour, il ne pouvait voir un tablier sans l'employer au môme usage, après quoi il l'abandonnait. Voyait-il quelqu'un avec un tablier? peu lui importait le sexe, la vue seule de ce vêtement Tentraînait; il en suivait le propriétaire et essayait de l'en dépouiller.
En 4861, ses parents, pour en finir, le mirent sur un vaisseau; et de fait, ne voyant plus de tabliers, il s'amenda; mais en 1864, pendant un congé, il fut repris de cette passion extraordinaire, et commit de nouveaux méfaits. La nuit, il rêvait tabliers; le jour, il se représentait sa première rencontre et se sentait poussé à voler des tabliers, pas autre chose. — Vous auriez pu lui offrir des milliers de francs, il les eiît laissés pour s'emparer d'un tablier.
Quatre fois cette même passion le fît condamner, pour vol, à des peines légères.
On croira plus aisément à ces amours bizarres, si l'on songe à leur analogie avec d'autres faits de même genre que j'ai signalés et décrits chez les aliénés (L'amour chez les fous, 1881); si l'on songe surtout (et cela est bien plus important) à l'analogie réciproque. Tous ces faits ont été observés chez des névropathes, ou chez des criminels et toujours, ou presque toujours, on les voit aller de front avec la masturbation; dans tous on surprend comme il arrive pour les manies impulsives et pour les
PUEMIÈKE l'AUTIE
idées fixes, une sensation initiale, qui les saisit à un instant donné de leur enfance, réveille, chez le plus grand nombre^ l'éréthisme comme anneau secondaire, par l'association des idées, puis se substitue à l'idée mère; et peu à peu, à la façon de certains virus, non seulement se fixe, mais envahit de plus en plus l'ensemble de leur organisme, s'en rend souveraine maîtresse, devient irrésistible et les pousse aux actes les plus criminels.
48. — Amours précoces. — Mais toutes ces amours sont organisées ou du moins en germe, dans la première enfance; car la précocité est un de leurs caractères.
La perversion du sens génital s'est presque toujours fait remarquer de bonne heure, à huit ans, par exemple, dans le malade de Westphal.
a) — Une enfant que j'ai soignée, d'une physionomie Irès-précoce, fille d'une honnête femme, mais comptant dans sa parenté une grand-mère lascive, un cousin criminel et un aïeul alcoolique, manifesta, dès l'âge de trois ans, une tendance à la masturbation. Reproches, menaces, soins médicaux, rien n'y faisait; elle employait même à se masturber l'instrument dont on se servait pour lui injecter des anti-aphrodisiaques.
b) — Zambaco (Encéphale, n. \-% 1882) nous a donné le portrait d'une jeune fille victime d'une étrange pas- .sion pour l'onanisme et le crime.
N. R., âgée de dix ans, avec un air de maturité précoce dans les traits du visage, remplie de vanité et d'orgueil, se faisait pardonner ses violences par son amabilité et les caresses qu'elle prodiguait surtout aux petits garçons, objets de ses préférences. Dés sa cin-