‹ L'homme criminelChapitre 7 sur 315 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

environ 192 par feuille, qui se replient sur lui en 10 secondes et atteignent en une heure et demie le centre de la feuille, qui ne lâche point prise avant que la victime soit morte et en partie digérée, à la faveur d'un acide et d'un ferment très-analogue à notre pepsine, sécrétés en grande quantité par les glandes et agissant sur les tentacules voisins par un mouvement semblable, selon Darwin, au mouvement réflexe des animaux.

Quand l'insecte s'arrête sur un côté du disque, les tentacules se courbent vers le point d'excitation , de quelque côté qu'il se trouve; l'impulsion motrice, partant d'une ou de plusieurs glandes, traverse le disque, se propage jusqu'à la base des tentacules voisins, agit à son tour sur le point d'excitation, augmente la sécrétion des glandes et la rend acide, et celles-ci à leur tour agissent sur le protoplasma.

Dans la Dionea muscipula les contractions des soies meurtrières ne sont provoquées ni par l'air ni par les liquides, mais seulement par les corps solides azotés et humides. En outre les soies entrecroisées laissent échapper les menus insectes qui ne sauraient servir à la nutrition de la plante.

Le Genlisea ornala saisit les insectes tout comme font les pécheurs, lorsqu'ils prennent au piège les anguilles.

VUtricularia neglecla attire les insectes par des appendices quadrifides; en jouant avec elles , l'insecte s'engage dans une valve élastique qui se ferme derrière lui, et l'emprisonne dans un utricule où il meurt.

Je cite, en détail, ces faits, où je crois entrevoir la première ébauche du crime; car si l'on ne connaissait pas leur dépendance absolue des conditions histologiques, on pourrait soupçonner ici la préméditation , "le guet-apens, le meurtre par cupidité, et même jusqu'à un certain point cette liberté dans le choix (refus des

insectes trop petits et des matières non azotées) dont plusieurs théoriciens du droit se sont avisés, bien à tort, de faire la base de la responsabilité.

Î2. — L'analogie ressort avec bien plus d'évidence quand on passe au monde animal. Rien que pour le meurtre chez les animaux Ferri (I. c.) a pu distinguer jusqu'à 22 espèces, dont plusieurs analogues aux espèces visées dans nos codes.

Ainsi le meurtre pour se procurer des aliments; ainsi encore les mauvais traitements et le meurtre pour avoir le commandement de la tribu, faits qui correspondraient à nos déUts par ambition etc. et qui s'observent chez les chevaux, les taureaux, les cerfs. — ■ Dès qu'un nouveau singe entre dans les cages des jardins zoologiques, les compagnons examinent ses muscles et ses dents, afin de voir s'il faut le respecter, ou bien si l'on peut le maltraiter impunément. — Un exemple de meurtre par avidité nous est offert par les fourmis qui élèvent et font paître des aphides pour en sucer la sécrétion sucrée et qui même quelquefois préfèrent se procurer ces troupeaux par la rapine en massacrant leurs propriétaires, comme Forel l'a vu chez la formica exsecta. Nous trouvons aussi des exemples de cannibalisme simple. En dépit du proverbe qui prétend le contraire, les loups se mangent entre eux. Les souris champêtres, dès qu'elles tombent dans la trappe, se dévorent l'une l'autre. Les rats en font autant et aussi les dytiscus et les gyrinus. La voracité et le cannibalisme des brochets sont bien connus. Deux grillons mis dans une cage se dévorent souvent entre eux. 11 y a quelques années, au jardin zoologique de Londres, deux serpents boas vivaient dans la même cage; un jour le gardien eut à peine le temps de sauver le plus petit, déjà à demi avalé par son compagnon. Les marsouins

et les lapins se dévorent entre eux, même quand on leur donne une nourriture abondante (Lacassagne).

Il y a quelques mois, au laboratoire du professeur Bizzozero un chien, abondamment nourri, déchirait et dévorait son compagnon.

Le Chaelocompa processionea et le Thyalira vivent en commun; mais les individus plus forts dévorent les plus faibles et ceux qui sont engourdis par une alimentation surabondante; il en est de même des mantidies, des scorpionides, des fourmis à miel du Méxique. Les fourmis , tandis qu'elles ont soin des cadavres de leurs amies mortes en combattant, déchirent ceux de leurs ennemies et en sucent le sang. Une marmotte du jardin zoologique de Vienne, en ayant trouvé une autre dans sa tanière la tua et la dévora. Les loirs se dévorent l'un l'autre dès qu'ils ont faim.

Enfin nous rencontrons chez les animaux le cannibalisme avec infanticide et parricide. Les rêveries sur la voix innée du sang, sur l'amour maternel et filial, sont démenties chez les animaux, ainsi que l'observent IIouzeau et Ferri (1. c), par la simple observation des faits.

La femelle du crocodile mange quelquefois ses petits qui ne savent pas encore nager. Mais il faut noter que chez beaucoup d'animaux, comme chez quelques peuples barbares, une mauvaise conformation du corps provoque la honte et le mépris. J'ai vu une poule dont plusieurs poussins étaient nés chétifs et estropiés abandonner un jour son nid avec les poussins plus robustes, sans se préoccuper des pauvres petits qui restaient.

Comme certains oiseaux brisent leurs œufs et détruisent leurs nids quand ils s'aperçoivent qu'on y a touché, de même il y a des rongeurs, la femelle du rat p. ex., qui dévorent leurs petits quand leur nid a été dérangé.

Parmi les singes, les femelles des Ouistitis mangent quelquefois la tête à un de leurs petits; elles écrasent aussi leurs petits contre un arbre quand elles sont lasses de les porter.

Parmi les chats, les lièvres, les lapins, il en est qui mangent leurs petits. Même chez la femelle du chien, dont l'instinct semble pourtant plus accessible aux affections domestiques, on observe quelquefois le cannibalisme infanticide. — Le cannibalisme et le parricide se rencontrent chez les renards « dont les jeunes s'entremangent souvent et quelquefois même dévorent leur mère > (Breiim).

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