I. CONSIDÉRATION
Le choix que le Fils de Dieu a fait d'un feu matériel , pour punir les âmes du purgatoire, n'est pas seulement un effet redoutable de sa justice, mais encore une éclatante marque de sa sagesse.
Elle paraît premièrement dans la manière dont il répare le désordre que cause le péché dans la volonté de l'homme. Car il appartient à la sagesse de maintenir l'ordre en toutes choses , et de le rétablir par la peine qu'elle ordonne contre tous ceux qui le troublent. Or, quiconque pèche, trouble l'ordre qui doit être enlrej l'amour de Dieu et celui de la créature , par deux uvemenis déréglés qui le renversent : mouvement a-i version, par lequel il se détourne de Dieu , qui est sa| dernière fin; mouvement de conversion, par leqini il se tourne vers la créature, qu'il pré l'ère à son crea-| teui\ Et quoique le péché véniel n'aille pas jusqu'à c<
désordre, néanmoins il y dispose l'âme, et s'il ne détruit pas l'amour de préférence qu'elle doit à Dieu, il l'affaiblit et lui donne une atteinte dangereuse. Il est donc de la sagesse du Fils de Dieu de réparer ce désordre par une peine proportionnée au péché qu'il veut punir. Le péché véniel refroidit l'amour divin, il le punit par le feu. Le péché véniel attache le cœur au bien sensible, il le punit par un feu matériel, qui fait la peine du sens. Le péché véniel offense la majesté infinie de Dieu, il le punit par un feu matériel inférieur à la noblesse de l'âme, et néanmoins qui la tourmente d'une manière inconcevable. De là vient, dit saint i>onaventure, que la justice divine demande que l'esprit soit puni parle feu matériel, en sorte que, comme Pâme est unie au corps pour lui donner la vie, selon l'ordre de la nature, de même, selon l'ordre de la justice de Dieu , l'esprit soit uni au feu comme le coupable à celui qui le châtie, afin qu'il en reçoive la peine (1). Mais comment est-il possible, dit Hugues de Saint-Victor (2), que des substances corporelles puissent agir sur des âmes qui n'ont plus de corps , et leur imprimer de la douleur? ne me le demandez pas. « Il » n'y a point d'homme sur la terre, qui puisse com- » prendre le supplice du purgatoire (3). » C'est un secret de la sagesse incarnée, que nous devons admirer, avouant humblement que nous n'y connaissons rien. Faut-il dire pour cela qu'il est faux , parce qu'il nous esl inconnu P c'est trop présumer de la faiblesse de notre esprit. Disons plutôt, avec saint Augustin, qu'en- < iv que lei esprits saints soient dégagés de leuri corps, ils seront néanmoi iS attachés au feu d'une i
(1) Hinc est quod ordo <livin;c jtUlltiflB <:xiRU ut spiri l
igiK: materiall babeal puoiri, ul licut •ecuDdùmtrdinem aal anima unitur oorpori , ni Influai rilam 'psi corpori, lie m Igoimal indùm ordinem joitillB, ut punihile punienlii
qui» MMCiplat pcBOaiB. f. lionne, paru 7. Brevtlo4futt»c.2*
Hug. à s. net. ni,. 2. de Sacrement. paru 3. c. 3. (S, S. Brtgttt. llb. 6. rci'd. c. 2.
nicre miraculeuse et ineffable , non pour donner la vie aux flammes, mais pour en recevoir l'impression, et la peine qu'ils méritent (1).