‹ L'homme d'oraison (volume 2)Chapitre 104 sur 144 · II. CONSIDERATION · texte numérisé non relu

II. CONSIDERATION

Je dis, la peine qu'ils méritent. Car n'étant pas également redevables à la justice divine , soit parce qu'ils n'ont pas été également criminels durant leur vie, soit parce qu'ils n'ont pas également négligé les moyens d'acquitter leurs dettes, il ne serait pas raisonnable qu'ils souffrissent un égal supplice; et néanmoins ils souffrent le même feu , qui n'est pas capable de faire ce discernement de lui-même. Comme donc la toutepuissance du juge, qui s'en sert pour les punir, lui donne une activité qui surpasse ses forces naturelles, il faut aussi que sa sagesse lui donne, pour ainsi dire, de l'intelligence pour traiter chacun selon son mérite, et n'exiger de chaque débiteur que ce qu'il doit. Car c'est un effet de sagesse de proportionner la peine à la faute : d'où vient qu'encore que la peine du purgatoire soit temporelle, elle est plus longue et plus sensible pour les uns que pour les autres, selon qu'ils ont fait plus de péchés et moins de pénitences. Car, comme dit saint Augustin, il faut que le sentiment de la douleur réponde au tort qu'a fait l'amour (2), parce que plus l'amour des choses du monde attache le cœur à la terre, plus il est difficile de le purifier et d'en effacer la tache. D'ailleurs , comme l'affection déréglée a été volontaire, la satisfaction devrait aussi procéder d'une volonté libre; et comme elle a été produite dans un état où l'on pouvait mériter et démériter, il faudrait

(1) Adhaerebunt erg5 spiriius, licèt incorporei, cruciandi miris et ineffabilibus modis, recipientesex ignibuspœnam , non danles ignibus vilain. S. Aug. 21. de C. D. c. 10. 3.

(2) Necesse est enim , ut tantiim urat dolor , quantum lœserat .mor. S» Aug. iib, 21» de Ç. />. c. 2§,propè finem7 tom. 5.

pareillement que la satisfaction fût méritoire. Or la peine du purgatoire ne dépend point de la liberté de l'ame qui la souffre pour contenter la justice divine ; et quoiqu'elle l'accepte volontiers, elle n'est plus en état de mériter. Il faut donc que la rigueur du tourment supplée à ce défaut, et que le juge qui l'impose, détermine jusqu'à quel degré elle doit aller, ce qui surpasse toute la sagesse humaine et angéîique. Il n'y a que la sagesse incarnée qui soit capable d'en juger, ainsi que des états différents où se trouvent des âmes souffrantes, et des lieux où elles font leur purgatoire, selon la qualité de leurs fautes.

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