‹ L'homme d'oraison (volume 2)Chapitre 17 sur 144 · IV. CONSIDÉRATION · texte numérisé non relu

IV. CONSIDÉRATION

Car il faut remarquer, avec le même Père que j'ai déjà allégué, qu'il y a des miracles qui ne donnent que de l'admiration ; mais il y en a d'autres qui sont d'une grande utilité , et qui ne surprennent pas seulement l'esprit, mais qui touchent le cœur et gagnent l'affection de ceux qui en ressentent les salutaires effets. Tels furent les miracles du Fils de Dieu , pendant sa vie mortelle : il rendit la santé aux malades , il guérit les lépreux , il fit marcher les boiteux, il donna la vue aux aveugles , et l'ouïe aux sourds (2). Les hommes de ce temps-là virent le changement qu'il fit

(l)Hocfactum est divinà Providentiâ , per humanitatem doctrinamqueChristi, per apostolorum itinera , per martyrum contumelias, cruces, sanguinem, mortes, per sanctorum praedicabilem vilam , atque in his universis, digna rébus tanlis atque virtulibus pro ternporum opporlucitate miracula. S. Aug. de utilitate credendl y c, 16. et svq.

(2)Talia facta sunt illotempore, quo Deus in vero homine, quantum saterat hominibus apparebat. Sanati languidi, munrtati leprosi, incessusclaudis, csecis visus? surdis auditus estreddilus ibidem.

de l'eau en yin, la multiplication des cinq.pains, dont cinq mille hommes furent rassasiés; le passage sur la mer à pied sec , lorsqu'il marchait sur les eaux; et les morts ressuscites, \insi, de tous ces prodiges les uns servaient aux corps par de sensibles bienfaits; les autres, à l'esprit par des signes plus cachés ; mais tous ensemble tendaient au bien des hommes, par le témoignage de la majesté divine, qui touchait les Ames errantes par son autorité (1). Mais il ne se contenta pas de nous donner lui-même des preuves invincibles de sa divinité, par un nombre infini de miracles, il eu voulut faire encore de plus grands par le ministère d«' ses disciples, qui remplirent le monde de prodiges, en vertu de son nom, selon le pouvoir qu'il leur en avait donné, et qu'il a laissé à perpétuité dans son Église jusqu'à la consommation des siècles. Les hérétiques, qui se séparent d'avec elle, en font mépris; mais saint Ambroise nous avertit que c'est par envie, parce qu'ils n'en peuvent faire, et que Dieu n'autorise point le mensonge. Je demande, dit ce saint Père, parlant aux Ariens qui décriaient les miracles qui se taisaient de son temps par les reliques de saint Gervais et saint Protais, qui furent découvertes à Milan par révélation divine, si c'est a moi qu'ils portent envie, ou bien aux saints martyrs? Si c'est à moi, suis-je l'auteur de ces miracles? est-ce par moi , ou par mon entreprise qu'ils se font? Si c'est aux martyrs, ils montrent bien que ces martyrs ont eu une foi contraire à leur créance (2) , car autrement ils ne seraient point jaloux de ce qu'ils font, s'ils ne reconnaissaient en eux une foi qu'ils

(1) lia quîedam oorpori , manifesUori beoeAcfo ; qurcdam vcrô inf'nti,occullioresigno ; et omnia, hominilms majcslatis teslimonio toosnlebaot : in se tune animas errantes moilalium divina comiDovtbal ■uctoritas.

10 hk utrùm mihi an lanctff marlyrinus invideanl? Si miln, Dtunquid à me aliqus virlutei fiant ? numquld meo op^re, Beo i n<: ? si Harljrribai y osteadant sllertui Adel faiua mar-

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38 u'HOMME D'ORAISON. ""

n'ont pas, cette foi, dis-je, que nos prédécesseurs ont affermie par leur tradition , cette foi que les démons mêmes ne peuvent nier, et néanmoins que les Ariens nient (1). Je ne reçois point ici le témoignage du démon, mais sa confession. Le démon a été contraint de l'avouer par les peines et par la force des exorcismesrilcède aux coups qu'il reçoit, et les Ariens n'y cèdent point : les démons disaient aujourd'hui, et le jour ou la nuit auparavant: Nous savons bien que vous êtes martyrs ; et les Ariens disent: Nous n'en savons rien, nous ne le voulons pas savoir, nous n'en voulons rien croire. Les démons disent aux martyrs : Ètesvous venus pour nous perdre? et les Ariens disent: Ce ne sont point de vrais tourments des démons ; ce sont des impostures et des contes ridicules (2), Mais quelque effort qu'ils fassent pour obscurcir la vérité , nous dirons toujours avec les saints docteurs de l'Église: Les martyrs agissent dans leurs tombeaux, comme s'ils étaient vivants : ils guérissent les malades , ils chassent les démons, ils dissipent la malice de leur tyrannie par la puissance de Jésus-Christ. Car la grâce du Saint- Esprit est toujours présente à leurs reliques, et fait en elles et par elles toutes sortes de miracles, parce qu'ils ont confessé courageusement Jésus-Christ devant les hommes avec une extrême patience (3). Considérez ,

(1) Fidem illam majorum traditione firmatam , quam dœmones ipsi negare non possunt , sed Ariani negant.

(2) Invilus dixit diabolus, sed exaclus et tortus. Cedit diabolus plagis , et adhuc cedere nesciunt Ariani. Dicebant hodiè, et superiore die vel nocte dfcemones: Scimus quia martyres eslis j et Ariani dicunt : Nescimus, nolumus intelligere, nolumus credere. Dicunt dœmones marlyribus : Venislis perdere nos; Ariani dicunt: Non sunt daemonura vera tormenta, sed sunt iicta et composita ludibria.

(3) Martyres mortui tauquàm vivi operantur : œgrotos sanant, dœmones expellunt, omnemque tyrannidis ipsorum nequitiam virilité Christi in fugam agunt. Semper enim sanctis reliquiis gratia adest Spiritûs, quee cuncla in eis mUacula Ccllt j quoniam

dit saint Chn sostome , combien grande est ht puissance des saiuts (l). Non-seulement leurs paroles, non-seulement leurs corps, mais leurs habits, mais leur ombre, leurs cendres, et la poussière de leur tombeau, surpas* sent en force, en honneur, en richesse, tous les trésors et toute la puissance des rois. Le manteau d Élie, fait d'une peau de lion, fend le Jourdain pour donner passage à Éiizée. Le feu de la fournaise de Babylone n'ose toucher les souliers des trois jeunes hommes qui se promènent parmi les flammes. La verge de Moïse ouvre un chemin aux enfants d'Israël à travers la mer Rouge, et leur fait couler d'un rocher une source d'eau vive. Les

i hoirs et les tabliers que saint Paul avait touchés, Chassent les démons et guérissent les malades. L'ombre de saint Pierre fait fuir la mort. Les cendres des martyrs délivrent les démoniaques. Dieu même s'inlé-

,e pour l'amour d'eux après leur mort dans la défense des vivants, et met leurs ennemis en déroute. Je

tégerai celte ville, dit-il par le prophèle haie, pour

nour de moi et de mon serviteur David (2). Chose admirable! David est mort, et ses mérites ne meurent

;it. 0 bonté de Dieu ineffable! un homme mort est le défen eur des vivants. 0 l'invincible combat de Mi mwne juste même après la fin de sa vie (3) ! Vrai-

nt Dieu est admirable dans ses saints : le Dieu d'Israël donnera la puissance et la force à son peuple (4). 11 y a

virililcr Christum coràm hominibus in magna palientià confessi suut. S. Bphrem, Enconio 2. in oinnes Christi Mart.

1 \>pice sanclorum quanta sit virtus ! S. Chrysost. horn. i irtut. et viti'is.

Protegam banc civiiaiera proptef me, cl propter David D9 ni' uni. Is. 37. B5.

rem admirandam ! à ineffabilii elemenlia Dci ! homo

latur. David morluua est , i ejua vi-

miim, ei p i immationem, loeipugoâbilif |>"f,na

m, v. i krysost. hom. 2. in Psal. 60. ttatœ 17.

j Deus 1 iacl , Ipte (lahil vir-

liludinem plebisuœ. l'ud. 07.

40 l/riO?,IME D'ORAISON.

engagé sa promesse : Celui qui croit en moi, fera le% mêmes miracles que moi, et de plus grands encore (1). Oui aura vaincu, et qui aura accompli fidèlement jusqu'à la fin les œuvres que j'ai commandées , je lui donnerai puissance sur le* étions , il les gouvernera avec un sceptre de fer, et ellw seront brisées comme des vases d'argile 3 selon que j'ai rt§u moi-même ce pouvoir de mon Père , et je lui donnerai l'étoile du matin (2). Divin pasteur de nos âmes, qui avez rempli le monde de merveilles, pour donner cours à l'Évangile, exercez sur mon cœur cette souveraine puissance pour y établir votre royaume ; remplissez-le de votre grâce, et des dons 'du Saint-Esprit. « Venez, Esprit de Jésus, remplissez les cœurs des fidèles ; allumez-y le feu de votre amour (3).

(1) Amen, amen dico vobis, qui crédit in me, opéra quœ ego facio , etipse faciet, et majora horum faciet. Joan. 14. 12.

(2) Et qui vicerit, etcustodieril usque in finem opéra mea , dabo illi polestatem super génies* et reget eas in virgà ferreA , et tanquàm vas figuli confringentur, sicut et ego accepi à Paire meoi et dabo illi »tellam matutinam. Apoc. 2.26, 27, 28. Ps. 2.

(3) Veni , sancte Spiritu* i reole tuorura corda fidelium. Grc* duale»

ENTRETIEN

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