I. CONSIDÉRATION
Il n'appartient qu'à Jésus-Christ do remettre les péchés de sa propre autorité , parce que ce pouvoir absolu ne peut convenir qu'à Dieu : Oui peut pardonner les péchés, sinon Dieu seul (1) ?
Premièrement, il n'y a rue celui qui connaît le cœur de l'homme , qui puisse guérir ses plaies. Or celle connaissance est réservée à la sagesse incréée, qui en a fait tous les ressorts, et qui les pent redresser : car l'homme ne voit que ce qui parait nu-dehors, maii Dû U regarde le cœur (2). 7b»/ est à nu et à découvert devant ses yeux } on ne lui peut rien rucher (?>).
Secondement , pour eflacer les péchés, il faut avoir une puissance infinie, paire que le péché est vn mal souverain qui tient de l'infini, soit à cause de la bou-
1)0, poleit dimittere peo iti - qW ioIui Deui ? Luc. 5. 21. [omoeaim videl ea qua parent, Deui autem intueturcor. 1. Ri f, IS. IS.
I ipei ta sunt oculis eJDf, llcb, 4. 13.
veraine majesté qu'il offense , ou du souverain bienl dont il nous prive, ou même de la distance qui se trouve! entre l'état du péché et celui de la grâce , qui estsem-[ niable à la distance qu'il y a entre l'être et le néant, [ d'où la créature ne peut sortir que par le bras toutpuissant du créateur (1).
D'ailleurs, le pouvoir de remettre les péchés n'appartient qu'à celui qui aune autorité suprême , indépendante et absolue, parce que l'inférieur ne peut de son autorité remettre l'injure qui est faite à son supérieur. Or le péché offense Dieu, qui n'a rien au-dessus de lui , et qui ne voit rien qui ne lui soit soumis. Il n'y a donc que lui qui puisse pardonner l'injure qui lui est faite, comme il n'y a que lui qui ait droit de s'en venger] et de se faire justice. C'est moi, dit-il, c'est moimême qui efface les iniquités pour l'amour de moi , et je ne me souviendrai plus de tes péchés (2), Vous diriez qu'il en fait gloire ; et, en effet , il n'y a rien où Jésus-Christ montre mieux son grand pouvoir qu'à pardonner. 0 Dieu, qui faites particulièrement éclater votre toutepuissance , en pardonnant et faisant grâce aux pécheurs, multipliez sur nous les effets de votre bonté , et répandez de plus en plus les richesses de votre miséricorde (3). Fous avez compassion de tous , parce que vous pouvez tout.... et vous pardonnez à tous , parce que tout est à vous , ô Seigneur, qui aimez les âmes (4). Les justices subalternes n'ont pouvoir que de punir les crimes, parce que leur autorité est celle de la loi, qui punit et récompense, mais qui no pardonne point. Il
(1) S. Thomas , in 3. dis t. 20. a, 2.
(2) Ego sum, ego sura ipse qui deleo iniquitates tuas proptcr me, et peccatorum tuorum non recordabor. Is. 43. 25,
(3) Deus, qui omnipotentiam tuam parcendo maxime et miserando manifestas, multiplica super nos misericordiam tuam. Orat. Domin. 10. post Petit.
(4) Misereris omnium, quia omnia potes... parcis autem omnibus, quoniam tua sunt 7 Domine^, qui amas animas. Sap. II. 24, 27.
nVn est pas ainsi du souverain , dont la puissance de • l pour faire du bien , et par accident pour punir. Ils imitent Dieu en cela, dont la nature n'est que bonté, et qui de soi ne peut faire que du bien (1) : c'est pourquoi nous devons mettre toute notre confiance en sa miséricorde, parce qu'il aime nos âmes, non-seulement comme les ouvrages de sa toute-puissance, mais encore comme le prix de son sanj