‹ L'homme d'oraison (volume 2)Chapitre 20 sur 144 · III. CONSIDÉRATION · texte numérisé non relu

III. CONSIDÉRATION

Ce pouvoir d'effacer nos péchés est admirable à l'égard de l'humanité sainte de notre souverain pontife ; mais ce qui augmente infiniment le sujet de notre admiration, est qu'il a bien voulu le communiquer aux prêtres , qu'il a choisis pour tenir sa place au sacrement de pénitence, afin de lier et délier les pénitents. Nous admirons , dit saint Chrysostome (2), la majesté des rois à cause de l'or et des pierres précieuses , qui brillent autour de leur trône : et toutefois ils n'ont autorité que sur les choses de la terre, leur puissance ne s'étend pas plus loin ; mais le prêtre élève son trône au« dessus des deux et juge des affaires célestes en der* nier ressort. Qui le dit? le roi même des cieux (3)t Qu'y a-t-ilqwi soit comparable à cet honneur ? Le ciel prend de la terre la principale autorité de juger : le juge tient sa séance sur la terre, et le Seigneur <juï est dans le ciel, suit le jugement de son ministre, et tout ce qui est arrêté ici-bas , est ratifié et approuvé d'en haut. Cet honneur est grand, dit saint Grégoire, mais l'obligation qu'il impose n'est pas moins pesante; car il est bien dur qu'un homme qui ne sait pas régler

(1) Si autem ia îuce ambuîamus, sicut et ipse est in luce, socîetatem habemus ad invicem , et sanguis Jesu Christi Filii ejus emundat nos ab omni peccato. 1. Joan. 1.

(2) lpse Rex coelorum.

(3) A terra judicandi principalera auctoritatem sumit cœïura. Nam judex sedet in terra , dominus sequitur servum , et quidquid hicia inferioribus judicârit, illeiu supernis coniprobat. S. Chrysost, hom.5, de verbis Isaiœ : Vidi Dominum.

sa vie, devienne juge de la vie des autres (1). Le Seigneur, dit saint Ambroise, veut que ses disciples aient un grand pouvoir , et qu'ils fassent en son nom les mêmes choses qu'il faisait lui-môme , lorsqu'il était sur la terre (2j ; mais il veut aussi qu'ils aient une grande sainteté, et qu'ils vivent comme il a vécu en conversant parmi les hommes. lia fait en leur faveur , comme dit le même Père , ce qui paraissait impossible ; il semblait que c'était une chose impossible que les péchés fussent remis par la pénitence : néanmoins Jégus-Christ a donné ce pouvoir aux apôtres, et des apôtres il l'a transmis aux prêtres par office. 11 leur a donc rendu possible ce qui paraissait impossible (3). Mais en cela ils ne sont que les organes de sa bonté et les instruments de sa puissance; et, pour agir en qualité d'instruments, il faut qu'ils soient bien disposés et bien unis à leur premier moteur, afin d'en recevoir l'impression et la vertu , autrement, comme dit saint Thomas, ils ne font rien, s'ils présument d'user de leur pouvoir au-delà de l'ordre ou du mouvement divin (4). A la vérité, la grâce qu'ils confèrent avec la rémission des pèches au sicrement de pénitence, ne dépend pas de leurs bonnes ou de leurs mauvaises mœurs : et ainsi leur mauvaise vie ne nuit pas aux pénitents , mais

(I) Grandis honor , sed grande pondus istius est honoris. Durum quippè est, ut qui nescit tencre moderamina vitse suae, judex fiât aliène. S. Greg. liom. 2ô. in Evang.

2 Vult Dominus plurimùm posse di.scipulos suos, vult à servulis suis ca fieri in nominc suo, quae faciebat ipse posilus in terris. S. Ambr. I. 1. de Pœnit. c. 7. ,

(3; Impossibile videbatur per pœnitentiam peccata dimilti i çoncessit hoc Christus apottolil suis , quod ah apostolis ad sacerdotum oOlcia LransmiMum est. Factum est igitur possihile , quod impossibile videbatur. Idem, 1.2. de Pœnitentid , c. 1.

(4; Nihil ufïicit saconlos , si proter divinum ordinem , vcl prreter divinum moimn uti su;\ potestate praesumpserit. J). Thom% Vide cjus supplem. q. 18. a, 5. et in i. sent. ditt. 18. g. 1. a. 3. ci ai. Vion/s. c. 7. Hicrar.

4H L'HOMME D'ORAISOU.

elle leur porte beaucoup plus de préjudice à eux-mêmes', et les rend d'autant plus coupables { qu'ils se rendent indignes de l'honneur que le Fils de Dieu leur fait, en les appelant à un emploi qui surpasse le mérite et le pouvoir de toutes les plus excellentes créatures. La pensée de saint Chrysostome sur ce sujet est si importante, que je ne la puis omettre : Si les prêtres sont engagés, dans le vice, tout le peuple est dans la langueur : c'est pourquoi chaque chrétien en particulier ne rendra compte que de sa mauvaise conduite ; saisies prêtres rendront compte, non-seulement de leurs propres péchés, mais aussi des péchés de tous les autres (1).

Cl) Sacerdotessi in peccatis fuerint, totus populus languet. Idée unusquisqiie chrislianorum pro suo peccato reddet rationem : sacerdotes aulem non solùrn pro suis, sed pro omnium peccati» rcddituri sunt rationem. S. Chrysost. hom. 39. in Imperf.

ENTRETIEN

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