‹ L'homme d'oraison (volume 2)Chapitre 39 sur 144 · I. CONSIDÉRATION · texte numérisé non relu

I. CONSIDÉRATION

Moïse appelle la manne du désert, qu'il promet aux enfants d'Israël , pour apaiser leurs murmures , ta gloire du Seigneur (1), parce que c'est un effet miraculeux de sa magnificence envers son peuple. Mais cet éloge convient d'autant mieux à la très-sainte Eucharistie, que c'est le pain du ciel, dont la manne n'était que la figure. Saint Ignace martyr s'en sert comme d'un puissant mol if pour exciter les fidèles des premiers lièclesau fréquent usage de la communion, parce que c'est la gloire du Seigneur: Ayez soin de vous assembler plus souvent, pour l'Eucharistie et la gloire du Sei-

(I; Gloriam Domiol. Exod, 67. 7.

bl l'homme d'oraison,

gneur (1). Seigneur, dit le Prophète-Roi, j'ai aimé la beauté de votre maison, et le lieu où réside voire gloire (2). Quel est ce lieu où réside la gloire du Seigneur? le maître des sentences dit que c'est le cœur des justes , parce que c'est le siège des bonnes pensées, où Dieu est glorifié, et parce qu'ils ne cherchent point leur propre gloire, mais la gloire de Dieu (3). Agellius dit que c'est le tabernacle de Moïse , où résidait l'arche de l'ancien Testament, que l'Écriture appelle la gloire du Seigneur, parce que c'est de là qu'il rendait ses oracles, et qu'il recevait les prières et les adorations du peuple (4). Didyme joignant le tabernacle de Moïse, qu'il appelle le Symbole de la félicité, avec le temple de Salomon, qu'il prend pour la figure de la perfection, dit que l'un et l'autre étaient le siège de la gloire du Seigneur. Mais il me semble que David portait sa pensée plus loin, et que son cœur, brûlant d'amour et soupirant après le Messie, le regardait tantôt sur la terre, demeurant avec nous et résidant dans nos églises, tantôt dans le ciel , régnant avec les saints, et lui disait avec des paroles toutes de feu : Seigneur , que j'aime la beauté de votre maison, et le lieu où réside voire gloire (5) ! C'est ce qui me rend mon exil infiniment ennuyeux, parce que je ne puis y entrer, et y converser rivec les justes (6).

En effet, le Saint-Sacrement est, à proprement parler, la gloire de Jésus-Christ. Ce nom convient très-bien à

(1) Date operam ul crebriùscongregemini ad Eucharistiam,ct gloriam Domini. S. fgn.ep.i4. ad Ephesios.

(2) Domine, dilexi decorem domûs tuée, et locum babitalionis gloriee tuae. Psal. 25. 8.

(3) Quia non suam, sed Dei gloriam quœrunt.

(4) Translata est gloria Domini de Israël.

(5) Domine, dilexi decorem domûs tuce, et locum babitalionis gloriae tuae. Ps. 25. 8,

(G) Obid maxime hoc mibi exsilium grave est, quôd non liceat domum luam adiré, et cum justis ibi conversari. Ità Jansenius ùi Psal, 25.

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l'Eucharistie ; car c'est la gloire do Seigneur par excellence, parce qu'elle manifeste aux hommes l'admirable puissance , l'amour, la bonté, la sainteté de Jésus- Christ, et nous fait voir l'obligation que nous avons de le louer et le glorifier pour un bienfait si signalé (1).

Celui qui partage libéralement son pain avec ses amis, et principalement avec les pauvres, sera loué de plusieurs, dit le sage fils de Svrach (2). Salomon Ifovait dit avant lui : Celin qui est porté à la m/séricori , ra comblé de bénédictions } parce qu'il a donné du pain aux pauvres (3). Celui qui fait des présents, remportera la victoire et l'honneur; mais surtout il cnlèccra le <œ ir de ceux qui les reçoivent (4), Or quel plus riche [ nt, et quel pain plus excellent pouvait donner à

mis notre libéral et magnifique bienfaiteur, que sa chair, son sang, son âme, sa divinité et son Lumanilé. Ne faut-il pas avouer qu'il donne tout, en se donnant lui-même , en qui , ot de qui , et par qui sont fautes choses (5)? Mais à qui se donnc-l-il? à tous les ■au vrc s, c'est-à-dire à tous les hommes, qui lui de-

lent tous les jours leur pain supersubstantiel comme des pauvres : Ces pauvres crient, et le Seigneur les cçou-

» Ne doit-il donc pas ravir et enlever tous leurs

(1) Congruit Eucharislitc egregic hoc nomen ; est enim Eucbar i lin maxima sloria Domioi, quoniam Dei admirabilem polculiam et amorem manifestât bomiûibuj, et propter lanlumbe- ; m cnm su m m mdandumet glorificandum prœdicat. Quaresmlus, de 5. fulneribus Chrittl, tom.\.l.\. c.G.scc/. I,

(2) Splendidum iopanibuabenediceotlabia multorum. Eccli. II. 28.

"ni proDiu est ad misericordiam, benedicelurj ii<; panibui . i m us dédit pauperi. Prov. 22. 9.

1 m. .m el li'uiorcm ar<|iiirct, <|ui dalmuncra : animam

auirm .Ti»fcr«M iccipienlium. Ibidem,

i|iia '.niiii i . ' per quem omoia.

, - 1 Domioui eiaudivit enm« l's. 33. 7.

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cœurs, et n'est-il pas juste qu'ils le louent et le glorifient à jamais? Bonté incompréhensible ! ce charitable père de famille, qui est riche en miséricorde , épuise tous ses trésors et toute sa substance , pour les nourrir de son corps et de son sang. Il a voulu que son corps et son sang fussent la source de notre salutv dit saint Augustin (1). Pour cela il emploie sa toute-puissance à préparer ce divin aliment , et pour nous en donner de l'estime et nous en recommander l'usage), il en fait un abrégé de tous les miracles. Un corps pour subsister a besoin de son étendue, et dans UÇycharistie celui de Jésus-Christ n'en a point, Un corps doit être sensible et palpable, et celui de Jésus-Cljiist dans cet état est inaccessible à tous les sens. Un corps m peut être régulièrement en deux lieux différents en même temps, et celui de Jésus-Christ est aujourd'hui présent dans tous les endroits de l'univers. Enfin un corps ne peut être naturellement ni agir à la manière des esprits , et celui de Jésus-Christ dans le Saint- Sacrement n'est ni n'agit point autrement. Sa beauté y est sans figure; sa force, sans résistance ; ses puissances organiques, sans action : il ne voit, il n'entend , il ne parle, il ne sent, il ne fait rien que par miracle.

Pour cela même il emploie tous les ressorts aie sa grâce et tous les attraits de ses vertus, pour nous transformer en lui, l\ se fait voir j.ar la lumière de la foi dans l'éclat de ses plus excellentes qualités, de son /•èle, de sa patience, de son courage, de sa douceur, et nous imprime en même temps le désir de les imiter. U nous découvre son humilité , se cachant sous un atome , pour s'ajuster à notre petitesse ; car s'il n'était humble, il ne s'abaisserait pas jusqu'à nous servir de nourriture (2). Il nous fait connaître la tendresse de son

(i) 'In corpore et sanguine suo voluit esse saliitcm nostiam. S. Aug. in Psaî. 33. pauîb post initium. (2) Undè aulem tommendavit cc-quis et sanguinom suum?De

cœur, qui semble fondre tout en douceur, en faisant que la même viande, qui est servie aux anges d"j ciel comme une solide nourriture , devient pour nous un lait délicieux, parce que nous ne sommes encore que des enfants. Considère combien il est élevé au-dessus de nous : Le Verbe était au commencement , et le Verbe était en Dieu, et le Ferbe était Dieu. Voilà un aliment éternel et immortel ; mais c'est le pain des anges : ce sont ces vertus d'en-haut, ces esprits célestes, qui s'en nourrissent et s'en engraissent, et néanmoins ce pain qui les rassasie et leur semble si délicieux, demeure toujours entier. Mais quel est l'homme qui en pût manger? quel cœur serait capable de prendre une telle nourriture ? il fallait donc changer en lait ce pain divin qui est servi à la table des anges , pour le donner à de petits enfants (1).

Pour cela le Fils de Dieu joint toutes les lumières de sa sagesse aux charmes de sa bonté, pour nous communiquer sa vie divine par le moyen de l'Eucharistie , et former en nous une excellente image de ses perfections, et de la gloire de sa naissance: Comme mon Père qui est vivant , m'a envoyé , et que je vis par mon Père et pour mon Père, de même celui qui me mange, vivra par moi et pour moi (2).

Que ce comme est admirable , et qu'il comprend de secrets et de mystères cachés dans la divine Eucharistie !

humilitatcsuâ. Nisi enim esset humilis, nec manducarctur, net biberetur. S. Aug. loco citnto.

(1) Retpice altitadinem Ipstui : In principio cr.it Vcrluim, et >tim erat apud Deum,etD \ rbnm. Ecce eibus sem-

i manducant angeli, manducant supernao virlutes, Ihi.uii ccelectei ipiritus, etmandui intur.etin-

tnanel quod eoisatiat el latifleat. Qttis aulem homo i i ! i iin cibum?undè cor lani idoneum Hli clbo? opor- Dtl illa lactesr. | I parvuloi pcr\cnii<t.

- il mlaitmc vivent Paler , et ego vivo propter ratrem, et qui manducalne, et ipse vivet propter me. Joan. G. 58.

gS L'HOMME D'ORÀTSON,

Comme Jésus, dit saint ffllaire, a sa vie divine par son Père, en vertu de sa génération éternelle, aussi en vertu cîe la communion nous avons la vie de l'esprit par la chair de Jésus (1).

Comme le Père, se connaissant parfaitement, produit une image vive et subsistante de lui-même, qui est son Fils; aussi son Fils, dit saint Cyrille (2), s'unissant à Pâme par la communion, en fait l'image vivante de sa sainte humanité, et le portrait animé de ses vertus.

Comme le Père en engendrant son Fijs lui communique son essence , sa puissance, sa sagesse, sa bonté, sa félicité, et toutes les richesses de sa divinité ; de même le Fils , en nous transformant en lui par Ja, participation des mystères, se donne tout à nous, son corps, son âme, sa divinité, avec tous ses mérites et tous lçs trésors de sa sagesse, de sa science et de sa grâce,

Comrne le Père et le Fils sont deux personnes distinctes, et ne sont néanmoins qu'un même Dieu.^ (le même Jésus-Christ et tous ceux qui communient sont des personnes différentes, et néanmoins ils sont si étroitement unis, qu'ils ne font, comme dit saint Augustin, qu'un Jésus-Christ, c'est-à-dire un corps mystique, dont ceux qui mangent ce pain de Yie sont les membres, et Jésus-Christ en est le chef, Père saint, dit-il lui-même, gardez en votre nom ceux que vous m'avez donnés, afin qu'ils soient un comme iious (3). Et son divin Apôtre : Nous ne sommes qu'w\ pain> et nous ne faisons qu'un même corps , nous tous qui participons à un même pain (4).

(1) Quomodô per Patrem vivit, eodem modo per carncm ejus vivemus. S. Hilarius, l. 8. de Triait.

(2) .9. CjrrilluSy l. 4. in Joan. c. 3. paulb postinitium.

(S) Pater sancte, serva eos in nomine tuo, quos dedisti mihi, ut sinl unum, sicut et nos. Joan. 17. 11,

(4; Qnoniam unuspanis, unum corpus multi sumus, omnes rjui de uno pane parlicipamus, î, Cvt\ 10, 17,

Comme le Fils de Dieu, en vertu de sa naissance, est fécond comme le Père, et produit avec lui en unité de principe le Saint-Esprit, qui est l'amour subsistant; ainsi celui qui communie reçoit la fécondité de l'amour, qui rend sa volonté capable de concevoir la flamme de la plus pure charité, et de l'inspirer aux autres.

Comme le Fils, par son éternelle naissance , reçoit toute la puissance du Père, en sorte que tout ce que fait le Père, le Fils le fait, et que le Fils ne peut n'en faire que ce qu'il voit faire au Père (1) ; aussi celui qui communie dignement, doit faire les œuvres de Jésus- Cbrist , agir de concert avec lui, et entrer dans toutes ses dispositions; car il reçoit grAcc pour cela par le moyen du Sacrement, afin de suivre l'Agneau partout où il va. Je veux } dit- il, que mon serviteur se trouve partout là où je suis (2).

Enfin comme le Fils nait du soin de son Père, sans le quitter , comme il en sort et y demeure toujours, comme le Père est dans le Fils et le Fils dans le Père par une immanence mutuelle, qui est inséparable; de même celui qui communie saintement, demeura en Jésus Christ, et Jésus-Christ demeure en lui. La résidence est mutuelle: le cœur de Jésus-Christ est la demeure de Pâme; Pâme est la demeure de Jésus- Christ* 0 que l'une et l'autre est aimable et admirable tout ensemble! Saint Laure nt-J us tinien, s'adressa nt à la bienheureuse Vierge, disait :0 merveille! tout Jésus- [ cru ifié est dans le plus intime de votre ca»ur (3). On peut dire de môme a celui qui participe au trèslaint ent de l'autel. L'Eucharistie qu'il reçoit au

milieu de ses entrailles, n'est pas seulement une vive

(I) Amm, amen dico fobïs ■. .><>n potetl i lliuj .'i m i i n qufd i quod fideril Patrem facl< au m ■■ qattcumqui i oim iltc

i i ii' ii. Joan. S. 19.

Vola ut uIh siiui ego , et iiu liatmecun. Joan. 17.24. (3; <> ma.! ret! lotus Chriilui cruciAius e I in h

lai, .s. laur. imi.i. < Ho dlvtni an ■

90 L'HOMME D'ORMSON.

expression de la vie et de la mort de Jésus-Christ, c'est Jésus-Christ lui-même ; celui qui a été neuf mois dans le sein virginal de sa mère , et qui est maintenant glorieux dans le ciel. Heureuse l'âme qui le possède! heureux le cœur qui est son temple y et le lieu où réside sa gloire. Seigneur, j'ai aimé la beauté de votre maison, et le lieu où habite votre gloire (1).

(i) Domine , dilexi decorem domùs tuée , et locum habitationis glorise tuae. Fs. 25. 8.

ENTRETIEN

POUR LE VENDREDI D£NS i/oCTAVE DU TRÈS-SAINT SACREMENT.

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