II. CONSIDERATION
En second lieu, son excellence consiste principalementen ce que les autres sacrements confèrent effectivement la grâce sanctifiante , mais il ne la contiennent pas, c'est-à-dire qu'elle n'y réside pas formellement: elle est seulement dans l'âme qui la reçoit. Mais l'Eucharistie contient en soi l'auteur même de la grâcr> , et le communique à tous ceux qui s'en approchent. Les autres ne confèrent que la grâce sanctifiante, mais
(1; Ex opère operanlis.
(2) Ex opère operato.
(8 Hoc cstSacramcnlum sacramentorurri. Eucharistia est omrus gratta conlentiva, eriulinm vegetans ad vitam ff ternam. Qufdqui'l in omnihnssacramenlis el virtntilnis sparsum in gratus cotligilnr, totum «irnul in unâ gftUI invcnilur. Albert. Magn. tract, 1. de Euch, c. et in Prologo.
Il'l LTHOMME BTQRAÎ!?Qm.
ceiui-ci nous porte la grâce subsistante, qui est la source de toutes les grâces et de tous les dons de Dieu. Qui peut suffisamment exprimer la dignité de ce trèsexcellent sacrement ? Il surpasse toute la gloire des snrges et des hommes; tout y est divin. Car enfin Jésus-Christ , vrai Dieu et vrai homme , est réellement présent sous les accidents (1) , car c'est lui-même qui ledit :Ceci est moncorps (2). Ce corps , dit saint Antoine de Padoue, qui a été conçu du Saint-Esprit, ce corps qui a été formé en un instant, ce corps qui est né d'une vierge, ce corps qui a été Vie de chaînes, qui a été élevé surla croix , abreuvé de fiel et blessé du fer d'une lance , enfin ce corps qui est ressuscité , qui est monté au ciel, et qui est adoré des anges, qui admirent l'éclat de sa gloire (3). 0 miracle ï s'écrie saint Chrysostorae : celui qui est dans le ciel , et qui règne parmi les bienheureux, est en même temps dans les mains du prêtre, et sur les saints autels , et dans les entrailles de tous ceux qui mangent sa chair et boivent son sang. Cependant il se trouve encore, dans un siècle aussi éclairé que le nôtre, des esprits assez aveugles pour douter de la vérité et de la sincérité de ces paroles sacrées que la sagesse incarnée a prononcées; assez téméraires pour entreprendre de rompre le Testament du Fils de Dieu, qui est conçu en termes si clairs et si formels assez aheurtés pour résister à l'autorité des Pères et
(1) Quis hiijus excellenlissimisacramenti dignitatem suffîcienter fari potest ? Humanam et angelicara transcendit gloriam. Quidquid in illo est, divinum est. Sub il lis namque accidentibus totus Christus est, Deus verus, ethomo verus. S. Laur. Justs de Discip. et perfect. Mor.c. 19.
(2) Hoc est corpus meum.
(3) Hoc est, inquam, Corpus virtute Spiritûs Sancti conceptum, hoc est Corpus iu instanti formatura , hoc est Corpus de virgine natum, hoc est Corpus vinculis ligatum , hoc est Corpus duré flagellatuui, hoc est Corpus in crucelevatum, hoc est corpus felle potalum, hoc est Corpus lanceàsauciatura. S. Anton. Patav. serm. de Ccenâ Do m.
des conciles, qui les ont toujours prises dans leur sens naturel j^ssez emportés pour oser renverser ce que Jésus Christ a établi, W que les apôtres ont pratiqué et enseigné par toute b terre, ce que les martyr! ont signé de leur sang, et enfin ce que toutes les Egiises d'Orient et d Occident ont reçu par un consentement général, dont la perpétuité n'a jamais été interrompue. Eh! qui ne s'étonnera do la hardiesse avec laquelle l'hérétique se joue de tout ce que l'Ecriture nous dit de cet adorable mystère ? Jésus-Christ dit: Ceci est mon corps; ceci est mon sang (1). Toute l'Eglise reçoit ces paroles f*BS leur sens naturel , et les croit avec une foi respectueuse : l'hérétique au contraire les reforme , et W utient çue le Fils de Dieu a parlé improprement, et qu'il a voulu dire tout le contraire de ce qu'il a dit en effet. L'Apôtre dit:£c calice que nous bénissons, n'est-ce pus la communion du sang de Jésus-Christ ? et le pain que nous rompons, n'est-il pas la participation de son corps{2). L'Eglise le croit sans contredit : l'héi clique au contraire le nie, et proteste que ce n'est que la 3$ure de la participation de son corps et de son s^j. Saint Paul dit : Quiconque mangera ce Pain , etuvira -calice du Seigneur indignement, sera coupable de la profanation du corps et du sang de Jésus-Christ (3). L'EirJise, déférant à sa parole , croit que celui qui commune avec un péché mortel, communie indignement, et qu'il offense le Corps et le sang du Seigneur. Le calviniste y forme opposition , et dément l'Apôlrc par ses maximes, car il 8QUU que nul ne communie que par la foi, et que nul n'a
(1) Hoc est corpus meum.... Hic est enim sanguis meus. Matth. 26,20,28.
(2) Calix henehetionis, cui benedicimus, ftOnne commumi-
1 (stagutaSi Cbrlfll est ? et pinte, quem franglmui, nonne partielmini est ? 1. Cor, 10. 16.
licumque manducaverit panem hune, relblberlt uni indigné, reus erit cornoris et Mnguinis Dommu 1. Cor. II. 27.
116 L'HOMME D'ORMSOlf.
la foi qui ne soit juste ; par conséquent , que personne ne communie indignement. Car le juste qui communie, ayant la foi, n'est coupable d'aucun crime contre le corps de Jésus-Christ; et le pécheur, qui n'a point la foi , ne communie jamais. C'est donc en vain que saint Paul nous menace , et nous veut donner de la crainte d'une communion mal faite , si personne n'en fait jamais de mauvaise.