‹ L'homme d'oraison (volume 2)Chapitre 55 sur 144 · III. CONSIDÉRATION · texte numérisé non relu

III. CONSIDÉRATION

N'entrons point plus avant dans cette controverse , que nous avons traitée ailleurs assez amplement. Retournons à notre sujet, et pour faire voir l'excellence de la divine Eucharistie par une troisième preuve qui mérite d'être considérée, disons que les autres sacrements ne subsistent qu'autant qu'on en use, et passent Avec l'action par laquelle on les confère : mais le trèssaint Sacrement de l'autel est permanent, et dure autant que les espèces sous lesquelles notre Seigneur demeure , tandis qu'elles m sont point altérées (1). En quoi il fait paraître un tr^it admirable de sa sagesse', qui a trouvé le moyevi de monter au ciel sans nous quitter, et de se faire voir là-haut aux bienheureux, sans nous priver de sa présence. Pourquoi ? pour ôtre notre oracle, et nous dire quelle est la voie du ciel la plus droite et la plus sûre , afin d'y entrer avec courage , et d'achever heureusement notre voyage;

Pour être notre trésor inépuisable, noire viatique, noire pain de tous les jours, ce pain qui fortifie le cœur de l'homme (2) , ce pain qui est la subsistance et le renfort de l'Église militante (3);

Pour être l'objet de nos adorations et de notre amour,

(1) Traité | de ta présence réelle.

(2) Panis cor hominis confirmans. Fsal. 103.

(3) Mysteriumcoelestis panis ot poculi salutaris, quoreficiturEccl«sia. S. Hieronym. in. Psal. I0&

qui allume dans nos cœurs les plus pures flammes do la chanté (1).

Enfin pour être notre Emmanuel, un Dieu qui demeure avec nous : jusques à quand ? jusqu'à la fin du monde (2) ; «jusqu'à ce que le jour de la clarté éternelle » commence à paraître, et que les ombres soient dis- » sipées. Lorsque cet état parfait sera arrivé, l'usage » de ce sacrement cessera, parce que les bienheureux » n'ont plus besoin du remède de ce sacrement divin, » étant remplis d'une gloire toute céleste (3). »

Quelques-uns ont cru que la durée de ce mystère égalerait l'éternité, et qu'uu ange enlèverait une hostie consacrée dans le ciel, pour y être adorée à jamais. Celle opinion n'a point de fondement dans l'Écriture ni dans les Pères : et s'il fallait agir par la seule raison, elle n'y trouverait aucun appui solide qui pût la soutenir. Car, comme dit Théodore!, lorsque le corps du Sauveur paraîtra clairement tel qu'il est, on n'aura plus besoin de le regarder sous des symboles qui le cachent à tous nos sens (4).

C'est, dit ce Père, la raison pourquoi saint Paul dit

(1) Amores sacratissimos, et concupiscentias immaculalissimas excitans. Guill. Ep. Paris, tract, de Euch. c. 2.

(2) Usquc a<i consummationem scculi.

Nam m propriâ et diiinâ charitate te conspicerc, ocuji moi ferre non possent i ied neque luliis mundui in fiilgore gloriœ îni- JefUtil Ira nibfisteret. In hoc ergô imbccillilati meœ consulis, quôii te sul) sacramento anscondis. Habeo verè et adoro queni angeli adorant in cœlo î adhtlC intérim in fide, illi au-

tem in specie et sine velannne. Me oporlet contentuni esse in luminc veraj fidei, et in eA ambulare, donec aspiret dies cclcrnaj riaritatis , et timbra Bgurarum ioclinentur. Cùn Mteai fenerlt iiuod perfectum est, cessabll imui lacramenlorum , quiabeali in gloi . ut iii- "ii- imin< lacrameotali. Caudentenim

Qoe m pi.cv niij bei, facie ad faciena glorlam cjus spéculantes, et deelaritali in claritalem abyssalii fteitatls transformait, instant Verbum D l carofactum,siçutfuitabinlUo et manelli œtoiniiin. îmttat. Christ, llb, 1. cap, ll< /<. ?. 4 I élus, in r. II. pi (ma a i i

Uî8 l'homme d'oraison.

aux Corinthiens : Toutes les fois que vous mangerez ce pain et que vous boirez ce calice, vous annoncerez la mort du Seigneur jusqu'à ce qu'il vienne (1). C'est-à-dire, comme le conciïe de Trente l'explique , jusqu'à ce qu'il vienne lui-même juger le monde (2). L'Eucharistie n'est pas seulement un signe mémoratif de la passion de Jésus* Christ, et démonstratif de son corps réellement présent, ainsi qu'il faut entendre saint Augustin lorsqu'il dit « que le Seigneur, donnantle signe de son corps, » ne douta point de dire : Ceci est mon corps; » car ce l'était en effet. Mais, outre cela, c'est encore un signe prophétique de la gloire future. Or les figures prophétiques cessent , lorsque les choses qu'elles prédisent sont présentes, comme l'ombre disparaît en la présence di la lumière. 11 est donc raisonnable que ce divin sacrement ne passe point la consommation des siècles, non plus que l'état de l'Église souffrante et de l'Église militante. Une sera plus nécessaire dans le ciel, ni pour la gloire de Jésus-Christ, ni pour l'intérêt des fidèles, qui le recevront et le posséderont d'une manière plus parfaite, parce qu'ils le verront, qu'ils l'aimeront, et qu'ils l'adoreront dans le trône de sa gloire sans aucun voile, selon ces paroles du concile de Trente : «Hsman- » gerontsous un même voile, le même pain des anges » que, peu auparavant,, ils mangeaient caché sous de » saintes apparences (3). »

Admirez ici la sagesse et la bonté du Fils de Dieu , à qui nos âmes sont si précieuses , qu'il veut que ses plus excellents ouvrages cessent d'être lorsqu'ils cessent de nous être nécessaires, quoiqu'il les pût conserver pour

(1) Quosticumque enim manducabitis panem hune, et calîcem bibelis , mortern Domini annuntiabilis , donec veniat. 1. Cor. 11.

(2) Donec ipse ad judicandura veniat. Concil. Trident, sessione 13. c. 3.

(3) Eumdem panem angelorum, quem modo sub sacris velaminibusedunt, absque ullo velamine manducaturi. Concil. Trident, sess. 13. c, 8

LBCTURES SPIRITUELLES. 119

ion seul plaisir par sa loule-puissance. 0 amour infini ! cel abrégé de tous les miracles, ce chef-d'œuvre de la puissance et de la magnificence de Dieu doit prendre fin, lorsqu'il n'y aura plus d'âmes à retirer du purgatoire ni 3r sauver. Que ne devrions-nous pas faire pour \s reconnaître ?

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ENTRETIEN

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