‹ L'homme d'oraison (volume 2)Chapitre 61 sur 144 · II. CONSIDERATION · texte numérisé non relu

II. CONSIDERATION

D'ailleurs, si le souvenir d'un bienfait nous oblige à remercier son auteur, et à lui donner les louanges qu'il mérite, quelle action do grâces peut égaler celle

(1) Aliquos trahit gratiarura actio pro beneficiis divinis, cùm nihildignius habeant reddere Domino pro omnibus quse tribuit nobis, quàm calicem salutaris , id est Jesum accipere. S, Bonav, de Procès. Relig. I. l.c. 7.

(2) Christus novi Testamenti novam Corporis et Sanguinis sui discipulos suos oblatipnem docuit , ne essent infructuosi et ingrali, S, Irenœus, l. 4. adversùs hœres. c. 32.

(3) Quam Ecclesia ab apostolis accipiens in universo mundo offert Dec. Ibidem*

de Jésus-Christ, qui, étant le bienfaiteur et le bienfait universel, a bien voulu suppléer à notre impuissance^, par une admirable substitution , être lui-même , pour ainsi dire, notre action de grâces dans la divine Eucharistie , que les saints Pères ont appelée de ce nom, non-seulement parce qu'elle contient la source de toutes les grâces et de tous les dons de Dieu, nonseulement parce que c'est la grâce par excellence , le don des dons, don gratuit qui ne vient que d'un excès d'amour; mais encore parce qu'elle en est une parfaite reconnaissance, un monument perpétuel de notre gratitude envers Dieu , et une louange continuelle de ses bontés. Sans cela, que pourrions-nous luioflYir, et quel sacrifice de louanges pourrait répondre à la grandeur de ses bienfaits (1)? Je ne puis, Seigneur, vous louer sans vous, dit saint Augustin dans ses amoureux entretiens avec Dieu; je n'en suis pas digne ; mais donnez-vous à mol, donnez-moi votre Fils , votre Verbe incarné, voire Verbe crucifié, votre Verbe sacrifié, qui est votre gloire, alors je vous louerai. Car de moi que suis-je , Seigneur, pf>ur être capable de vous louer? Les ténèbres seront-elles dignes de louer la lumière ? la, mort sera-t-elle capable de louer la vie? Cependant, vous êtes la lumière , et moi je ne suis que ténèbres; vous êtes la vie , et moi je suis la proie de la mort(2).

Admirez ici la charité du Père éternel , qui nous a donné , lorsque nous étions encore so3 ennemis, ce qu'il

(1, Ontima quippè beneficiorum cttllof cslipsa memoria benefteiorum . et perpétua qurcdam confessio. Proptereà yencranda illf mysteria , quœ orani quldem Ecclesiœ congregntione cclcbramus, Eucharistia, id estgratiarum aclio, nimcupanlur. Sunt enim beneficiorum recordatioplorimoruni,capatqu« Ipium Bivina '-rgiî nos charitalis nslcndunt , nosque faciunt débitai Deo gralias scraper exsolvcrc. S. Chrysost. hom.2G. in Matlhœum.

Non valeo laodare te sin<: te : babeaoi le, ri lamiaho te. Quid enim suit. , Domine, peff 1110,111 hiul< m If ? Numqilid I

B laudabunt luctm,aut mors vitam ? Tu lux, ego tenabra» : lu vili , afo nnn. S. Aupust. in Soliloq. r. 10.

132 l'homme d'oiwïson.

avait de plus précieux, à savoir, son Fils unique; et nonseulement il nous l'a donné, mais il en a fait encore notre festin délicieux, et n'a rien épargné de ce qu'il pouvait faire pour procurer notre salut, soit en nous comblant de ies biens, soit en nous donnant, par l'abondance même de ses dons, le moyen de lui en rendre grâces , et de n'en être pas méconnaissants (1).

Admirez, en second lieu, la sagesse incompréhensible du Fils, qui , sachant l'ingratitude des ? ommes envers Dieu , a trouvé un moyen si merveilleux de suppléer à leurs défauts en prenant leur place, et faisant poureux, par les richesses de sa miséricorde , ce qu'ils devraient faire eux-mêmes par obligation et par devoir (2).

Page 1