II. CONSIDÉRATION
ï! paraît par là que cette sainte pratiqua a été établie par les apôtres , comme dit saint Jean Daniascène, et que depuis ayant été confirmée par les conciles, recommandée par les saints, et reçue dans toutes les I ises, elle a continué jusqu'ici, et continuera jusqu'à la consommation des siècles. Le sacrifice de l'Église, comme dit le prophète Daniel (2) , est un sacrifice perpétuel, qui ne finira qu'avec le monde. C'est la propiliation perpétuelle du prêtre tout-puissant et éternel, dit saint Léon ; on ne peut pas douter de sa valeur , ni de sa perpétuité , puisque c'est un pontife tout-puissant et perpétuel qui Ta institué (3). Et puis c'est un usage, que
Christi obdormierunt, dona requiem, Domine Deus noster. Lltur. S. Marci,
(1) Mémento, Domine, dormientium principum, pontificum, reg'iun iiostrorum , et omnium in fide quiescentium. LUurg, S. Mallh.
(2) Juge sacrificium. Dan. 8. 11.
(3) Incessabilis propitialio omnipotenliset perpelul sacerdolis.. £. August, serai 32. de verbti Dominu
nous avons appris par la tradition, et une pratique (jp l'Église universelle , qu'on prie Dieu pour ceux qui sont morts dan» la communion du corps de Jésus-Christ, lorsqu'on vient au lieu de la messe, où on fait mémoire d'eux (1). 11 ne se peut rien dire de plus exprès ni de plus fort sur ce sujet que le témoignage de saint Jean Damascène: Les disciples du Verbe incarné, qui ont eu le bonheur de le voir, et qui ont conquis l'univers; les disciples, dis-je, du Sauveur et les divins apôtres, ont laissé par tradition que, dans les redoutables mystères, qui sont les pures sources de vie, oiî ferait mémoire de ceux qui sont morts dans la foi. Ce que l'Église catholique et apostolique a toujours retenu fermement, constamment et incontestablement du commencement jusqu'à la fin , depuis ce temps-là jusqu'à ce jour, et qu'elle retiendra toujours ce peu de temps que le monde subsistera (2).
Ne dites pas : A quoi bon tant de messes et d'obils à perpétuité ? les apôtres n'ont pas établi cette pratique ? sans l'avoir bien considérée. Caria religion chrétienne , qui est éloignée de toute erreur, n'a jamais rien reçu ni gardé constamment qui fût inutile, ou plutôt qui ne fût très-profitable , très-agréable à Dieu, Irès-ulilo et très* avantageux pour le salut (3). On n'a pas inventé
(1) Hoc enim à patrittus traditam universa observât Ecclesia,ut jiro iiiqui in corporis et singuinis Chrisli communione defuncti «uni, cùm ad ipsum lacrificium suo loco commemorantur, oretur. S. Damas, in orat. : Quod ii qui cum fidecx hàc vilâ excesserunt, etc.
(2) Porrô Verni discipuli atque conspMtoretj à quihus universus orbis caplus est, illi, inquam, Sahatoris discipuli, ac divini iposloli, ut jn (remrndis ac puris, \ilamquc afferentihus mysteriifl , < orum qui cum lide dieru viC8B extremum clausissent, memoria 0 ret, institueront. Quod i liam firme ac contlanter, atque llnè u I là conlroversià calholica et apostolica Eccleila ah extremis flniboi ad exlremoi pique ducs, al) co tempore nique ad hune dicm stmpcr relinuit, ac UfitUper dùm mundu» hic crit, fclinchit.
(&) Ncc vtro inconsidcralè ac temerè, et sine rsiiMta hoc nb Noubt. Œuv. XVIII. 7
ceci à plaisir , dit saint Chrysostome , et ce n'est pas en vain que dans les mystères divins nous célébrons la mémoire des défunts , ou que nous prions pour eux l'Agneau qui est sur l'autel , et qui efface les péchés du monde : c'est afin de leur apporter quelque soulagement. Ce n'est pas aussi sans raison que celui qui est à l'autel crie à haute voix, pendant les redoutables mystères : Pour tous les défunts en Jésus-Christ, et pour ceux qui célèbrent leur mémoire. On ne dirait jamais cela , si on ne faisait des commémoraisons pour eux, Car nos mystères ne sont pas des actions de théâtre , Dieu nous en garde; on les fait par l'inspiration du Saint- Esprit (1).
» Secourons-les donc , mes frères , et offrons des priè- » res et des sacrifices pour eux. Car si les sacrifices de » Job purifiaient ses enfants, doutez- vous qu'en sacri- » fiant pour les morts , nous ne leur apportions du » soulagement? Dieu a coutume de gratifier les uns » pour l'amour des autres, comme saint Paul le montre » ici : A fin, dit-il , que la grâce que nous avons reçue en » considération de plusieurs personnes, soit aussi reconnue » par ces actions de grâces que plusieurs rendront pour » nous. Ne nous lassons donc point de secourir les morts » par nos vœuxet par nos prières. Xa prière est lacom-
illis institutum est. Neque enim quicquam quod utilitate careat Qhristianorum religio,quœ ab omni errore aliéna est, suscepit fixumque semper ac stabile retinuit : sed frugifera omnia , Deoque grata -Stque accepta , majoremque in modum ulilia, atque ità comparata, ut maxima ex iis salus oriatur. Ibid.
(1) Non est temerè hoc excogitatum , nec frustra memoriam mortuorum inter sacra mysteria celebramus , aut accedimus pro istis Agnum illum jacentem , et peccata mundi lollentem depre» cantes, sed ut iis consolatio aliqua fiât. Nec temerè qui altari as- Sistit, inter horrenda mysteria clamât: Pro omnibus in Chrislo dormientibus, et pro his qui memoriam célébrant illorum. Nam nunquàm hsec dicerenlur, si pro illis commemorationes non fièrent. Neque enim scène nostra sunt,sed spiritûs inspirations tiunt. S. Chrysost, hom. 41. in primant ep» a<t Ççrtnih.rifà etiam honu 3. in ep. ad Philippçnset*
» mune victime du monde : aussi nous l'offrons avec une » parfaite confiance pour tout le monde, et nous faisons » mémoire des morts entre les martyrs, les confesseurs » etles prêtres. Car nous ne sommes qu'un corps, quoi- * qu'en ce corps il y ait des membres plus excellents » les uns que les autres. Nous avons de tous côtés des t moyens d'obtenir leur pardon , soit par les prières, » soit par les aumônes , soit par les offrandes , soit par » la communion des saints, qui ne font avec eux qu'im » môme corps (1). »