‹ L'homme d'oraison (volume 2)Chapitre 79 sur 144 · III. CONSIDÉRATION · texte numérisé non relu

III. CONSIDÉRATION

Que répondront à cela ceux qui sont d'un sentiment contraire? A la vérité, je ne vois pas ce que peuvent dire ceux qui combattent la fréquente communion; car je suis bien persuadé qu'ils sont dans une erreur trèspernicieuse, et que leur opinion est tout-à-fait insoutenable. Mais sans prétendre de faire valoir ma pensée

cit, cur non quotidiè ad mensam in quà proponitur cunctis, cuncti sedere et manducare d«6iderent ? S. Francise, in Opusc.

(1) Dicunt aliqui, nisi aliquo intercedente peccato, Eucharistiam quotidiè percipiendam , hune enim panem quotidiè dari nobis, ju&ente Domino, postulamus. Quod quidem benè dicunt, ai cum religione, et devotione, et hurailitate suscipiant. Rabanus,

(2) O consuetudinem ! ô praesumptionem ! à sacrificiura frustra quotidianum î Incassum assistimus altari , nullus qui communicetur. S. Chrysost. hom. 61. ad pop. Ant.

(3) Si quis diligenter attendent, eumdem omnium Patrum «jui de hâc re scripserunt, sensura fuisse facile comperiet.

nar-dessus celle des autres, il me semble qu'il se faut arrêter à la décision de saint Thomas, qui ne peut être contestée ; car il dit qu'on peut considérer deux choses dans l'usage de ce sacrement : l'une, de la part du sacrement, dont la vertu est sans doute tres-saluttlre aux hommes: par conséquent il serait tri utile de ce côté-là de communier tous les ion», et ces ainsi qu'il faut entendre les Pères et les conciles qui ont *te allégués; l'autre de la part de ceux qui le reçoivent, et qui doivent s'en approcher avec une grande dévotion et révérence. Mais parce que souvent il se rencontre dans la plupart des hommes beaucoup d obstacles qui empêchent cette dévotion à cause de 1 indisposition du corps ou de l'âme, de là vient qu, In est pas utile à tous de s'approcher tous les jours du sacre-

Tst-U donc utile pour le moins à quelques-unsde communier tous les jours? et, s'il est utile *«**>£**! qui sont ceux à qui on peut le permettre ? 11 te .faut apprendre des saints, qui ont eu plus de 1 unue es e d'expérience que nous. Si quelqu'un voit qu'il est dans l'état de l'Église primitive, il faut dire qu .1 est louable de communier tous les jours (2). C'est le sentiment de saint Bonaventurc, suivant lequel H faut, pour communier tous les jours, vivre comme les premier» chre- Uen, qui étaient tous remplis du Saint-Esprit, détaches des choses de la terre, prêts à toute heure à répandre leur sang pour Jésus-Christ :car c'est pour cela principalement que saint Cyprien veut qu'ils «»7»«nt £; que jour (3). Ce qui a donné sujet à saint Chrysostome

III Sed quia multoties in pluribus homlnum mulla impedi-

m ntahujus devolionisoceurrunt,,, rouler orporit ind.spos.t.o-

21 vcl »«im.,n,B est u.i.c omolou. V<rtW« »l hoc sacramen-

lum accedere. S. Thomas, 3. p.q. 80. a. 10. ^.-i.

hm ,uôd .1 rlde.t qui. se esse .. iMbl Ecoles.»

prinlUM , lau.landum est «OOtldl» commun.carc.

(3) Considérante! .e quolidit ealieem M»|ulOhCbrlHI Mb**,

164 l'homme d'orjuson.

de prononcer celte excellente sentence : La vie d'un chrétien doit être toute pleine de sang, non de celui du prochain , mais du sien propre , qu'il doit être toujours prêt- à répandre. Quand donc il s'agit de le donner pour la gloire de Jésus-Christ, répandons-le avec la même facilité que nous verserions de l'eau (1). Telle était la ferveur des chrétiens de la primitive Église, et si quelqu'un était arrivé à une si haute perfection, qu'il ne tint plus ni à l'honneur, ni au lien, ni au plaisir , ni à la vie même, non plus que les fidèles au temps de persécution des tyrans , il pourrait assurément participer aussi souvent qu'eux à la divine Eucharistie ; mais il faut avouer qu'il y en a très-peu , et, comme dit saint Bonaventure , a peine trouverez-vous quelqu'un qui soit si religieux et si saint , que ce ne soit toujours assez pour sa conduite (excepté les prêtres ) de communier règlement une fois la semaine , si ce n'est que quelque raison particulière ne le porte quelquefois, mais rarement, à communier plus d'une fois; comme , par exemple , une maladie qui survient., ou une fête solennelle , ou bien une extraordinaire ferveur de dévotion, et une soif, un désir démesuré de recevoir celui qui seul peut rafraîchir l'ardeur de l'âme qui est éprise de son amour. Et parce que l'impétuosité de cette ardeur ne procède que du Saint- Esprit, qui l'excite et qui l'inspire , de là vient qu'elle n'est point bornée ni resserrée par des coutumes ou par des règlements humains (2); mais hors de là je ne

utpossint et jpsipropter Christura sanguinera fundere. S. Cypr. ep. 59. ad Tabaritanos.

(1) Sanguine pl^nam essedecet christiani vitam , non alienum effundendo, sed se paratum suum eflundere pnestando. Tanta ergô promptitudine proprium effundamus cruorem , cùm pro Christo hoc estagendum, quanta quisaquam effunderet. S. CJiry sost. hom. 67. ad popul.

(2) Vix aliquis ità religiosus videtur esse, et sanctus, exceptii sacerdotibus, quinsemel in hebdomadà sufficiat ex consuetudine coramunicare , nisi specialis causa quandoquè et raro plus sua-

vois point de plus sage conduite que celle que saint Augustin nous a prescrite en ces termes : Je ne loue nf ne blâme la communion de tous lesjours ; maisj'exhorte à communier tous les dimanches, pourvu toutefois que l'âme n'ait point d'attache volontaire au péchO : t'ar si eJJea encore la volonté de pécher ^je dis que la réception de l'Eucharistie la charge plutôt qu'elle ne la purifie (1). Après tout il faut encore remarquer que celte règle n'est point si générale , qu'on la puisse appliquer indifféremment à toutes sortes de personnes et d'états. Car le fréquent usage de la communion convient mieux pour l'ordinaire aux religieux qu'aux séculiers, aux prêtres qu'aux laïques, aux personnes qui vivent danslaconlinencequ'à celles qui sont engagées danslé mariage(2). Et puis, en quelque état que ce soit, tous ne sont pas dans un pareil degré de mérite, tous n'ont pas la môme ferveur, la même pureté de conscience, ni les mêmes dispositions. Les opérations intérieure^ du Saint-Esprit sont différentes, les passions ne sont pas en tous également mortifiées. C'est pourquoi, dit saint Bonaventure, comme dans les médecines corporelles que l'on donne aux malades, on ne peut pas observer toujours une règle uniforme , mais aux uns on en donne plus rarement, aux autres

det , ut iofirmitas superveniens , vcl singulariter solemnis fcslivitas, vel inusilatae devolionis fervor , et intemperata desMcrii sitis pro illius susceptione qui solus suffleit ardorem animœ so amantls reCrigerare. Et quiatalil ardoris impelus nonnisi à Spiritu sancto infiimliiur, Ideo legibus humanto çonsuctudinis ? el stalutis morlalium non arctatur. S. Bonav, tom. 2. Opusc, do Process. Relt'g. c, 21.

(1) Quotidiè En harislia communioncm accipcrc, neelaudo, Dec \itupcro. Omnibus tamen dominicis diebui communioanduin hortor, si tamen mens in afleclu peccati non si t. Nam si. habet a dhuc voluntatcm peccandl, gravari magig dico Euchariltla |" lionc , qvàn pnrilcari. S.Aug. l.dc EccL Dogmat. f/68. /<< ftriur tir Cotuecr. dtti, i.

(2; suant, tom, 3. in '>-v- âltp. 69. uct. 4.

plus souvent; aux uns en plus petite quantité, aux autres on augmente la dose ; ainsi en faut-il juger à l'égard de la médecine de l'âme , qui est le corps de Jé§n§- Christ. Car ceux qui sont engagés dans les affaires dt^ monde"",' ne peuvent pas si souvent se désoccuper, afin de recevoir le fruit du sacrement, que ceux qui ne s'appliquent qu'aux choses spirituelles : et d'ailleurs les un§ sont plus circonspects dans la conduite de leur vie, dans le règlement de leurs mœurs et dans la pureté de leur conscience, les autres moins (1). 11 est néanmoins trèsutile et salutaire que tout chrétien se prépare souvent à la réception de ce divin médicament, et qu'il tâchQ d'y participer avec toute la dévotion possible , et qu'a** près l'avoir pris , il se conserve avec plus de soin et de recueillement dans la même ferveur de dévotion , $ quoi les religieux et ceux qui se sont consacrés pourja-! mais à Dieu, sont principalement obligés (2). Et que nul d'entre les serviteurs de Dieu ne se retire du sacrement, quoique la dévotion actuelle lui manque (3); car celui qui tâche de bien vivre, ne doit pas s'en priver pour cela. C'est une manne cachée qui le nourrit insère siblement et le soutient; et bien qu'il se trouve quel-, quefois tiède, dit saint Bonaventure, qu'il ne laisse pas

(1) Ideô sicutcum segrotantibus nonpolest una forma observari in dandis mediciniscorporis....ità et de medicinâ quae est corpus Christi, intelligendum est : mundialibus enim curis occupati, rariùs possunt,sese adillud recipiendum expedire, quàm qui tantùm spiritualibus curis et studiis sunt intenti : et alii magis, alii minus, suntcircumspecti in custodià vitae suse, et morum, et consçieotiee puriiate. S. Bon^c. de Process. IRtiLig. llarj) supràfil^

(2) Salubre et utile est tamen quôd homo ssepè se ad illius gacramenti <usceptionem prseparet , et quanta devotione valeat, in illud percipere studeat, et post perceptionem in studio devotionis se co^servet attenliùs, maxime religiosi, et qui se obtulerunt Deo ad éi perpeluô serviendum.

(3) Nemo autem servorum Dei ab hoc prorsùs sesubtrahatsa* cramento, quamvis actualis devotio desit. 5. laur. Justin, fie Konast. Perfect. c. 19.

de s'approcher avec confiance , s'appuyant sur la miséricorde de Dieu, parce que s'il s'en répute indigne, il doit penser que plus un malade se sent infirme , plus il a besoin de recourir au médecin (1). A la vérité, saint Anselme, expliquant ces paroles de saint Paul : C'est pourquoi, que celui qui mange , etc. (2), dit que celui qui a commis quelque péché mortel , ou plusieurs péchés véniels, et ne s'en confesse pas avant que de recevoir le pain des anges , le mange indignement (3). Et certes cela nous oblige à nous préparer avec plus de soin, et à fréquenter les sacrements avec plus de révérence , mais non pas a nous en éloigner; et si quelqu'un voulait se servir de ce prétexte pour couvrir sa tiédeur ou son libertinage , il aurait sujet de craindre que le Fils de Dieu ne lui fit un jour ce reproche : J'étais sous les espèces du sacrement comme un étranger, et sous cet habit de pèlerin je vous priais de me recevoir , et vous m'avez rebuté (4) : je vous renverrai à mon tour; allez, retirez-vous de moi. Seigneur , où irai-je loin de votre face ! demeurez avec nous , Seigneur. Vos délices sont d'être avec les enfants des hommes. Et c'est là tout mon désir, que mon cœur vous soit uni {h).

(1) Et licct aliquandô lepidè, tamen confidens de Dci miser!ionlià fiducialilcr accédât : quia si se iudignum reputat , cogitet quôd tantô raagis œger necesse habet rcquirere medicum, quantô magis se sentit œgrotum.

(2) Itaquc qui cumquè manducaverit , etc.

(3) Indigné manducat, qui vel aliquod grave peccatum, Tel milita Jevia commisit, et non confitetur ea priusquàm ad communionem arcedat.

(4) Hospes eram, et non collcgistis me. Matth. 25. 43.

(5) Domine, quo ibo à facio lu A ? Mane nobiscum , Domine. Prliciac tiiœ ossc cum filns bomimim . Et hoc est lolum desiderium meum , ut cor meum tibi situnitum.

168 L'HOMME D^ORAÎSOK.

ENTRETIEN

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