I. CONSIDÉRATION
Les hérétiques des derniers siècles (1) disputent au Fils de Dieu la qualité de législateur, et prétendent qu'il n'est point venu en ce monde pour nous imposer aucune ïoi, ni pour nous faire aucune défense, ni par csnsé^uent j^our ordonner su<£une peine aux infract?urs de ses commandements, puisqu'il n'en a poiiit frit, ou 3^ur donner aucun pouvoir aux prélats de t*yn Église d'en faire de nouveaux, et de punir ceux qui les violent; mais que la fin de son incarnation et de sa passion n'a été que de nous mettre en liberté, £t de nous apporter la grâce, comme Dieu avait donné h loi par l'entremise de Moïse, abusant ainsi de ces paroles de saint Jean mal entendues : La loi a été dor.^
(1) Vide Castro, verbo Prôeceptum ; Hocresi t. Bellarm. I. 4. de Justif, c. I. Stajpletoniuw, in c. 3. ep. ad Rom.
LECTURES SriRmJiJLLEg. J7
née par Moïse, mais la grâce a été faite par Jésus- Christ (1).
Le concile de Trente condamne cette erreur en termes formels : « Si quelqu'un dit que Jésus-Christ a été *> donné de Dieu aux hommes, comme rédempteur, » auquel ils mettent leur confiance, et non pas aussi » comme législateur, auquel ils rendent obéissance, » qu'il soit anathème (2). Et derechef : Si quelqu'un » dit qu'un homme justifié, quelque parfait qu'il puisse » être, n'est pas obligé à l'observalion des commaft- » déments de Dieu et de l'Église, mais seulement â » croire , comme si l'Évangile ne consistait qu'en la » simple et absolue promesse de la vie éternelle sans » aucune condition d'observer les commandements , » qu'il soit anathème (3). » Et véritablement , c'est avec justice que les Pères assemblés dans ce concile traitent ceux qui soutiennent ces pernicieuses maximes comme les ennemis de Jésus-Christ, puisqu'il nsS'ire lui-même que celui qui a reçu ses commandements , et qui U$ garde, est celui qui l'aime; et que celui qui ne laime point , ne garde point ses paroles (4). Et ailleurs, que celui qui écoute les pasteurs de son Église, l'écoute; et que celui qui les méprise le méprise (5). Si vous m'ai-
(1) Quia lux perMoysea data est; gratta et veritas, per Jesuro Christum facta est. Joan. 1. 17.
'2) Si quis dixerît Christum Jesum à Dco hominiluis datum fuisse ut redemptorem , cui fidanl, non eliam ut legislatorcm , cul onediant, analhemi lit. Conc.il. Trident, sess. G. can. 21.
8 Si quis hominem juslificalum, et quantumlibet perfectum , dlxcrit non teneri ad observanliam mandatorum Dei et Ecclesiœ, sed tanlùm ad credendum ; quasi verô cvangelium sit nuda et ibsolota promissio vit» BBteroa, sine conditione observation^ mandatorum, auathema sit. Conc. Trid. ses. 6. can. 20.
{4 Qui habel mandata mca, et servat ea , ille est qui diligfl
mf' Qui non diligit me, sermones meos non servat. Joan.
Qui vos audit, me audit ; et qui vos spernit, me spernit. I.uc. 10. 16.
mez 7 dit-il, gardez mes commandements (1). Toute pui$sance m'a été donnée dans le ciel et sur la terre (voilà sur quoi est fondée la qualité qu'il prend sur nous, de souverain législateur ). Allez donc, enseignez toutes les nations, les baptisant au nom du Père , du Fils, du Saint-Esprit, et leur apprenant à garder toutes les choses que je vous ai commandées (2). Ces paroles sont si claires, que, pour en douter, il faut être plus aveugle et plus ennemi de Jésus-Christ que les Juifs. Car, comme dit saint Augustin, ses ennemis mêmes les plus déclarés, qui sont les Juifs, confessent que c'est de Siop qu'est sortie la loi de Jésus-Christ, que nous appelons l'Évangile, et que nous reconnaissons pour le sceptre de son règne (3) , dont parle David lorsqu'il lui dit : le Seigneur fera sortir de Sionle sceptre de son règne. Régnez souverainement au milieu de vos ennemis (4). Cela est si clair, qu'il faut être , non-seulement infidèle et malheureux , mais encore impudent, pour le nier (5). C'est le juste reproche que saint Justin fait aux incrédules de son temps : Jésus-Christ nous a été donné comme la dernière loi qui subsistera à jamais, et comme le testament fidèle ; après quoi il n'y aura plus d'autre loi , ni d'autre commandement, ni d'autre précepte. Cependant vous avez méprisé cette loi , vous n'avez pas tenu compte de ce très-saint testament nouveau. Vos oreilles sont encore bouchées, vos yeux offusqués, votre cœur
(1) Si diligitisme, mandata mea servate. Joan. 14. 15,
(2) Data est mihi omnis potestas in cœlo et in terra. Euntes ergô docete omnes gentes, baptizanles eos in nomine Patris , et Filii , et Spirilûs sancti : docentes eos servare omnia quœcumque mandavi vobis. Matth* 28.
(3) Ipsi quoque fatentur inimici ex Sion missam fuisse legem Christi, quod Evangelium nos vocamus, et eam virgam virtulis
(4) Virgam virtutis tuse emittet Dominus ex Sion : dominare agnoscimus. S. Aug. lib. 17. de C. D. c. 17.
in medio inimicorum tuorum. Ps. 109. 2.
(5) Hoc ità clarum est, ut non solùm infideliter et infeliciter, sed eliam impudenteï' açgetur. Ibidem > S. Aug.
endurci , selon que le prophète Jérémie vous crie à haute voix, et vous ne l'entendez pas. Le législateur même se présente à vous , et vous ne le voyez pns (1). Ne pensez pas, dit saint Hilaire , qu'il en vienne un autre après lui; ou qu'il vienne encore une autre fois pour vous apporter une loi nouvelle. Nous l'adorerons dans le lieu où il arrête ses pas (2). La loi est passée, la prophétie est fermée, Jésus-Cbrist en est la fin. Il n'y a plus lieu à changement. 11 faut s'arrêter éternellement où le Seigneur s'est arrêté, après que la loi et les prophètes ont fini leur cours (3). La prédication a maintenant le sien par le ministère des apôtres, qui sont signifiés par les pieds , comme nous l'avons souvent remarqué; mais enfin il faut s'arrêter à l'Évangile. Jésus Christ est le grand commandement et le précepte des préceptes, dit saint Ambroise (4) , comme il est le Saint des saints. Sa vie est une loi, son exemple est une loi , sa parole est une loi , sur laquelle nous devons nous régler, parce que c'est sur elle que nous devons être jugés (5).
(1) Sempitcrna nobis cl ultima lex Chrislus datus est,etteslamentum fidèle, post qnœ non lex nlla, non mandatum, non praeceplum sequetur.-.Hanc ipsam legcm sprovistis vos et vilipendistis illud novuni Testamentum ejus sanctissimum. Adhuc aurcs vestrœ obturatre sunt, oculi c(ecali , cor crassius redditum, sicut cla.nat Jeremias, ac ne sic quidem auditis. Prœstô est legislator, et non videtis. S. Justinus , in Dialogo cum Tryphonc
(2) Adorabimns in loco ubi sleterunt pedes ejus. S. Btlarïus, in Psal.m.
(3) Lex prtœcriit, prophetia clausaest, finis eornm Chrislus i »t •. demutallonU alteriui nullua locui est : in hoc in «termun siandum c»t, nbi jam decursu legii et prophelarum Dominus insistit. Discurrit quidem per apo»lolospr»dicatlo, qnos frequenlcr per pedes significatos meminimns, sed in Evangelils consistilur.
(4) S. Ambrosius, serin. 5. in Psal. 118.
• ont '[ i " 1 De! Filins Bommus Jésus Christus, qui est via, . Lex est, et lub exempta ml fiert l iv.:. in scriplu luandavit. f'icturCar, l. de Pamif* c, 21,
20 t'HOMME D'OIWISOÎi