I. CONSIDÉRATION
Sentiment de saint Jugmtln*
Nous disons que Jésus-Christ viendra juger les vivants et les morts; et Jésus-Christ dit : Je ne juge personne. Notre confession est-elle donc contraire à sa parole (1) ? nullement. Je ne juge personne, c'est-à-dire à présent, pendant ma vie mortelie, comme quand il dit en un autre lieu : Je ne suis pas venu pour juger le monde , mais pour le sauver; il ne renonce pas au droit qu'il a de juger le monde, mais il diffère le jugement. Qu'il ne reste donc plus dans notre esprit le moindre doute sur la qualité de juge que nous croyons et confessons appartenir à Jésus-Christ. Jésus-Christ vient premièrement pour sauver , et puis pour juger, en condamnant ceux qui n'ont pae voulu se sauver , et conduisant à la vie éternelle ceux qui ont cru, et n'ont pas rejeté leur salut (2).
1 >os dicimus venturnm Judicem vivorum et mortuonim : i|„.:':,utnn«licit: Ego non judicu quemquam. Ergô quandô isla confilemur, contra Dominum loquimur ? S. Aug. tract. 36. m Joannem, post initium.
(2) Nonjndico quemquam, i<l est modo ; licut dicit alio 1 ggo non veniul judimn mund.im, sed Bl salvum faciam nmnduui ; ûou judicium lUttn uegaudo^cd diffcrcodo. Kulluj,
176 L'HOMME D'ORMSON.
II est donc venu la première fois comme médecin, et non pas comme juge ; car s'il fût venu la première fois pour exercer la qualité de juge, il n'eût trouvé personne à qui il eût pu donner une juste récompense. C'est pourquoi ne voyant que des pécheurs, et ne trouvant absolument personne qui fût exempt de la mort du péché, il fallait premièrement qu'il exerçât sa miséricorde, et puis après sa justice, car c'est l'ordre que garde le Psalmiste parlant de lui : Je bénirai, Seigneur, votre miséricorde et votre justice* Il ne dit pas, votre justice et votre miséricorde, car si la justice eût eu la prévention, il n'y eût point eu de miséricorde pour nous (1).