II. CONSIDÉRATION
Il ne se contente pas de les couvrir de confusion, il y ajoute la douleur, et pour la leur faire sentir avec plus de force, il choisit le plus violent de tous les éléments pour instrument de leur supplice. Les plus sévères juges d'entre les hommes ne punissent du feu que les crimes les plus énormes ; ils n'y condamnent que les plus abominables pécheurs, comme les sorciers, les magiciens, les parricides et les athées. Mais le Fils de Dieu l'emploie pour punir ses plus fidèles serviteurs, s'il les trouve coupables, non de crimes énormes, mais des moindres imperfections, des fautes subreptices, où la faiblesse humaine fus engage ; car enfin le feu du purgatoire, comme dit Caesarius, ne purifie que les pëcfiés véniels (2). Le ciel est établi pour récompenser les bonnes œuvres; l'enfer, pour venger les péchés mortels; le purgatoire, pour puoir les péchés véniels. Ceux qui n'ont rien à expier après la mort sont reçus dans le ciel sans passer par le feu : or, s'ils y passent, ils n'en sentent point l'ardeur. Ceux qui meurent dans le péc'aé mortel , ne doivent attendre que le feu éternel de l'enfer : le purgatoire est un lieu destiné pour purger ceux qui ont des péchés véniels, et pour les purifier par un feu temporel qui doit finir avant le jugement dernier, comme dit le concile de Florence (3).
(1) Ecce sic exigere habet ab homine rationem , qui se ipsum pro homine dédit, et confixus clavis, legis morti se junxit^
S. Aug. I. quinquaginta ho mil. homil. 16.
(2) lilo enim transitorio igné, non capitalia, sed minima peccata purgantur. Cœsarius Arelat. tom. 2. Bibliolh. PP. pag. 156.
(3) Locus médius habentium peccal^ vçnialia. Conçil. Florent, in litleris unionts*
Jésus-Christ est l'unique fondement sur lequel il fauj bâtir l'édifice du salut : si vous ne bâtissez que de l'or, de l'argent et des pierres précieuses, vous n'avez rien à craindre, le feu n'y touche point; mais si vous y mêlez le bois et la paille, que fera-t-on de vous, dit Origène (1) , quand votre âme sera séparée du corps? Yo'jlez-vous entrer dans le sanctuaire avec votre bois^votre paille et votre foin, pour souiller le royaume de Dieu ? il n'y a point d'apparence. Vos bonnes œuvres, et vos vertus plus précieuses que l'or, seront-elles sans récompense ? il ne serait pas juste. Que resle-t-il donc, sinon qu'on brûle premièrement le bois et la paille , avant que d'accepter l'or^t l'argent comme le prix de la couronne (2) P Voilà le traitement que nous devons tous attendre, Il faut que nos injustices les plus légères soient punies 4 la rigueur, avant que nos bonnes œuvres soient couronnées. Les plus fidèles serviteurs de Jésus Christ ne seront pas plus privilégiés que les autres, s'ils se trouvent encore redevables à sa justice : ils passent par un fleuve de feu, et à travers des vagues effroyables d'une mer de flammes ; ils y demeureront autant de temps qu'ils auront de péchés à expier. Celle flamme discrète tirera vengeance d'un homme avec autant de rigueur que sa faute le méritera; et la punition pleine de sagesse se fera sentir à proportion que la m ilice indiscrète du coupable lui en aura donné sujet (3).
(1) Origenes, homil* 12. in Jcrcmià.
(2; Primùm quippè proptcr injuslitias tormenla perpclimur, dtlndi proptcr justitiam coronamur.
(3y Per fluvium igneum et vada fcrvcntibtis globis borrcnda Iransibunt. Quanta fucrit peccati maUiia , tanta et |iertranieuod| umr.ï. nn.ïiitiiiii exegerit cuipa , laotiiiB sibi ex domina vlndt* cnbit quedain flamma ntionabilii disciplina : elqaantbin ilulu ini'jiiilas snggesserit, tantùra sapiens pu na des;evict. S. Aug.% 60. hum. hum. lu.