‹ L'homme d'oraison (volume 3)Chapitre 105 sur 164 · I. CONSIDÉRATION · texte numérisé non relu

I. CONSIDÉRATION

La puissance du Fils de Dieu sur tous les êtres créés est une puissance infinie, qui a trois caractères d'excellence admirables. Elle est souverainement indépendante et absolue , souverainement agissante, souverainement vaste dans son étendue (1), comme dit saint Bernardin. Ce que j'admire premièrement dans la puissance du Fils de Dieu , c'est qu'elle est souverainement indépendante et absolue (2). Car il peut faire

(1) Libéra in ultimo libertatis, fortis in ultimo fortitudinisj «mplain ultimo amplitudinis. S* Bernardinus, tom. i.serm. 2.

(2) Libéra in ultimo libertatis Ibid.

tout ce qu'il veut, sans que personne l'en puisse empêcher, ni apporter aucun retardement à ses desseins. Seigneur, il faut que tout esprit vous adore, et que toute grandeur confesse avec respect qu'il n'y a point de puissance semblable à la vôtre (1). Je ne vois rien dans le monde qui ne dépende de vous en ses pouvoirs aussi bien que dans son être. Par vous toute la nature est en action. Il n'y a créature qui ne travaille, puissance qui n'agisse, partie qui ne soit en mouvement ; mais si vous retiriez seulement la main , tous les ressorts de celte grande machine seraient en un moment démontés : le mouvement des cieux s'arrêterait; le cours du soleil demeurerait suspendu ; la terre serait tout engourdie, la mer glacée, les fleuves immobiles, les poissons attachés sous les eaux, les oiseaux fixés dans l'air, les animaux plantés comme des arbres sans pouvoir changer de place, les hommes insensibles comme des statues, toutes les créatures interdites, sans vie, sans force, sans opération et sans vertu, tant elles sont dépendantes de vous. Mais pour vous, vous êtes absolu dans vos pouvoirs; vous faites tout ce que vous voulez, rien ne vous peut résister. Rien n'est impossible à Dieu que ce qu'il ne veut pas, dit Tertullien (2); ou, pour parler plus nettement, son pouvoir est égal à son vouloir; et s'il ne veut pas faire (out ce qu'il peut, il peut néanmoins faire tout ce qu'il veut, C'est pourquoi saint Anselme avait raison de dire que la propre volonté ne convient qu'à Dieu, comme il n'appartient qu'aux rois de porter la couronne (3). Ce n'est pas la volonté des rois qui leur donne le droit de porter ia couronne ; leur sagesse est de ne vouloir

1(1) In ditione enim tuà cuncta sunt posita , et non est qui posit tiicc resistere voluntati. Estheris, 3. 9. (2) Deo nihil impossibileest, nisi quod non vult. TerLLde )arne Chris //, c. 3.

(3) Sicutcorona soli régi competit j sic voluntas propria, soli >co. S. JnselmuS) lib* SimiliU c. 3.

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que ce qu'ils peuvent, mais leur pouvoir n'est [.as dç faire tout <c?b qu'ils veulent : c'est un droit qui n'appar* tient qu'à Dieu, et à Jégue-CkrUt son Fils unique, dont toutes les volontés, en tant que Dieu, sont des volontés couronnées qtii se fon«, obéir absolument , parce que, Somme dit Théodoret (1) , sa volonté est une même Chose avec sa puissance , comme sa puissance est une même chose avec son être : il n^opartient qxi'à Dieu de porter le sceptre, de la toute-puissance , parce qu'à son égard c'est une même chose d'être et de savoir, de pouvoir et de vivre, de faire et de vouloir, dit Cassiodore (2) ; nous donnons à Dieu seul un pouvoir plein et parrLit, parce qu'il lui est aussi naturel de pouvoir que de vouloir, et de vouloir que de pouvoir (3), Quant à la très-sainte humanité , dit saint Thomas , quoiqu'on ne puisse pas dire qu'elle soit proprement toute-puissante, il ast vrai néanmoins qu'elle peut faire tout ce qu'elle /eut, non par sa propre force, mais par la vertu divine, comme instrument de la Divinité (4). On peut encore ajouter que Jésus Christ, en tant qu'homme, est tout-puissant par communication d'idiomes, à raison de sa personne divine : et c'est ainsi qu'il faut 'entendre ce que dit Nicétas, v que la sainte » humanité de Jésus-Christ a été déifiée par l'union » hypostatique , et sans changer de nature a re<.*u d'ex- » cellentes et magnifiques qualités de la Divinité, par » lesquelles elle donne la vie, elle est toute-puissante

(1) Theodoreius, serm. 4. contra Gentiles.

(2) Solus omnipolens Deus est, cui hoc est esse quod sapere| hoc est posse quod vivere , hoc est velle quod facere. Cassiot l. de Anima , c. 9.

'3) Proplereà in illo digne plena potestas creditur , cui lai *um posse quantum velle, et tantiim velle quantum posse n; turaliter suffragatur. S. Fulg. t. t. ad Monimum, e. 22.

(4) Quïdquid voluit Christus, quod faciendum erat divinà vil tuie , potuit facere , ut instrumenlum Deitatis. & Thum. 3./?. t3. a. 4. Vide ibi Vasquem, disp. 57. et 53,

» et elle sait toutes choses (1). » C'est dans le même sens que la glose ordinaire, sur ces paroles de l'ange prises du chapitre premier de saint Luc : Il sera grand (2), dit que l'ange ne parle que de l'avenir, non que le Fils de Dieu ne fut grand avant l'incarnation , mais parce que l'homme devait recevoir dans le temps la puissance que le Verbe avait par le droit de sa naissance éternelle, parce que Dieu et l'homme ne devaient être qu'une même personne (3). Et saint Jean Damascène, parlant de cette adorable humanité, s'en explique en ces termes : Elle n'était pas, à la vérité, toute-puissante par sa propre nature , mais en tant qu'elle était véritablement et effectivement unie au Verbe , il n'y avait rien aussi qui ne fût en sa puissance (4). Il veut dire qu'elle pouvait faire toutes sortes de miracles en qualité d'instrument conjoint à la Divinité, non-seulement en priant, mais encore en commandant.

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