‹ L'homme d'oraison (volume 3)Chapitre 106 sur 164 · II. CONSIDÉRATION · texte numérisé non relu

II. CONSIDÉRATION

D'où suit la seconde prérogative de la puissance du Fils de Dieu, qui consiste dans sa force (5) ; car il fait tout avec une admirable facilité. On dit qu'un certain Amphion bâtit la ville de Thèbes en chantant et

(1) Humanitas quse per conjunctionem in unà eàdemque personâ assumpta est, ex ipsàconjunctione , et communicalione effecta divina est, statimque ab huraanae natureeterminis non rececedens, excellentes et magnificas Divinitatis dotes accepit , ut et vitara tribueret, etlesset omnipolens, et omnia cerneret. Nice-' tas, l. 3. Thess.c. 38. 5.

(2) Hic erit magnus. Luc, 1.

(3) Quia potentiam quam Filius Dei naturaliter habebat, homo ex tempore erat accepturus, ut una sit persona homo et Deus.

(4) Ac per naturam quidem haudquaquàm omnipotens erat, ut autem Dei Verbura verè ac naturaliter effecta, nihil non quoque ipsa poterat. S. Joan. Damascen, l. 3. de fide^ c, 8.

(5) Fortis in uKimo fortitudinis.

mariant sa voix avec l'harmonie des instruments, el que les pierres et toutes les pièces de son ouvrage s'assemblaient à la cadence, sans qu'il eût besoin d'ouvriers. Cette invention fabuleuse nous laisse une agréable idée de la vérité que je représente, car l'Écriture nous assure que la sagesse incréée a bâti le monde en se jouant (1). Le ciel ne lui a pas plus coûté qu'un grain de sable , ni le premier séraphin que le plus petit moucheron, ni tout le monde qu'un atome. Que s'il est question des merveilles que la sagesse incarnée à opérées au-dessus de toutes les lois de la nature , nous trouvons dans l'Évangile qu'un mot de sa bouche, un signe de sa main , un bout de sa robe touché avec Toi , suffisait pour chasser les démons, guérir les malades, et ressusciter les morts. Au reste, cette facilité ne nuit point à i'exceilenoe de ses ouvrages : comme ses desseins sont sans repentir, aussi ses ouvrages sont sans défaut. Il est bien plus aisé de faire de beaux projets que de les exécuter. Les plus spécieux en idée se trouvent souvent les plus défectueux, quand on en vient à l'effet, soit parce que l'esprit de l'homme va plus loin que sa main, soit parce que n'étant ^s maître des événements et des succès, il ne faut qu'un accident imprévu pour rompre toutes ses mesures, et rendre ses entreprises inutiles. En vain le pilote sait manier îe gouvernail, si les vents lui sont contraires; en vain le laboureur sait cultiver la terre : si îe ciel ne lui est favorable, en une nuit il ruinera toutes ses espérances; en vain un général sait l'art de commander : si la fortune n'est à ses gages, un hasard est capable de sécher tous ses lauriers. Il n'en est pas ainsi de l'Homme* Dieu, sa puissance n'est pas moindre dans l'exécution que sa sagesse dans ses projets. Il n'est pas besoin qu'il fasse des coups d'essai, comme ces architectes, qui font leurs modèles sur une matière capable de repen-

(1) Et delectabar per singulos dics ludens coràm illo , ludens in orbe terrarum.

tir, de peur de faire des fautes qui soient éternelles» Toutes ses œuvres sont parfaites, et quoi qu'il entreprenne, quoi qu'il fasse, ce sont toujours des coups de maître : // a bien fait toutes choses; il a fait entendre les sourds et parler les mue (s (1).

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