‹ L'homme d'oraison (volume 3)Chapitre 11 sur 164 · II. CONSIDÉRATION · texte numérisé non relu

II. CONSIDÉRATION

La raison essentielle de l'amour qu'il lui porte , est cette ressemblance parfaite qui est entre eux , et qui passe jusqu'à l'unité, c'est-cà-dire qui les unit en unité d'essence : Moi et mon Père nous sommes un (2). Ce qui a fait dire à saint Ambroise , que Jésus-Christ seul est la parfaite image de Dieu, parce qu'il exprime pleinement en soi l'unité de la clarté du Père (3) , qui l'engendre comme Dieu de Dieu et lumière de lumière : Il est la splendeur de la lumière éternelle, le miroir sans tache de la majesté de Dieu, et l'image de sa bonté. Que ces paroles du Sage contiennent de grandes choses ! dit le même Père dans un autre lieu (4). Il est la splendeur de la lumière éternelle, parce que la clarté de la lumière du Père est dans le Fils. 11 est le miroir sans tache , parce qu'on voit le Père dans le Fils avec tout l'éclat de sa majesté et de sa grandeur; il est l'image de sa bonté , parce que c'est dans le Fils qu'on voit toute la vertu et la sainteté du Père. L'Apôtre dit qu'il est l'image de Dieu invisible, le premier-né de toutes les créatures. Il ne dit pas le premier créé , mais le ]>remier-néf,- pour donner à connaître qu'il est le Fils )ar nature, et le premier par son éternité (5). L'apôtre dit encore que le Père éternel l'a établi son héritier universel , qu'il a créé toutes choses par lui, qu'il est l'éclat de sa gloire, le caractère et la figure de

(1) S. Greg. Naz. hymn. de Christ.

(2) Ego et Pater unum sumus.

(3) Solus Christusest plena imago Dei, propter expressa in se paternaeclaritatis unitatem. S. Ambi\ U 10. in Luc. c. 22.

(4) S. Ambr. LX.de fide, c. 4.

(5) Primogenitus, non primo creatus, ut et genilus pro na« turâ, et primus pro perpetuilate credatiir. Ibidem.

sa substance. L'image montre qu'il n'est en rien dissemblable au Père ; le caractère marque qu'il est une parfaite expif ssion de sa substance ; la splendeur, qu'il est éternel. Ce n'est donc pas une image de quelque visage sensible et corporel, une image peinte , embellie de diverses couleurs : c'est l'image de Dieu simple et naïve; c'est l'image que le Père produit, qui procède du Père comme de sa source , et qui représente admirablement son principe (t). Toutes les créatures portent quelques traits de ses perfections ; mais il n'y a que Jésus-Christ, que cette image incréée , qui égale la beauté de son original. Cette image est la vérité même, la justice même , la force de Dieu même. Image non muette , car c'est le Verbe ; non insensible , car c'est la sagesse incréée ; non vaine , car c'est la force du Tout-Puissant; non vide , car c'est sa vie ; non morte , car elle ressuscite les morts (2). C'est cette excellente image que Dieu nous a préparée et destinée, avant tous les siècles, pour être un jour dans le ciel l'objet de notre béatitude , capable de nous rendre tous heureux de sa claire vue , et pour être dès maintenant ici-bas l'objet de notre contemplation , afin que nous l'ayons toujours présente, comme le Père éternel , qui la contemple sans cesse , et que nous voyions tout comme lui, non par égalité , mais par proportion, dans ce beau miroir, d'un regard amoureux , fortement appliqué , et jamais distrait , s'il est possible (3).

(1) Imago docet non esse dissimilem, caracter expressum esse sî£nificat, splendor signât œternum. Imago itaque non vultus corporalis est , non fucis composiia, non ceris , sed simplex de Deo, expressa de Pâtre, egressa de fonte. S» Ambr. L 1. de fide, c, 4.

(2) Imago ista verilas est ; imago ista justitia est; imago ista Dei virtus est : non muta, quia Verbum est; non insensibilis, quia sapientia est ; non inanis , quia virtus est; non vacua , quia viU est; non mortua, quia resurrectioest. Ibidem.

(3) Oculi mei semper ad Pominum.

LECTURES SPIRITUELiES. 23

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