I. CONSIDÉRATION
C'est la faiblesse de l'homme d'avoir beaucoup de désirs , et de pouvoir fort peu de choses. C'est le malheur d'un pécheur de n'employer sa puissance qu'à malfaire. C'est l'avantage du juste d'avoir un Dieu lout-puissant ,etde pouvoir tout en lui. C'est la grandeur du Fils de Dieu de pouvoir tout ce qu'il veut , et de ne vouloir que le bien. De là vient que la toutepuissance , qui est le sceptre de son empire, est aussi l'assurance du juste et la terreur des pécheurs. Je sais que ni l'un ni l'autre ne peut être intrépide , s'il considère la faiblesse de ses propres forces , et les misères qui l'environnent. L'esprit de l'homme est plein de ténèbres; son cœur, de vices; son corps, de pourriture ; sa fortune , de changements ; sa vie, de hasards ; sa mort, de deuil et de larmes. Mais parmi toutes ces disgrâces , l'homme de bien a cet avantage sur Je pécheur , qu'il regarde la toute-puissance divine
comme l'appui de son courage , et le port où il est en assurance : le pécheur, au contraire, le fuit comme l'objet de sa crainte , et recueil où il se perd par un malheureux naufrage. Car comme il n'y a rien qui relève avec tant d'éclat la puissance de Jésus-Christ , que de pouvoir rendre ses bons serviteurs tout-puissants ; aussi il n'y a rien qui anime tant le cœur de l'homme, que la gloire qu'il a d'être, pour ainsi dire, associé à la toute-puissance de son roi , et de pouvoir dire, comme saint Paul : Jepuis tout en celai qui me fortifie ; ou comme porte le texte grec : Je puis tout en Jésus- Christ (1). Pourquoi toutes choses ne seraient-elles pas possibles à qui s'appuie sur celui qui peut tout absolument ? 0 que cette parole marque de confiance : Je puis tout en celui qui me fortifie ! Rien ne fait tant éclater la toute-puissance du Verbe, que l'avantage qu'il a de rendre tout-puissants ceux qui se confient en lui.