II. CONSIDÉRATION
En effet la beauté du Fils de Dieu ne diminue rien du
et in illius superioris naturse supervola dignitatem, et videbis quidquid majus est, minus Virgine, solumque opificem opus istud supergredi. Pet rus Dam, serm. in Navit. B.. Firg.
(1) Nullissublimitatibtis modum suae provectionisbabitura, nisi •«terni Palris recepta consessu, illius gloriœ sociaretur in throno, cujus nalurœ copulabatur in fîlio. S. Léo, serm* 1. de Ascensione*
(2) Praeparabitur in misericordiâ solium (Agno Dominatori terrse), et sedebit super illud in veritate. Is. 61.
(3) Solium glorise altiludinis ab initio,locus sanctificationis noslrœ : exspectatio Israël, Domine. Jerem. c.\7.
336 l'homme d'orajson.
respect qui est du à sa grandeur, mais elle y ajoute, au contraire, un attrait d'amour et de douceur inexplicable. Car cet aimable Sauveur est l'ouvragedu Saint Esprit formé dans le sein de la bienheureuseTierge avec toute la perfection et la délicatesse de l'art divin, cl sa beauté ne vient pas seulement de l'union de son corps avec la plus belle et la plus sainte âme qui fut jamais , mais encore avec la Divinité , d'où il emprunte ses plus rares ornements; ce qui a fait dire à saint Jérôme , que celui qui est né d'une vierge, qui est vierge par excellence, et qui est né de Dieu même, est le plus beau de tous les hommes (1). Quelques théologiens ont cru que l'ange qui gouverne le soleil , et qui réside dans ce globe si lumineux, lui imprime ses brillants rayons qui ^environnent , et qui font sa couronne et sa beauté. Si un esprit créé peut produire un si bel effet ,que sera-ce de cet être incréé qui gouverne U soleil de justice , et qui en est comme le chef (2) ? S'il a donné tant de charmes à de simples créatures , comme ditsaint Bernard, qu'aura-t-il épargné pour p^rer et embellir son propre corps? car enfin le corps de Jésus-Christ n'est pas seulement le corps dun homme, mais de Dieu même, qui ne s'est pas tellement caché sous le nuage de son humanité, qu'il ne Tait rendue également éclatante des rayons de sa puissance et de sa beauté. S'il est question de sa puissance, voyez comme il remet les péchés , comme il rend la santé aux malades, comme il donne la chasse aux démons, comme il ressuscite les morts v3). Autant de miracles qui sortent de ses mains , sont autant de joyaux qui brillentdans ses doigts durant tout le cours de sa vie. Sa beauté est égale à son pouvoir , dit saint Chrysos-
(1) Universis pulchrior est Virgo de virgine, qui non ex sangainibus, sed ex Deo natus est. 5. Hieronym, epist. 106.
(2) CaputChristi Deus.
(3) Radiantper totam vitam gemmœ Deitatis. Remittuntur pcccata, conferuntur sanitates , fugantur dœmonia , redditur mortuis vita. S. Bern. in festo omn. Sanct. serm. I.
tome (l),et s'il est admirable par ies ouvrages de ses mains, il n'est pas moins aimable par les attraits de son visage : // est beau, dit le Prophète-Roi, par-dessm tous les hommes (2). Pourquoi ne dit-ii pas encore, pardessus tous les anges ? car il est certain qu'il les surpasse. C'est pour nous faire entendre que sa beauté est la beauté d'un homme ; mais néanmoins qu'il n'y a rien parmi les hommes qui l'égale. Quoiqu'il soit homme, dit saint Augustin, quoiqu'il soit de la race des hommes , quoiqu'il soit encore parmi les hommes, il est néanmoins plus beau que tous les hommes 3) : pourquoi? parce qu'il est Dieu, ce que ne sont pas les hommes.
Ajoutez que le Fils de Die j est venu dans le monde pour se faire aimer, et regagner l'empire des cœurs. De là vient qu'il a méprisé les richesses et les grandeurs de la terre , parce qu'il ne voulait pas être aimé par intérêt, et qu'il ne le pouvait pas être par la violence, ni par la crainte : mais il n'a pas rejeté la beauté, parce qu'il voulait être aimé pour l'amour de lui-même , à quoi la difformité eût été un grand obstacle , comme au contraire la beauté est le plus doux et le plus puissant charme des affections humaines. Aussi saint Jérôme rendant raison pourquoi les apôtres se donnaient à lui à la première semonce, dit que le seul éclat de îa divinité , qui reluisait sur son visage, était si doux et 3i majestueux , qu'il emportait les cœurs à la première vue (4); et saint Bernard remarque que la raison pour laquelle les peuples le suivaient avec tant de concours,
(1) S. Ckry$o$L hom, 18. imiïalth.
(2) Speciosus forma prœ filiis hominum.
(3) Etiam homo p*ee filiis hominum : etiam eX filiis hominura* piee film hominum : etiam intcr filios hominum prœ filiis hominum.
(4) Fulgor ipse et majcstas diùnitatis occultœ, quse etiam in humanà facie relucebat, ex primo ad se videntes trahere poterat aspectu. S. Hier. I. i. in Malth.
Noubt. (Sun Wil. 15
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était la douceur de ses discours, jointe à la beauté de son visage, qui les charmait par sa présence. Ils sortaient, dit-il, des villes et des bourgs pour suivre en foule celui qui travaillait sans cesse au salut de leurs âmes et A la guérison de leurs corps. Le plahsr qu'ils prenaient à le voir et à l'ouïr parler, les tenait comme enchaînés et liés à sa personne, si grande était la douceur de sa parole et la beauté de son visage.
Mais quelle merveille si sa présence était si délicieuse, vu que la seule pensée , le seul désir, ou la seule espérance de le voir, remplissait les prophètes de l'ancien Testament, dun incroyable contentement, et les ravissait en extase. Abraham en tressaillait de joie (1) ; les rois soupiraient après sa naissance; et Job, couché sur son fumier, n'avait point de remède plus propre que celui-ci pour adoucir l'amertume de kes douleurs: Je verrai de mes yeux mon Sauveur et mon Dieu : oui, de mes yeux (2) ? oui, moi-même, dans cette chair qui est toute couverte de plaies , et non pas dans une autre (3).
Que sera-ce donc de le voir un jour dans îa plénitude de sa gloire , où il déploie tous les charmes de sa beauté , ayant quitté le voile de la moralité dont il la couvrait durant sa vie passible , pour en modérer Téclat? Certes, les anges en furent si ravis, quand ils le virent monter au ciel, qu'ils s'écrièrent par un amoureux transport, que toute la beauté du Seigneur avait été enlevée de la terre , pour être placée au-dessus des cieux (4). Et véritablement l'on peut dire que Jésus-Christ est un raccourci de toutes les beautés; qu'il enferme toutes les beautés incréées dans sa personne
(!) Exsultavit ut videret dicm meum ; vidit et gavisus est. Joan. 8.
(2) Et in camemeà videbo Deum salvatorem meura. Job. 19.
(3) Quem visurus sum ipse, et non alius , et oculi mei consrpecturi sunt.
(4) Omnispulchritudo Domini exaltata est super sidéra.
LECTURES SPÏMTtJEUES. 338
divine , toutes les beautés spirituelles dans son âme » a£ toutes les beautés visibles dans son corps.
Et si cela est, ne faudrait-il pas que ce beau visage , qui est le siège de toutes les beautés, fût aussi le seul objet de tous les cœurs ? 11 Test sans doute de tous les bienheureux : et c'est pour cela que Dieu l'a revêîu de tant de charmes , pour en faire l'objet de !a félicité de leurs sens, comme sa bonté est l'objet de la béatitude de leurs esprits.
H. CONSIDÉRATION
Cette bonté infinie jointe à sa souveraine beauté fait une admirable impression sur leurs cœurs , soit par le souvenir de ce qu'il a fait pour eux durant sa vie mortelle; soit par la vue de ses plaies glorieuses , qui gont des marques sensibles de son amour; soit par les tendresses d'affection qu'il leur témoigne , et par les caresses qu'il leur fait. Jamais personne, dit Richard de Saint-Victor, n'a travaillé comme lui ; car il n'y a point de douleur pareille à la sienne. Mais selon la multitude de ses douleurs, les consolations éternelles réjouissent les saints, qui sont ses membres; ses douleurs extrêmes leur causent une extrême joie ; son travail excessif leur donne un repos perpétue! . et sa mort très-amère leur fait goûter les douceurs éternelles de la vie (1). C'est par ces raisons qu'ils l'aiment d'un amour incomparable, et qu'ils ressentent une joie incroyable en l'aimant. Car ils possèdent celui qr/ils aiment, ils le connaissent , et le voient cki-
(1) Nullus unquàm sicut ille laborabit, quia non fuit dolor sieut dolor ejus. Sed secundùm multitudinem dolorum ejus, consoîaliones œternye lsetificant memhia ejus, quia magni dolores îpsius magna gaudia confe.unt membns ejus , magnus labor per» petuam requiem, et amara mors semuiternam vitce dulcediuem. Rien. Victor* c. 10. in Cantica.
rement, et tout cela ensemble, c'est la vie éternelle (1). Se reposer en lui c'esl jouir de lui , et Jouir de lui c'est le posséder. L'aimer c'est le connaître, car l'amour est une notice expérimentale; et le connaître c'est le voir, et tout cela ensemble, la vue, l'amour, la jouissance et le repos , c'est la vie éternelle et bienheureuse.
Mais qui peut dire, poursuit cet excellent docteur , l'amour réciproque que ce roi de gloire leur porte , et la joie qu'il a du bonheur de ceux qu'il a rachetés avec le prix de sou sang, qui est si précieux? Cet amour redouble le leur d'une manière inconcevable ; et se yoyant aimés si tendrement, ils voudraient toujours aimer davantage une si grande bonté. Mais quelques efforts qu'ils fassent, leur amour, comparé à celui qu'il a pour eux, n'est qu'une petite bluetle en com faraison d'un grand embrasement. L'amour qu'il leu portait durant sa passion était si grand , qu'il était Capable de lui ôter le sentiment de ses douleurs , mais il ne le permit pas expressément , pour faire voir com bien il les aimait. Leur salut lui était si cher, qu'i comptait pour rien l'excès de ses tourments ; et tout c< qu'il endurait pour eux lui paraissait si peu , qu'il le< regardait tous, non pas tant comme des captifs qu'i avait rachetés , que comme des amis que son Père lu avait donnés : Mon Père , je désire que ceux que vou m'aviez donnés , soient avec moi là où je suis (2). Si don son amour a été si grand pendant son exil , il ne reçoi| point non plus de comparaison maintenant qu'il e dans son royaume (3) ; et s'il les a aimés plus que s vie, mourant pour eux sur la croix, il les aime encor
(1) Pro his incomparabililer eum amant, et in amore gaudenj Hibent enim quem amant ; agnoscunt et vident quod totui vita aeteima est. Rich. fict. c. 10. in Cant,
(2) Pater quos dedisti mihi , voîo ut ubi ego sum , et illi sii mecum. Joan. 17.
(3) Qui ergô tantùm eos dilexit in exsilio , incomparabililj çuoque diligit in regno.
infiniment plus qu'ils ne l'aiment, maintenant qu'il ègne sur le trône de la gloire.