II. CONSIDÉRATION
Si cette onction est admirable dans son principe , elle ne Test pas moins en elle-même. Car, comme dit saint Jérôme, ce parfum spirituel, qu'on appelle l'huile de joie , avec laquelle le Sauveur a été sacré , surpasse infiniment tous les autres parfums. Aussi le Prophète- Roi lui dit : O Dieu, votre Dieu vous a oint d'une huile de joie par-dessus tous ceux qui participent à votre yloire (2). Le sacre des autres, dit saint Cyrille , est fort superficiel, mais celui-ci est substantiel ; les autres ne reçoivent que l'odeur du parfum, mais Jésus- Christ en reçoit la substance \ les autres ne reçoivent qu'une partie de l'onction , mais Jésus-Christ ia reçoit tout entière ; les autres ne sont sacrés que pour un temps, leur sacerdoce ne dure pas plus que leur vie; mais Jésus-Christ est le Père éternel , sa dignité est infinie dans son excellence, et immortelle dans sa durée (3). C'est pourquoi, à proprement parler,
(1) Non ut propheta, unctione unctus est, sed totius unguenti prœsentià^ut homoquidem fiât quod ungit, et Deus, quod ungitur, non transmutatione naturae, sed unionesecundùm hypostasim. Idem enim erat ungens, et qui ungebalur, ut Deus ungens seipsum hominem. S. Damasc, /. 3. de fide , c. 15,
(2) Super omnia unguentorum gênera est unguentum spirituale , quod voualuroleum exsultationis, quoungitur Salvator, et dicitur ad eum : Proptereà unxit te Deus , Deus tuus , oleo exsultationis prae participibus tuis. S. Hieronymus , l. 2. in Habac, c. 3. ad illud 4 Egressus" es in salutem.
(3) Proindè solus Dominus propriè unctus est, qui totusex toto, et non ex gratià, sed ex unctione personali, et in sempite/num unctus est. S. Cyriitus, l. de S. Triait, c. 22.
il n'y a que Jésas-Christ, qui soit l'oint du Seigneur , parce qu'il n'y a que lui dont l'onction soit totale, essentielle et éternelle (1). Son onction, dit saint Grégoire de Nazianze, esMa divinité même, qui sanctifie et qui consacre sa sainte humanité en s'unissant à elle d'une si étroite et si intime union, que Dieu, qui consacre l'homme, est véritablement homme, et l'homme qu'il consacre, est véritablement Dieu (2). Le prince des apôtres dit que Dieu l'a oint du Saint-Esprit : Dieu, ditil , a fait entendre sa parole aux enfants d'Israël, en leur annonçant la paix par Jésu$-C hrist , qui est le Seigneur de toutes choses» Fous avez ouï parler de ce qui est arrivé dans toute la Judéz : comment Dieu l'a oint du Saint" Esprit , et de vertu, et de quelle sorte il a passé faisant du bien partout , et guérissant tous ceux qui étaient sous la puissance du diable, parce que Dieu était avec lui (3)* Sur quoi saint Grégoire de Nysse assure que l'Écriture sainte appelle le Saint-Esprit l'onction du Fils unique, pour nous apprendre qu'il règne avec lui ,« qu'il est égal à lui, et qu'ils jouissent de la même gloire dans une inséparable unité (4); maïs il faut ajouter que l'onction du souverain pontife de nos âmes est appropriée au Saint-Esprit , quoiqu'elle soit commune aux trois divines personnes , parce que c'est le chef-d'œuvre d'une bonté inânh* , qui lui convient parattribution,
(1) Solus Emmanuel ità est Christus, ut Verbum quoque sit Deus. S» Cyrillus , episL ad Monachos /Egypti»
(2J Christus prupter divinitaiem. Ea enim humanitatis unctio est, non operalionc , ut in aliis christis , sed totius unguenti praesentià, cujtis fcic effeclus est, ut id quod ungit, homo vocetur, et id quod ungitur^ Dtus liât. S. Greg. Nazianz. orat. 36. in fine,
(3) Verbum misit Deus filiis Israël , annuntians pacem per Jesum Chrislum. Hic est omnium Dommus. Vos scitis quod factum est Verbum per uoiversam Judeeam , quomodô unxit eum Deus Spiritu sancio et virt ite. AcU 10. 37 , 38.
(4) Ut nos doceremur, quod unigeniti Filii Dei gloriae ae regnj particeps etsociuswt Spirilus saactus. S, Greg» Nfssen. L de S, Triait, in fine.
comme la sagesse est attribuée au Fiïs , et la puissance , au Père éternel.
HT. CONSIDERATION
ÏI ne faut pas non plus omettre que Fonction du Saint- Esprit se prend quelquefois pour la grâce sanctifiante , qui consacre les justes; quelquefois pour la gloire, qui consacre les bienheureux; quelquefois même pour les dons gratuits du Saint-Esprit, qu'il communique à quelques particuliers par une faveur spéciale. De là vient qu'il y a plusieurs christs, c'est-à-dire, plusieurs oints du Seigneur, dont Dieu parle dans l'Écriture, lorsqu'il défend de les offenser : Ne touchez point mes christs (1) ; mais Jésus-Christ a trois grands avantages sur eux : le premier est qu'il a reçu ces trois sortes de grâces dans toute leur perfection ; le second , qu'il en a même reçu la source par l'union hypostatique, qui lui est propre; le troisième, que c'est de lui que tous les autres les reçoivent. Plusieurs christs, dit Origène, sont faits par un seul Christ, dont ils sont les imitateurs, se conformant à la ressemblance de celui qui est l'image de Dieu (2).
Ce qui nous oblige premièrement à une grande reconnaissance, et à un amour souverain envers Jésus- Christ, qui nous rend participants de son sacerdoce royal , par l'onction du Sainî-Esprit et de ses dons qu'il nojs confère au baptême. Car, comme dit l'auteur du livre de l'Esprit et de l'Ame , je ne puis autrement 1èreconnaître pour tous ces bienfaits, qu'en l'aimant uniquement', car on ne peut rendre une reconnaissance plus digne et plus convenable, pour un don qui est
(1) Nolite tangero christos meos. 1. Cor. 16. 22, (2; Fiiml \>+r unum Christum multi ehristi , illins imilalores, et transformai ad illius simililudioeca qui est imago Uei. 0 igenes , loin. l. in Joau.adilla vvrha j GraUa <* »*nias p#r Sab\im Chnsium.
fait par amour , que l'amour même (1). Secondement, cela même nous oblige à une grande perfection. Car saint Grégoire de Nysse (2) dit excellemment que la dignité de Christ est comme le premier anneau de cette grande chaîne des vertus et des perfections qui reluisent dans la personne du Fils de Dieu, et qui sont requises dans ses imitateurs, pour être à son exemple les oints du Seigneur. Eh! quelle Vertu ne doivent-ils point avoir pour remplir dignement ce nom, pour être, comme dit saint Macaire (3), consacrés pour jamais par la croix de Jésus-Christ, pour recevoir Vonction de ce bois de vie, et de cette plante céleste qui sacre les rois du ciel, qui fait les princes de l'éternité, et qui leur donne le droit d'entrer dans le palais céleste pour traiter familièrement avec Dieu , et porter leurs vœux et leurs requêtes dans le conclave de la très-sainte Trinité. Car encore, dit ce Père, qu'ils ne soient pas encore entrés dans une pleine possession de l'héritage, néanmoins ils en sont aussi assurés parle gage du Saint- Esprit qu'ils ont reçu, que s'ils portaient déjà la couronne et le sceptre du royaume (4).
(1) Prohis omnibus quid illi rependam non habeo, nisi tantùm ut diligam eura. Non enim meliùs nec decentiùs quàm per dilectionem rependi potest, quod per dileclionem datum est. Lib. de spirituel anima ,0. 17.
(2) S. Greg. Nyssenus, l. de Professione Christ, ad Harmonium*
(3) S. Macarius , hom. 17. initie
(4) Licèt enim integram hœreditatem nondùm adierint, certis- $imi taraen sunt ex arrhabone quem modo receperunt , ac si jam coronati essent, et regni clavum tenerent. Ibidem*
ENTRETIEN