‹ L'homme d'oraison (volume 3)Chapitre 29 sur 164 · FOUR LE SAMEDI DE LA SEMAINE DE PAQUË · texte numérisé non relu

FOUR LE SAMEDI DE LA SEMAINE DE PAQUË

De la qualité de iHomme-Dieu.

Que l'Homme-Dieu est le chef-d'œuvre de la magnifiante du créateur, et le dernier effort de son amour.

Elevata est magnificentia tua super cœlos.

Votre magnificence est élevée au-dessus des cieux. Psal. 8.

I CONSIDÉRATION

Dieu, qui est la souveraine bontés se communique en deux manières, dont l'une est nécessaire, et l'autre libre. Il se communique nécessairement à son Verbe, qu'il produit dans son sein par sa fécondité naturelle: c'est pourquoi sa communication est sans bornes et sans réserve; car il lui donne toutes ses perfections , son être et sa nature sans confusion de personnes. 11 se communique librement aux créatures qu'il produit hors de soi, par un amour plein de franchise, également exempt de nécessité et de contrainte. De là vient qu'il a ses bornes, et qu'il ne se donne qu'avec réserve ci par mesure : de sorte que les créatures sont comme les nombres entre lesquels on n'en peut donner un si grand, qu'on ne puisse toujours ajouter quelque chose par-dessus. Mais dans la production de l'Homme-Dieu, sa magnificence s^est surmontée elle même , et, se corn muniquant librement , elle n'a point gardé de mesure ni dans l'abaissement de sa divinité , ni dans l'éîéva- Hon de notre humanité, ni dans l'union personnelle de l'une et de l'autre.

60 l'homme d'orjt^n.

L'humiliation volontaire n'est pas considérable en de* personnes viles, mais elle est admirable dans les grands; et plus ils ont de grandeur, plus ils attirent d'admiration en s'abaissant. Or qui est plus grand que le Fils de Dieu, devant qui toutes les grandeurs du ciel et de la terre paraissent moins que des atomes? Car il est le Fils du Très-Haut, et par conséquent il est aussi le Très-Haut, comme son Père. On ne peut dire qu'il soit moins que lui , le soupçon en serait criminel. 11 lui est nécessairement égal en tout, puisqu'ils n'ont qu'une môme grandeur, non plus qu'une même essence (1) Quel est donc le pouvoir de l'amour divin , qui l'a abaissé jusqu'au néant? quel effort a-t-il dû taire pour le tirer de son trône ? Certainement c'est ce qui étonne les anges, et qui les jette dans le ravissement, voyant si bas au-dessous deux celui qu'ils adorent au-dessus de toutes choses, montant et descendant sur le Fils de l'homme, montant avec tremblement vers son infinie grandeur, et descendant avec un profond étonnement vers son anéantissement dans la chair (2) : anéantissement substantiel, anéantissement universel, anéantissement éternel. Anéantissement substantiel , qui regarde l'union personnelle de deux natures, dont l'une est tout , et l'autre n'est rien ; si bien qu'en s'alliant à la nature humaine , qui n'est rien en comparaison de la divine, il descend de i'inûni au fini, du tout au rien; infiniment grand dans la forme d'un Dieu, infiniment petit dans la forme d'un serviteur , comme dit excellemment saint Augustin (3). Anéantissement univer-

(1) lpse enim est Aliissimi Filius, ac proindè Altissimus ipse,. Neque enim fas est Dei Filium rîegenerem suspicari ; sed œqualis fateri necesse est altitudinis et ejusdem penitùs dignitatis. S. Ber/u %erm. 3. de Adventu.

(2) Stupent certè Angeli de novo , videntes iufrà se quem supra semper adorant, manifesté jam ascendentes et descendent* supra Filium hominis. Ibidem.

(3) Magnus in forma Dei, parvus in forma servi. S» Aug. senn* 27. De tem. allas 25.

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gel, car il épuise ia plénitude de tous ses Mens pour Sô charger de toutes nos misères; et s'il ne perd pas toute sa grandeur, il la couvre toute de nos faiblesses, dit saint Eucber (î). Anéantissement étante}, car son abaissement durera autant que sou amour; et comme j) sera toujours infirment grand, parce qifil sera toujours Dieu, aussi il sera toujours infiniment petit, parce qu'il sera toujours homme. 0 douceur! 6 faveur! ô force de l'amour! celui qui est par-dessus tout est devenu un d'enlre tous. Qui a fait cela? l'amour, qui ne tient point sa grandeur, mais qui est riche en bonté, puissant dans ses aQeclions, efficace dans ses persuasions (2). Que peut-on trouver jto plus violent que l'amour, qui triomphe de Dieu même? mais qu'y a-t-il de moins violent? ce n'est qu'amour. Quelle est, je vous prie, cette force si violente pour vaincre, et tellement vaincue par sa propre violence? Car enfin il s'est anéanti kii-meme, afin que vous sachiez que c'est l'amour quia aplani la hauteur, épanché la plénitude, associé la singularité (3). O que ie cœur est dur, qui n'est point touché de la bonté d'un Dieu qui s'est anéanti pour relever notre bassesse!

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