‹ L'homme d'oraison (volume 3)Chapitre 31 sur 164 · I. CONSIDÉRATION · texte numérisé non relu

I. CONSIDÉRATION

Jésus-Christ est notre médiateur en plusieurs manières différentes, prises de la doctrine des saints Pères,

Saint Cyrille (1) dit qu'il fait l'office de médiateur, marchant entre nous et nos ennemis invisibles, pour s'opposer à leur fureur, et nous défendre de leurs insultes, comme autrefois l'ange protecteur d'Israël se mit entre l'armée des Israélites el celle des Égyptiens , dans une colonne de feu et de nuée, d'où il lançait mille foudres et mille éclairs sur les ennemis de Dieu.

Lactance (2) dit qu'il s'est rendu médiateur entre Dieu el les hommes , pour les conduire à l'immortalité par son exemple. Car s'il eût été seulement Dieu, dit ce Père , il n'eût pu nous donner un exemple visible proportionné à nos sens, pour le suivre et l'imiter ; et s'il eût été seulement homme , son exemple n'eût pas

(1) .V. Cyrlll. I. 3. di' a<(orat.

(*) Lactant* 4. Insi. c. 25.

eu assez de force pour nous élever à Dieu , ni d'aulorité pour nous y obliger.

Anasfase le Sinaïte dit que Jésus-Christ est venu au monde en qualité de médiateur, au quatrième millénaire, qui est le milieu des siècles, comme le soleil parut dans le ciel, au quatrième jour de la création du monde v qui tenait le milieu entre les trois jours précédents et les trois autres suivants. C'est pourquoi , dii-il, cet astre fut en cela la figure du vrai soleil de justice, médiateur entre Dieu et les hommes, qui tient le milieu entre les choses visibles et invisibles , comme leur souverain dominateur; qui est aussi mitoyen entra le Père et le Saint-Esprit, dans Tordre des trois personnes divines, et la pierre angulaire au milieu des deux peuples Juif et Gentil ; et de plus , qui fut élevé en croix au milieu de deux larrons, et opéra le salut du monde au milieu de la terre , et sur le milieu du jour (1).

Mais, à parler proprement, il semble que le véritable office de notre divin Médiateur , est de moyenner notre paix et notre réconciliation avec Dieu , et de n#us obtenir le Saint-Esprit , qui d'ennemis nous fait enfants par une grâce si signalée, comme dit saint Augustin., que s'il en fallait parler aussi dignement que le sujet le mérite, le discours en serait trop long, et même impossible à un homme mortel (2).

Il suffira donc de voir le besoin que nous avions

(1) l'roptereà in eo fuit prœfiguraïus sol justitise , Mediator Dei et hominum, et médius Dominiu tàrn eorum quœ cadunl sub as*pectum , quàm eorum quae non cadunt, et médius Patris et Spiritûs sancti , et intermedius lapis angularis duorum populorura , cjuictiam in crucem fuit iïi altum sublatus in mcdio duorum latroruim, et fecit salutem in medio terrae, cùm esset médius dies.

(2) Quôd autem per Mediatorem r^conciliamur Deo , et accipimus Spiritum sancturo ., ut ex inimicls efficiamur filii, base est gratiaDei per Jesum Christum Dominum nostrum : de quo Madiatore lo^um est, ut Quanta dignum est , lanta dicantur quam- Vis ab b.»mtne digna dici non possint. S, August. in Enchirid* C. 33.

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d'un aussi excellent médiateur pour nous procurer la paix, et nous remettre bien avec Dieu. Car le plus malheureux effet du péché, est l'inimitié et l'hostilité Qu'il cause entre Dieu et le pécheur, dit le Seigneur, par une espèce de reproche plein de colère et d'indignation : Vos iniquités ont mis la division entre moi et vous (1). En effet, que peut produire le péché, sinon des ennemis de Dieu , des fugitifs et de misérables rebelles ? Que veulent dire ces paroles : Faites ce que Dieu défend , sinon, comme dit un ancien auteur parlant à l'empereur Constance pour la défense de saint Alhanase : Soyez ennemis de Dieu, rendez-vous amis du diable, perdez le paradis , aimez l'enfer , et cet étang de feu et de soufre ardent; souhaitez d être du nombre de tous ceux qui sont condamnés aux peines éternelles ; désirez d'être des suppôts du diable (2) ? Seigneur , ceux qui S'éloignent de vous, périront malheureusement (3). Mais eomment est-ce que le pécheur se peut éloigner de Dieu P par élection et par esprit , dit saint Chrysostome (4) , car l'éloignement local n'est pas en son pouvoir. En quel lieu pourrait-il fuir, où Dieu ne soit? Et néanmoins l'impie le fuit, l'Écriture nous en assure (5). Hélas, dit ce même Père , nous fuyons Dieu , et Dieu nous suit (5). « L'Apôtre hâtait sa course , pour s'ap- » procher de Dieu , et nous précipitons la nôtre , pour » nous éloigner de lui : cela n'est-il pas déplorable ? » Où fuis-tu, malheureux pécheur? où vas-tu en

(1) Iniquitates vestree diviseruntinter me et vos. Isa. 59. 2.

(2) Quid est aliud dicere : Facite quod Deus fieri prohibuit, nisi : JEstote inimici Dei, acquirite vobis diabolum amicum, date operam ne consequamini paradisum , amate inferna , diligite stagnum ardens, desiderate esse cum omnibus qui semper pœnas dant, desiderate esse homines diaboli. Lucifer Calar. I. I. pro S* Ath. alloquens Const. Jmp.

(3) Domine, qui elongant se à te, peribunt. Ps. 72. 27.

(4; Electioneetanimo. S» Ckrysost. hom. 11. in ep. ad Phil. in mor.

(5) Fugit impius nemine persequente.

(6) S.Chrys. hom, ÎUia op. ad PhiL in mot

» fuyant ta vie et ton salut ? si tu fuis Dieu , à qui auras- » tu recours ? si tu fuis la lumière , que verras-tu dans » les ténèbres ? comment pourras-tu vivre désormais , » si tu fuis l'auteur de la vie ? Eh ! fuyons plutôt Pau- » teur de la mort , » et pour finir ce funeste divorce qui nous sépare de Dieu, reconnaissons l'obligation que nous avons de recourir à son Fils bien-aimé, afin de faire notre paix par son entremise, et rentre? en grâce avec lui ; car, comme dit Radulphe , il est bienséant que le pécheur , par un humble sentiment de son indignité , ne présume pas de demander pardon sans l'appui et la faveur de quelque médiateur (1). Or, à moins que d'être Dieu et homme tout ensemble , nul ne peut faire parfaitement l'office de médiateur , el accomplir ce grand et profond mystère , destiné avant tous les siècles à la réconciliation du genre humain. Jésus-Christ homme est proprement médiateur des hommes , dit saint Fulgence , entant qu'il a reçu de son Père , par le droit de sa naissance éternelle , la forme de Dieu par laquelle il peut sauver , et qu'il a pris de la bienheureuse Vierge , la forme de serviteur , laquelle il sauve effectivement en nous : car jamais l'homme ne recevrait de Dieu la grâce de son salut , si la nature divine et la nature humaine ne demeuraient unies dans une même personne (2). Saint Augustin , appliquant à Jésus-Christ en qualité de médiateur ces paroles de l'Écriture : Moi qui suis le Seigneur de l'univers , je serai leur Dieu, et mon serviteur David sera au milieu d'eux comme leur prince (3) , de-

0)Decet enim peccatorera haec humililas, ut sine Mediaïore petere indulgentiam non praesumat.

(2) In eo verus Mediator est hominum homoChristus Jésus, in que- et de Pâtre formam Dei, per quarn salvaret , naturaliter habuit , et ex virgine formam servi , quam in nobis salvaret, accepit. Nunquàm à Dco homo gratiam salmis aceiperet , si in unà personâ divinœ humanaeque naturœ commuaio non maneret. S. Fulg. /. ad Donatum ,c. 16.

(3) Ego Dominus ero illis in Deum , et servus meusD^vid priaceps in medioeorura. S. August. L de ovîbus. e. 12.

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mande pourquoi il est dit que David sera au roi lie* du peuple de Dieu, c^mitie leur prince; et prenant David , dans unseus figuré , pour le Sauveur du monde % il apporte celle raison ; Parce que îe Verbe a été fait chair et qu'il a LabUe ;><*imi nous, de là vient qu'il est médiateur enlr* JLku et les hommes , parce qu'il est Dieu avec son Père , et qu'il est homme avec tes hommes. L'homme sans la divinité n'est point médiateur; Dieu sans l'humanité n'est point médiateur. Voilà ce que c'est cfun médiateur, La divinité sans Phamanité n'est point médiatrice; l'humanité sans îa divinité ne l'est point aussi; mais la médiatrice entré la divinité seule, et l'humanité seule, c'est l'humaine divinité et la divine humanité de Jésus-Christ (1).

Je ne sais si 1 École voudrait user de ces termes; mais ce que veut dire par là ce savant Père n'est autre chose, sinon que la divinité et l'humanité de Jésus- Christ unies ensemble ont contribué à la réconciliation des hommes et à la paix générale de L'univers* quoique d'une manière différente : son humante sainte , en produisant les actions nécessaires pont apaiser la colère de Dieu ; sa divinité, en lessanciifianl, elles rendant dignes de réparer l'injure du Créateur, de satisfaire à sa justice, et d'obtenir le pardon de nos offenses.

îî. CONSIDÉRATION.

De là vient qu'il n'est pas médiateur formellement en tant que Dieu , mais en tant qu'homme. Car, comme dit saint Augustin : » I! est médiateur en tant qu'il est

(1) Quia Verbum caro facture est, ei, habitavit in nobis, indè et meriiator Dei et homiruim, quia Deus cum Vatre, quia homo curn hominibus : non mtdialor homo pr;*»Ut deiiatem; non mcdialor Deus praeter humanilatem ; ecce Mediator. Divinitas sine humanilate non est mediatri*. humanifas sine divinitate non est mediatrix. Sed inter dmnitatem solam et humanitatem solam mediatrix est humana divinitas, et divina humanrtas Cliristi.

» homme ; mais en tant que Verbe il ne l'est pas ; parce » qu'il estégal à Dieu, un Diea immanent en Dieu, qui » est avec le Père et le Saint-Esprit un même Dieu (1). » Pour être médiateur entre Dieu et les hommes , il fallait , selon ce saint docteur , avoir quelque chose de semblable à Dieu , quelque chose de semblable aux hommes, pour n'être pas trop éloigné de Dieu , étant entfèrement semblable aux hommes ; ni trop éloigné des hommes, étant entièrement semblable à Dieu, et par conséquent incapable d'être médiateur entre Dieu et les hommes. C'est par là que Satan trompe l'orgueil des superbes par ses illusions, ayant une chose commune avec les hommes , qui est le péché , et leur faisant accroire qu'il en a une autre commune avec Dieu , qui est l'immortalité, parce qu'il n'a point de corps , et qu'il est immatériel comme lui. Mais c'est un faux médiateur, dit saint. Augustin , parce que la mort est la récompense du péché , et le péché lui étant commun avec les hommes , il est condamné aussi bien qu'eux à une mort éternelle (2). C'est pourquoi il ne nous peut moyenner ni procurer que la mort. Et de vrai, il lui a ouvert le chemin parle péché d'Adam; car le péché est entré par un homme dans le monde. Le diable a été le médiateur qui lui a ouvert le chemin , parce que c'est lui qui l'a inspiré à noire premier père par le moyen d'Eve, et nous a tous précipités dans la mort : et , ce qui est déplorable, étant condamné à une seule mort , qui est la mort éternelle , il nous a causé

(1) la quantum enim hoino , in tantùm mediatoi*; in quantum autem Verbum, non médius , quia eequalis Deo, et Deus apud Dcum, et simul cum Spiritu saacto unus Deus* ,V. Aug, /. 10. Confess. c. 43.

(2) Unum curn hominibus habet, aliud videri vuil habere etiiu Deo, ut quia cainis mortalitale non tegitur, pro immortali se ostenlet : sed quia stipendiera péceati mors est, hoc habet commune cum hominibus, undè simul damuetur in morlem. Ibidem, <5r.42.

Non M. Œur. X///. 4

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une double mort, savoir , la mort temporelle et la mort éternelle (1).

Mais le vrai médiateur qui s'est fait connaître aux humbles par sa secrète miséricorde , afin de leur apprendre l'humilité par son exemple, a paru juste et mortel entre le juste immortel et les pécheurs mortels : juste avec Dieu , et mortel avec les hommes , afin que la vie et la paix étant la récompense de la justice , il détruisît par sa justice qu'il avait commune avec Dieu , non-seulement la mort éternelle des pécheurs justifiés , mais encore la mort temporelle , qu'il a bien voulu avoir commune avec eux. Il est donc médiateur, pour conclure avec saint Augustin , en tant qu'il est homme: inférieur à son Père par la proximité qu'il a avec nous; mais au-dessus de nous par la proximité qu'il a avec son Père ; et , pour parler encore plus clairement, inférieur à son Père, parce qu'il a pris la forme de serviteur ; mais au-dessus de nous , parce qu'il est sans aucune tache de péché (2).

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