II. CONSIDÉRATION
Ce chef n'est autre que Jésus-Christ , qui a une influence générale sur toutes les créatures , et dans tous les états de la nature , de la grâce et de la gloire , nonseulement selon sa divinité, mais encore selon sa sainte humanité, ce que les théologiens expliquent en différentes manières (1).
Dans l'état de la nature il est probable , selon le sentiment de plusieurs célèbres docteurs, qu'il est le chef de l'univers, comme le plus excellent de tous les ouvrages de Dieu , le premier dans ses desseins , la cause finale de tous les autres qui n'ont été faits que pour lui , et l'instrument conjoint de la Divinité ; qui les conserve maintenant et les gouverne depuis l'Incarnation tant par lui-même que par le ministère des anges, dont toute la hiérarchie lui est subordonnée à cause de l'union hypostatique qui le relève au-dessus de toutes choses. Il est vrai que saint Augustin (2) ne favorise pas cette opinion ; car il dit que les dons de nature sont , à la vérité , des grâces , mais que ce ne sont pas des grâces de Jésus-Christ ; aussi n'a-t-il pas cru qu'il fût venu au monde , si Adam n'eût point péché : mais cela n'empêche pas qu'il ne soit la cause , sinon de la création , au moins de la conservation du monde,
grinanti , sicut oporlet , opitulatur , quia utraque una erit consortio eeternitatis, et nuac una est vinculocharitatis. S. Aug. in Eric h.
(1) Catherin us /. de eximiâ ChU Prœdest. Galati. L 7. de Arcan. Cat/u resp.c. 2.; et atitpiures , contra qucs vide Vas* que m , in 3. p. dis p. 48. c. 2. et' seq.
(2) ride ep. 90. 95. et 105. S. Aug,
Hou et. Œid'. X/'/y, 5
qui ne subsiste t depuis la chute du premier homme et de sa postérité, que par les mérites de Jésus-Christ, et pour sa gloire.
Dans l'état de la grâce il est le chef de tous les hommes, qui n'ont jamais reçu aucun bien surnatur ol que par son influence soit physique, soit morale. C'est pourquoi saint Thomas ditqu'il est leur chef selon le corps et selon Pâme, parce qu'il dérive en eux le fruit de ses mérites , qu'il a acquis par les douleurs de son âme et de son corps, et qu'il leur distribue pour la sanctification de la chair et de l'esprit. Mais il faut remarquer qu'ils n'y participent point qu'entant qu'ils sont ou en acte, comme les fidèles , ou en puissance , comme les infide.es , membres de l'Église , qui est le corps mystique de Jésus- Christ, si étroitement uni à son chef, que saint Grégoire dit qu'elle ne fait avec lui qu'une personne , et saint Augustin, un môme Jésus-Christ. Jésus-Christ , dit le premier, n'est qu'une personne avec toute son Église, soit qu'on regarde celle qui demeure encore sur la terre , soit qu'on y joigne celle qui règne déjà dans le ciel (l). On appelle un même Jésus-Christ , dit le sçcond, le chef avec son corps.... Il se faiten quelque manière une personne de la tête et du corps, de l'Époux et de l'Épouse (2). L'Église parle en Jésus-Christ » et Jésus-Christ dans son Église , le corps dans son chef, le chef dans son corps (3) : donc nous subsistons tous ensemble avec Jésus-Christ, notre chef ; mais sans lui,
(1) Christus cum totà Ecclesià , sive quœ adhuc versatur in terris, sive cum eâ quœ jam régnât in coelis, una persona est. S. Greg. ad vers. 1. PsaL 4. Pœnit.
(2) Unus dicitur Christus, caput et corpus suum.... Tanquàra ex duobus fit una quaedam persona, ex capitc et corpore, ex SponsoetSponsà. S. Aug. in PsaL 30. conc. i. ad vers, i.paulb post init.
(3) InChristo loquitur Ecclesia , et in Ecclesià loquitur Chris* tus : et corpus in capite, et caput in corpore. Vide eumdem in 42, 61. et i^l. et serm.Ql.de vevbis Dont. et hom.2l>in Joan.
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Ce que Dieu ne permette pas , nous ne valons rien. Par quelle raison? parce qu'étant avec notre chef , nous Sommes la vigne qui porte de bon fruit; mais étant sans notre cdef , ce que Dieu ne permette pas , nous ne sommes que des sarments retranchés, inutiles à tout, et destinés seulement au feu (1). Sans moi7 dit-il luimême , vous ne pouvez rien faire (2). Seigneur , si nous ne pouvons rien sans vous , nous pouvons tout en vous (3). C'est le sujet de notre joie et le motif de notre amour.
Enfin dans l'état de la gloire , il est le chef de tous les élus et de tous les chœurs des anges , qu'il unit tous en un corps que nous appelons l'Église triomphante. Car , comme dit saint Paul , toute la plénitude de la divinité habite en lui corporellement P et c'est en lui que nous avons été remplis de grâce, lui qui est le chef de toute principauté et de toute puissance (4). Le Père éternel^ en le ressuscitant d'entre les morts, Va fait asseoir à sa droite , et l'a établi sur toute principauté, sur toute puissance , sur toute vertu , sur toute domination et sur tout nom de grandeur qui puisse être, non-seule» ment dans le siècle présent , mais encore dam le futur. Il a mis toutes choses sous ses pieds 7 et il Va donné pour chef à toute l'Église (5) ; c'est-à-dire, comme l'explique saint
(t) Ergô simul omnes nos cum capite noslro Christo , sine capite nostro nihil valentes. Quare? quia nos cum capite nostro vitis : sine capite nostro, quod absit, sarmenta praecisa , non alicuioperi agricolarum , sed igni tantummodo destinata.
(2) Sine me nihil potestis facere. Joan. 15. 5.
(3) Domine , si sine te nihil , totum in te.
(4) Quia in ipso inhabitat omnis plenitudo divinitatis corpora* liter : et estis in il Io repleti , qui est caput omnis principatùs et potestatis. Coloss. 2. 9 , 10.
(5) Suscitans illum ( Jesum) à mortuis, et constituens ad dextram suam incœlestibus, supra omnem principatum, et potestatem, et virtutem , et dominationem, et omne nomen quod nominatur,non solùm in hoc seculo, sed etiam in futuro. Et omnia subjecit sub pedibus ejus : et ipsum dédit caput suprà omnem Ecclesiam. Ephes. 1. 20. 22.
100 l'homme d'ormson.
Chrysostome, aux hommes et aux anges: « Il atout » réuni en Jésus-Christ , comme dans le chef, tant ce » qui est dans le ciel, que ce qui est dans la terre (1). » C'est par cette raison , comme dit saint Augustin (2) , que ce chef a voulu mourir , afin de ressusciter le premier , et monter le premier dans le ciel , pour donner aux membres sujet d'espérer qu'un jour s'accomplirait en eux ce qui avait précédé dans leuf chef. C'est pourquoi il est appelé dans l'Écriture le commencement des voies de Dieu , parce qu'étant le premier-né d'entre les morts , il a ouvert le chemin de la vie éternelle et du royaume de Dieu à son Église, dont il est chef, qui la peut conduire à l'immortalité de l'âme et du corps (3).