‹ L'homme d'oraison (volume 3)Chapitre 46 sur 164 · I. CONSIDÉRATION · texte numérisé non relu

I. CONSIDÉRATION

SAffif Aôniard, dans un sermon qu'il a fait pour le commencement du jeûne, sur ces paroles de saint Matthieu : Quand vous jeûnez, parfumez votre tête (1) , nous représente parfaitement ce que nous devons à Jésus-Christ en sa propre personne comme à notre chef, à savoir, amour pour amour, action de grâces pour ses bienfaits, service et respect pour le pouvoir et l'empire qu'il a sur nous. Merveilleuse condescendance, dit ce Père; l'esprit du Seigneur a répandu tous ses parfums sur notre chef. Le Père a consacré son Fils d'une onction particulière par-dessus tous ceux qui participent à sa gloire; car il l'aime d'une affection divine, que nulle créature n'a jamais expérimentée. 11 a versé sur lui tous les parfums de sa clémence, de sa douceur, de sa suavité, le remplissant avec abondance des en-

(I) Tu autem, cùîij jejunas, unge eaput luura, et faciena tuai» Mai th. 8. 17.

traïlles de miséricorde et de compassion. Car on trouve en lui toute la plénitude des grâces, d'où nous avons tous puisé; on y trouve généralement toutes les miséricordes idu ciel , on y trouve la source inépuisable de la piété divine , et l'affluence de tous les parfums spirituels (1). C'est ainsi que notre chef a été privilégié d'une onction abondante qu'il a reçue de son Père, et néanmoins il veut encore être parfumé de nous : Quand vous jeûnez, nous dit-il , parfumez votre chef (2). Quoi donc? la fontaine demande-t-elle de l'eau au ruisseau qui en découle? oui certainement elle la demande, ou plutôt elle la redemande : car les fleuves retournent à la source d'où ils sortent, afin de couler encore. En effet, si Jésus-Christ vous redemande ce qu'il vous avait donné, ce n'est pas parce qu'il lui manque, maïs afin que vous ne perdiez point ce que vous lui rapporterez. Car il en est comme de l'eau d'un fleuve qui pourrit lorsqu'elle cesse de couler, et repousse celle qui survient par quelque inondation. Ainsi tarit le cours des grâces lorsqu'on ne les renvoie point à leur principe : et bien loin de les faire profiter, l'ingrat les tourne à sa ruine. Mais, au contraire, celui qui est fidèle en peu de chose, mérite qu'on lui en donne encore davantage. Parfumez donc votre chef, en renvoyant à celui qui est au-dessus de vous, tout ce qui est en vous de dévotion, de joie et d'affection spirituelle : parfumez-le, en sorte que s'il y a quelque grâce en vous, elle retourne à lui , et que vous ne cherchiez point votre gloire, mais la sienne (3). Il est bon de m'alta*

(1) In capite si quidem plenitudo gratiarum de quà accepimus omnes, in capite universitas miserationis, in capile inexhaustus fons pielatis divinee, in capite afïluentia tota spirilualis ungucnli*

(2) Sic unctum à Paire est caput nostrum, et nihilominùs ungi postulat eCà nobis : Cùm jejunaveris, unge caput tuum.

(3) Unge igitur caput tuum refundens in eum qui suprà te est* quidquid in te est devotionis, quidquid delectationis, quidquid affectionis. Unge caput tuum , ut si qua in te est gratia , releratupad ipsum, nec tuam quaeras gloriam , sed ipsius.

112 L'HOMME D'ORAJSON.

cher à voïkï, ô chef glorieux et béni dans tous les siècles, que les anges désirent de contempler incessamment. Je vous suivrai partout où vous irez. Si vous passez par le feu , je ne me séparerai point de votïS * je ne craindrai point les maux qui me pourront arriver, parce que vous êtes avec moi. C'est vous qui portez mes douleurs, et qui souffrez pour moi. Vous passez le premier par le chemin étroit de la croix , afin de l'élargir et le faciliter à vos membres. Qui nous séparera de l'amour de Jésus-Christ (1)?

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