‹ L'homme d'oraison (volume 3)Chapitre 47 sur 164 · II. CONSIDÉRATION · texte numérisé non relu

II. CONSIDÉRATION

L'honneur que nous avons d'être ses membres ne doit-il pas nous élever au-dessus du monde par un généreux mépris, et nous attacher à sa personne sacrée par des liens indissolubles d'estime et d'amour? A quelle gloire, s'écrie saint Chrysostome (2) , n'a-t-il pas élevé son corps mystique, en le faisant asseoir avec lui, pour ainsi dire, sur le trône de sa grandeur? car enfin où est la tète, là est le corps, il n'y a rien entre l'un et l'autre qui les sépare, ou s'il y a quelque chose qui sépare le corps de la tète, ce n'est plus un corps, mais un cadavre. Respectons donc cet auguste chef, souvenons-nous que nous sommes le corps mystique ô'un chef à qui toutes choses sont soumises. Nous devrions par celle raison être plus saints que les anges, puisqu'il nous a préférés à eux, et nous a fait plus d'honneur; car il ne s'est pas uni personnellement à

(1) Mihi omnino adhocrcre tibi bonum est, ôcaput gloriosum et benedictum in secula,in quod et angeli prospicere concupiscunt. Scquarte quocumquè ieris : si transieris per ignem, non averlar à te : non timeho mala , quoniam tu mecum es. Tudolores meos portas et pro me doles. Tu prias transis per angustum passionis foramen, utlalum praebcas sequentibus membris ingre^una. Quis nos separabit à charilate Christi ?

(2) S. Càrysost. ho m. 3. in ep.ad Ephes.

la nature angéîique. Que voudriez-vous donc faire pour reconnaître la grâce qu'il vous a faite? quand vous donneriez dix mille vies pour son service, et davantage, ce ne serait rien en comparaison de deux choses signalées qu'il a faites pour vous: la première , de descendre si bas ; la seconde, de vous élever si haut et dé répandre son sang pour nous sauver. Prisons donc infiniment l'honneur de son alliance; craignons que quelqu'un de nous ne soit retranché de ce corps, et qu'il ne s'en rende indigne. Si quelque souverain nous avait mis le diadème sur la lête pour nous associer à son empire, ne ferions-nous pas tous nos efforts pour nous rendre dignes de porter une couronne? que ne devons-nous donc pas faire pour répondre à l'honneur que Dieu nous fait de nous donner son Fils , non-seulement pour notre couronne , mais pour notre chef? serions-nous bien assez ingrats et aveugles pour n'en faire point d'élat? Les anges, les archanges et les Vertus le révèrent et s'anéantissent devant lui : et nous qui avons l'honneur d'être les membres de son corps mystique , de môme nature que lui , nous n'aurons pas le même respect? Eh! quelle espérance de salut pourrions- nous avoir ? ayez souvent , je vous conjure , dans la pensée ce trône royal qu'il occupe , et l'honneur qu'il vous fait de vous y appeler: si vous avez un peu de cœur, celte vue aura plus de force pour vous retirer du vice et vous en donner de l'horreur, que l'enfer même.

Car quand même il n'y aurait point d'enfer, cela seul, d'être indignes de tel honneur, et de le perdre par notre faute, est le plus grand de tous les maux. Ayez donc toujours devant les yeux le lieu éminent que votre chef occupe : regardez-le à la droite du Père au-dessus des Principautés et des vertus; quelle indignité de voir en même temps son corps foulé par les démons! Ah! que ce malheur n'arrive jamais! Si on vous avait confié le plus riche joyau de la couronne , avec quel soin le garde riez- vous? Or Jésus-Christ, dit

saint Àthanase , vous a confié son corps , et vous en ètm môme une partie. Gardez-vous donc de trahir ses membres. Vous êtes le domicile de Jésus-Christ ; vous êtes un des membres de celui qui règne dans les cieux : parez donc ces membres des vertus, Seigneur (1).

Car enfin l'excellence de notre chef, et l'honneur que nous avons d'être ses membres , ne nous obligent pas seulement à fuir le vice , mais encore à pratiquer avec un courage héroïque la vertu, surtout l'humilité, la miséricorde envers les pauvres , et la charité fraternelle. L'humilité nous est nécessaire: car, comme Satan est tombé par l'orgueil, et nous fait tomber après lui ; de même, dit saint Augustin, notre Seigneur nous a relevés par l'humilité, en descendant du ciel, et s'abaissant jusqu'à la mort de la croix. Faites une réflexion sérieuse sur ces paroles : votre prince étant aussi humble qu'il est, quelle apparence que vous soyez superbe ? Quoi ! le chef est humble , et le membre sera orgueilleux ? gardez-vous de tomber dans ce désordre. Si vous aimez l'orgueil, vous ne \oulez pas faire partie d'un corps, qui a pour chef le plus humble de tous les hommes. Et si vous n'êtes pas dans ce corps, où serez- vous? je ne le veux pas dire, de peur qull ne semble que je vous veuille effrayer. Et plût à Dieu que je l'eusse fait pour votre bien (2) ! La miséricorde envers les pauvres est d'autant plus recommandable ,

(t) Cave, ne membrorum Christi proditor fias. Christi domicilium es, etmembrum ejusqui in cœlis régnât: virtutibus ergô Domini illud honoretur.

(2) Princeps tuus humilis : et tu superbus ? Caput humile ; et membrum superbum ? Absit, non vult esse de corpore capilis humilis , qui amat superbiam : si autem non fuerit , videat ubi erit. Egonolo dicere, ne ampliùs videar terruisse , imô utinam terruerim ? et aliquid egerin*. S. Au§. serm* Dont, in fine, 53. de ver*

que ce sont les membres du corps mystique de Jésus* Christ les plus semblables à leur chef, qui de riche s'est fait pauvre pour nous enrichir, et qui n'attend de nous d'autre reconnaissance, que le bien que nous leur faisons pour l'amour de lui. C'est pourquoi, dit saint Grégoire de Nazianze, si vous donnez quelque créance à mes paroles , vous qui êtes serviteurs de Jésus-Christ ; ses frères et ses cohéritiers, visitons-le pendant qu'il est en notre pouvoir; ayons soin de lui, nourrissons-le , revêtons-le, recevons-le dans nos maisons, et rendonslui tout l'honneur que nous pourrons (1). Nous le ferons, si nous sommes humains et pitoyables envers ses membres (2).

La charité fraternelle et l'union des esprits ne nous doit pas être moins chère. Car, comme dit saint Augustin (3), l'esprit de Jésus est aux membres de l'Église , ce que notre âme est aux membres de notre corps. Si vous séparez quelque membre du corps, l'âme le suit-elle pour y répandre son influence ? nullement, et néanmoins il conserve encore la forme. On dira, par exemple : C'est un pied, c'est une main , c'est une langue : il a la forme qu'il avait auparavant, quoiqu'il ne soit plus uni au corps; mais il n'a plus la vie. 11 en est de même d'un homme qui se sépare de l'Église, et qui rompt les liens de la charité : si vous cherchez en lui le caractère d'un chrétien , il en a les apparences, il en retient la forme , le baptême , le symbole, le sacrement; mais il n'a plus la vie de l'esprit. Qui que vous soyez , vous êtes membre de Jésus-Christ

(1) Quocircà, si quid mihi auscultandum putatis, servi Christi, etfratres, et cohaeredes, Christum, quandiùlicet, visiteraus,Christum curemus , Christum alamus, Christum induamus, Chrislum colligamus, Christum honoremus. S. Greg. Naz. orat. ibi. in fine.

(2) Veueraberis, si te Christi membro benignum atque humanum preebes. Ibid.

(3) S. Jug. sernu 20. e$. 49. noçis.

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en apparence ; mais si vous n'êtes intérieurement animé de son esprit , c'est en vain que vous vous glorifiez d'une apparence extérieure (1). Heureux le membre , dit saint Bernard, qui demeure uni à ce chef en toutes choses , et qui le suit partout où il va (2). Fous êtes le corps de Jésus-Christ et les membres les ans des autres^ comme dit l'Apôtre. Traitez donc le corps et les membres avec l'honneur qu'il appartient , de peur que si vous y manquez , vous ne soyez puni avec autant plus de rigueur, qu'on vous prépare une plus riche couronne , si vous en usez avec le respect que vous devez. Vos yeux sont les yeux de Jésus-Christ : ne les ouvrez donc pas à la vanité, puisqu'il est la vérité même. Votre bouche est la bouche de cet adorable chef. Ne la profanez pas par des paroles de médisance, de raillerie et de mensonge , puisqu'elle est consacrée aux louanges de Dieu , et à l'édification du prochain (4). Enfin vous êtes membres de Jésus Christ. Si vous concevez bien quel honneur c'est de l'avoir pour votre chef, tous vos os lui diront avecadmiration : Seigneur, qui est semblable à vous ? Car qui peut assez estimer une telle faveur de Dieu? dit saint Augustin (4).

(1) Formaes, quisquises: nisi intùs Spiritu vegeteris , frustra foris de forma gloriaris.

(2) Félix me m bru m quod huic adhseserit per omnia capiti, et sequitur illud quocumquè ierlt.S. Bernardus7serm, !. in cap, jejunit

(3) S.AnseL U 10. med. 1. S 5.

(4) Ecce facti eslis memhra Chrisli : si cogitatis quid facti eslis, omnia ossa vestra dicent : Domine , quis similis Uni ; non enim digne cogitari potest illa dignatio Dei. S. Atig. serm, 164. d4 temp.c. 1.

ENTRETIEN

POURLESAMEttfDE LA PREMIÈRE SEMAINE D'APRÈS PAQUES.

De la qualité de chef.

De nos devoirs envers les membres du corps mystique d*) Jésus Christ,

Kos estis corpus Chris ti , et membra de membre Vous êtes le corps de Jésus-Christ, et les membres unis l'un à l'autre. 1. Cor. 12.

Comme les lignes d'un cercle , qui vont de la circonférence au centre , ne le touchent que lorsqu'elles se réunissent ensemble et se touchent les unes les autres; de même les fidèles ne peuvent être unis à J4sus-Christ, qui est leur chef, qu'en même temps ils ae'soient unis les uns aux autres. Saint Augustin dit que c'est la charité qui les lie tous ensemble, en quelque lieu qu'ils soient, parce qu'elle tient de l'immensité du cœur de Dieu , qui est partout, et qui n'est qu'amour partout où il est (1). Il est amour dans le ciel, où il se communique aux bienheureux sans aucune réserve ; il est amour sur la terre, où il sanctifie les justes; il est amour dessous la terre, où il purifie les âmes dans le feu du purgatoire , pour les préparer à recevoir les rayons de la gloire , et de la claire vue de son essence. La charité chrétienne l'imite autant qu'elle peut dans cette vaste étendue : elle uoil étroitement toutes les

(1) Deuscharilas e*t.

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parties de l'Église souffrante, militante et triomphante, et n'en fait qu'un même corps , une même Église , qui sera quelque jour unie par la participation de l'éternité bienheureuse, comme elle Test maintenant parle lien de l'amour divin (1).

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