‹ L'homme d'oraison (volume 3)Chapitre 48 sur 164 · II. CONSIDÉRATION · texte numérisé non relu

II. CONSIDÉRATION

Or , quoique la charité soit le nœud qui nous unit avec toutes les parties de l'Église, elle le fait néanmoins d'une faanière différente, kvec les saints et les esprits bienheureux, qui sont dans le ciel , elle nous unit par un amour de révérence , de confiance et de conformité. Nous leur devons un grand respecta cause delà sublimité de leur gloire, qui les élève infiniment au-dessus de toutes les grandeurs de la terre : Vos amh> ô mon Dieu , sont infiniment élevés en gloire ; leur principauté est puissamment affermie &). Nous devons recourir à eux avec confiance , et porter nos pensées et nos désirs vers l'éternité , à laquelle ils nous invitent. Nous y pouvons prétendre aussi bien qu'eux, nous sommes tous les héritiers de Jésus-Christ ; il a fait son testament, comme dit saint Àmbroise, en faveur de nous tous (3). Nous sommes tous membres de ce chef : il ne tiendra qu'à nous d'y être éternellement unis , car il est éternel, et ne peut être coupé (4). Si le chef est éternel , les membres peuvent aussi se glorifier d'être éternels, afin que Jésus-Christ soit entièrement éternel. Qui nous empêche d'être tou-

(1) Unaeritconsortioœternitatis , et nunc unaest vinculocharitatis. S, Aug, Ench. c. 56.

(2) Nimis honorificaii sunt amici lui, Deusrnimis confortatus est principatus eorum. PsaU 138. 17.

(3) Ad omnes testamentum suum scripsit Jésus, omnes scripti hsercdessumus.^. Ambr. in Ps. 118. sertn, 14.

(4) Non potest caput hoc decollari. Si in aeternum caput>in aeternum gloriantur et membra, ut sit ille Christus integer in œtermm. S. Aug. enar* in Ps. 88.

jours à lui, comme il est toujours à nous ? Enfin nous devons marcher sur leurs pas , et imiter leurs vertus par un amour de conformité , comme ils ont suivi les traces que le Sauveur du monde leur a marquées. Car il est le premier-né d'entre les morts , qui a ouvert le chemin de la vie éternelle à son Église , dont il s'est fait le chef, pour rendre son corps immortel (1), et pour cet effet, il a voulu mourir pour ressusciter le premier, et monter au ciel le premier, afin que les membres pussent fonder leur espérance sur leur chef, et attendre en leur personne l'accomplissement de ce ^ui leur avait été promis dans leur cLef (2).

in. CONSIDÉRATION.

La même charité qui nous donne du respect pour les bienheureux , nous donne aussi de la tendresse et de la compassion pour les fidèles qui souffrent dans le purgatoire , et nous oblige à les secourir , comme membres d'un même corps et d'un même chef, dont les peines nous doivent être très-sensibles pour plusieurs raisons , mais particulièrement parce qu'elles appartiennent à Jésus-Christ , que nous devons aimer plus que nous-mêmes. Pesez ces paroles de saint Cyprien , et faites-en l'application aux âmes du purgatoire (3). Nous devons regarder Jésus-Christ dans nos

(1) Quia enimipseprimogenitus à mortuis , iter fecit Ecclesiae suse ad regnum Dei , ad vitam œternam, ecce caputest adimmortalitatem etiam corporis, et ideô creatusest in principio viarum Dei in opéra ejus. S» Aug. \.de Trinit. c. 12.

(2) Ideô mori voluitcaput, ut priîis resurgeretcaput , priùs iret. in cœlura caput , et in capite suo spem haberent caetera membra , et exspectarent impleri ergà se , quod promissun» est in capite. S. Aug* serm. 12. ex, 40. nov.

(3) In captivis fratribus nostris contemplandus est Christus , et redimendusdepericulo captivitatis, qui nos rediruet de periculo naortis. S, Cyp. ep.GQ.

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frères captifs, et racheter de l'esclavage celui qui nous a rachetés de la mort. Et ne nous excusons pas sur notre impuissance ; car il nous en a doané les moyens, et, comme dit le catéchisme du concile de Trente , « tous ceux qui sont en grâce et qui ont la » charité , peuvent satisfaire pour un autre à la justice » de Dieu , d'où vient qu'en quelque manière l'un porte » la charge de l'autre. » Ce pouvoir est fondé sur la communion des saints , qui fait un article de no tre foi , et nous savons ce que dit saint Augustin , que l'Eglise est un admirable corps de république , qui n^ se contente pas d'un gouvernement et d'une police commune entre ses citoyens qui la composent, mais qui fait profession d'une entière communication de bic;i3. Si vous aimez l'unité > il n'est rien qui ne soit à vous; car tout ce qu'un autre possède pour soi dans cette unité , il le possède aussi pour vous (1). Pour vous sont les prières et les suffrages de TÉglise , « et ceux mènes » qu'elle fait pour les défunts , comme dit saint Tho- » mas , sont comme autant de satisfactions que les » vivants font pour les morts , en sorte qu'on peut » dire qu'ils les acquittent de la peine qu'ils n'ont pas » payée (2). » Pour vous sont les bonnes œuvres de tous les saints , tout le bien qu'ont fait les saints est communiqué à ceux qui ont la charité, dit le môme docteur. Enfin pour vous sont tous les mérites cfe Jésus- Christ, qu'il a laissés à son Église comme un trésor commun, qu'elle peut dispenser sur les vivants et sur les morts , et que chacun peut recevoir avec d'autant

(i) Si amas unitatem , nihil non habes ; nam etîam tihi liabet , quisquis inillà aliquid habet. S. Aug. tract. 32. in. Joan. Vide eumdem in Ps. 61.

(2) Quidquid boni fecerunt omnes sancti, communicalur in ebarilalo existentibus. SuffVagia Ecclesiœ sunt pro defunctis quasi qu'eedarn satisfactiones viventium vice mortuoruiii, et secundùm hoc morluosà pœnâ absolvunt ? quam non solveruut. S» Th. in 4. dist* 45. g. 3. a. 3. ad. 6.

plus d'abondance, qu'il a plus de charité. D'où je conclus que les âmes du purgatoire ont en ce point un très-grand avantage, parce que leur charité est dans un état immuable; et d'ailleurs elles ne sont point séparées de l'Église, qui est le royaume de Jésus- Christ, elles ne font avec nous qu'un même corps animé d'un môme chef et d'un même esprit (1). Elles croient ce que nous croyons , elles désirent ce que nous désirons, elles attendent ce que nous attendons, elles souffrent et nous souffrons, non pas, à la vérité ? un feu si rigeureux que le leur , mais qui serait plus propre à purifier nos cœurs , s'il était joint à celui du divin amour , qui fait souvent une espèce de purgatoire, soit dans les âmes , qui brûlent du désir de voir Dieu, soit dans les corps, qui sont accablés de maladies, comme dit sainte Catherine de Gènes (2).

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