‹ L'homme d'oraison (volume 3)Chapitre 5 sur 164 · XIJ PRÉFACE · texte numérisé non relu

XIJ PRÉFACE

un grand Dieu (I). O que le Dieu des chrétiens est grand (2) !

Il est grand jusque dans ses abaissements et dans sa petitesse ; le même , dit saint Ambroise , qui de grand s'est fait petit , de petit s'est rendu grand , et s'est relevé par sa bassesse. Il s'est anéanti jusqu'à la mort de la croix , et c'est par là qu'il a fait éclater sa grandeur (3).

Ne le méprisez pas parce qu'il est petit : pensez qu'il est grand , tout petit qu'il est. Il s'est fait petit , parce que vous étiez petits. Pensez qu'il est grand , et vous serez grands en lui et comme lui , grands dans la petitesse , petits dans la grandeur même. Car c'est lui qui exalte les humbles, et qui abaisse les orgueilleux. Humiliez-vous donc sous sa grandeur, et glorifiez sa petitesse. Il est juste que tous les hommes le louent et l'honorent à l'envi , parce que l'amour qu'il leur porte l'a réduit à une extrême petitesse (4). Publions les grandeurs du Seigneur, nous autres petits, parce qu'il s'est

(1) Magnus Deus Christus.

(2) Magnus Deus Christus Christianorum.

(3) Idem et ex magno minor factus, et ex minore magnus fao îus. S, Ambr. I. de interpel. David.

(4) Nolite contemnere parvum , intelligite magnum. Parvus factus est, quia parvi eratis : intelligatur magnus, et in illo magni critis. Crescite ergô, intelligite Christum magnum, et parvus mag* sus est, magnus nimis.

PREFACE. XI ij

fait petit pour nous faire grands , dit saint Bernard (1).

C'est la fin de tous les entretiens de cette seconde partie , qui ne tendent ; mon cher lecteur , qu'à vous faire concevoir une haute estime de la sacrée personne de Jésus-Christ , de sa faveur et de son service. L'abbé Bessarion disait que l'homme spirituel devait avoir deux yeux, l'un de Chérubin, pour contempler les grandeurs du Fils de Dieu avec admiration; l'autre de Séraphin, pour les envisager avec un amour d'estime et de préférence à toutes choses» C'est ainsi que saint Grégoire de Nazianze le regardait, depuis qu'il se donna à lui sans réserve, a Depuis que je me suis dévoué au » service" de Jésus-Christ , dit-il , l'attachement » que j'ai à sa personne a fait mourir dans mon » cœur tous les désirs de la terre. Rien de tout » ce que les hommes estiment ne fait plus d'im- » pression dans mon esprit, ni richesses , ni plai- » sirs, ni honneur, ni la vie même (2). » Laissons l'ombre, disait saint Ambroise, nous qui cherchons le soleil (3). N'ayons point de regret de

(1) Magnificeturànobis parvulis raagnus Dominus, quos ut faceret magnos, factus est parvulus.

(2) PoslquàmmeaddixiChristo,omnedesideriumdeposui, nec quidquam eorum me extollit quae ab aliis appetuntur, non divitiae,non voluptates, non honoris gradus. «S. Greg. Naz. orat. in Cjrpr.

(3) Relinquamus urabram , qui wlem quserimu». S. Ambros. lib. de fugâ sçculi s c. 5.

&1V PRÉFACÉ.

quitter toutes les créatures , pour acquérir sa fa* veur. Car c'est un si grand honneur d'être près de sa personne ; il sort tant de lumière de son divin visage , il répand tant de rayons de gloire sur ceux qui l'approchent, qu'ils en sont déifiés, pour ainsi dire , par un honneur anticipé , qui vaut mieux incomparablement, au jugement des saints , que tous les biens et toutes les grandeurs du monde. Entrez aussi vous-même dans ce sentiment , et si vous avez de l'esprit , si vous avez du cœur , si vous avez encore quelque rayon de lumière , cessez de poursuivre ce que vous ne pouvez acquérir qu'en vous rendant misérable. Heureux celui qui ne se laisse point aller à la recherche de ces faux biens , dont la possession est un fardeau , la convoitise un crime , et la perte un grand tourment. Ne vaut-il pas mieux les mépriser avec honneur , que de les perdre avec chagrin? ne ferez-vous pas plus sagement en les donnant par amour à Jésus-Christ, qu'en les laissant en proie, malgré vous, à la mort(l)?

(1) Tu quoque, si sapîs, sihabescor, si tecum est lumen ocuîorum tuorum , desine ea sequi quae et assequi miserum est. Beatus qui post ista non abiit, quae possessa onerant , amata inquinant , amissa cruciant. Annon ea satiùs cum honore spernis , quàm cum dolore perdis ? annon ea prudentiù* Chrisli cedis amori quàm morli?

Page 1